Pas mal essayé, le ballon d'essai lancé par le coprésident d'Ecolo Jean-Marc Nollet, pour tenter d'échapper à une tripartite PS-MR-Ecolo. Un gouvernement minoritaire PS-Ecolo "coquelicot" avec des ministres de la société civile aurait l'avantage pour les verts de peser plus fortement sur cette coalition, au lieu d'être pris en sandwich entre les deux partis traditionnels. Elle rejoint en outre une vague réelle issue du monde associatif : une quarantaine de représentants d'organisations représentatives de la société civile - dont des syndicats, des ONG emmenées par le CNCD 11.11.11 etc. - ont présenté la semaine passée une déclaration non-gouvernementale fixant une dizaine de priorités (http://www.lacoordination.org/). Pas mal essayé, mais l'idée a rapidement fait pschittttt, du moins auprès du MR (c'était attendu), mais aussi du CDH qui ne souhaite pas jouer à la béquille et soutenir structurellement une majorité de l'extérieur, à l'heure où il veut se réinventer.

Le ballon d'essai de Jean-Marc Nollet a pourtant le mérite de mettre sur la table l'idée d'une vaste coalition de gens de bonnes volontés pour répondre aux urgences de l'heure - climatiques, sociales, migratoires... Son initiative rejoint l'idée d'un Open Government chère à l'Institut Destrée et à bon nombre de forces vives au sud du pays : pour accomplir enfin un sursaut décisif dans le redressement de la Wallonie, ou du moins dans sa réorientation au profit de tous, il convient de faire converger toutes les énergies possibles dans la même direction. Ce beau discours est resté lettre morte jusqu'ici : les divisions politiques l'ont toujours emporté sur les convergences. Et la Wallonie ne s'est pas redressée, les institutions restent complexes, les choix de société insuffisamment partagés...

Jean-Marc Nollet fait un pas dans la bonne direction, certes, mais il fait pire que bien en prônant une majorité minoritaire. Qu'on le veuille ou non, la politique doit disposer d'une majorité parlementaire pour avancer - et si possible large, pour éviter tout incident. On a suffisamment vu, en fin de législature passée tant au fédéral qu'en Wallonie, ce qu'il en coûte d'avoir un gouvernement minoritaire : palabres dans fin, absence de décision, renvoi de responsabilités... L'idée d'une démocratie revisitée, davantage participative, est tentante, mais elle requiert des changements structurels et, soudain, cette perspective nous fait également craindre le retour de ces longues assemblées générales sans fin convoquées par les écologistes pour approuver ou non une décision. Bien sûr, c'était une autre époque, mais quand même...

Le ballon d'essai "coquelicot" nous fait songer à une autre initiative, relayée largement par Le Vif/L'Express durant la campagne électorale : celle d'e-Change, ce mouvement politique qui réunit des politiques, des représentants de la société civile, des partenaires sociaux... et dont l'un des initiateurs est un autre écologiste, le bourgmestre d'Amay, Jean-Michel Javaux. E-Change prône la mise en place de convergences autour de quelques grandes orientations à long terme, sous forme de Pactes nourris par une vaste concertation - le Pacte d'excellence est un exemple, un Pacte climatique inspiré par la Loi climat des académiques en serait un autre. Pour arriver à un tel résultat, il convient d'épurer les objectifs, de clarifier les ambitions et de fédérer de larges coalitions. Voilà ce vers quoi devraient tendre les négociations actuelles, au lieu de multiplier les exclusives en tous genres. Est-ce vraiment impossible de fédérer PS, Ecolo et MR sur un objectif commun, avec le soutien éventuel du CDH s'il s'agit de réformes structurelles pour l'avenir ?

Tiens, n'est-ce pas cette grande coalition que le PS appelle de ses voeux au fédéral, pour faire barrage à la N-VA ?