Episode 1 :"Le CD&V est le plus gros souci"

Encore une série d'articles sur la N-VA. Pas un jour sans que les médias ne parlent pas de ce parti flamand. Ils sont devenus des chiens de Pavlov : dès que Theo Francken sort un tweet, les sites d'information francophones et néerlandophones transmettent l'information. Les réseaux sociaux font office de porte-voix. Les citoyens sont inondés par ce flux constant d'informations. C'est pratique pour le parti : plus de besoin de rédiger des communiqués de presse, un tweet suffit pour qu'un thème soit mis à l'agenda des médias traditionnels pendant plusieurs heures ou jours.

Ces critiques peuvent paraître paradoxales vu ma profession : journaliste freelance notamment pour la RTBF, la VRT et Le Vif/L'Express. Quand je travaille à la rédaction, il m'arrive aussi de publier des articles sur des tweets de leaders de la N-VA. Peu de temps pour creuser. Peu de temps pour remettre en contexte les messages des leaders politiques. Mea culpa.

Le manque de temps. Un problème auquel la plupart des journalistes qui produisent quotidiennement du contenu sont confrontés en permanence. De mon côté, la frustration s'accumulait de plus en plus. Je devais prendre du recul.

J'ai dès lors décidé de prendre le temps. Prendre le temps pour me pencher sur l'évolution de la N-VA depuis le 25 mai 2014. C'était le jour de "la mère de toutes les élections" : les citoyens belges étaient convoqués pour les élections régionales, fédérales et européennes.

L'outsider à l'affût

Ce jour-là, la N-VA était sortie grande gagnante de ce scrutin avec son slogan "La force du changement". À tous les niveaux où elle s'est présentée (sauf à la Région bruxelloise), elle est devenue le plus grand parti. En plus du gouvernement flamand, elle a fait son entrée au fédéral, une première.

Au fil des années, la N-VA a changé de visage. Elle a délaissé son programme communautaire pour se concentrer sur le socio-économique, l'identitaire et le sécuritaire. Par contre, une chose n'a pas changé : la N-VA ne cesse de crier sur tous les toits que "c'est la faute des autres". En néerlandais, on appelle ça "de zwarte piet doorgeven" (Littéralement : donner le père fouettard = rejeter la faute sur quelqu'un d'autre). Quand des dossiers n'évoluent pas à son goût, le parti nationaliste rejette la responsabilité sur les autres. Ce sont les autres qui empêchent la N-VA d'atteindre sa mission, une technique classique en politique. Et, comme vous allez le découvrir dans cette série, la liste des boucs émissaires de la N-VA est longue : le CD&V, les médias, Bruxelles, Angela Merkel, les musulmans, les socialistes, la société civile...

J'ai pu m'en rendre compte alors que j'assistais à des réunions internes à la N-VA anversoise. J'y ai découvert un parti qui incarne le rôle d'outsider. Son rôle préféré. Lors d'une réunion interne à Hoboken en septembre 2015, Bart De Wever déclare : "Ivan De Vadder me qualifie d'homme le plus puissant de Belgique dans son livre (NDLR : Le journaliste politique de la VRT a publié "The power people: de machtigste en invloedrijkste mensen van Vlaanderen"), ce n'est pas un cadeau. Les gens n'aiment pas ça, je pense que ce n'est pas réaliste. Le Flamand est un fan de Poulidor, le sympathique underdog." (Toutes les citations provenant des réunions internes procèdent d'une traduction libre de l'auteur.)

Et c'est précisément la manière dont Bart De Wever souhaite que la population perçoive son parti : l'outsider qui est à l'affût, prêt à jaillir pour défendre les intérêts flamands. La N-VA veut incarner l'alternative à un système qu'elle dirige elle-même. Quelle ironie.

Elle se prétend différente des autres partis alors qu'elle fait partie du même système auquel elle participe activement. Elle copie les habitudes des partis traditionnels et reproduit des techniques rhétoriques utilisées de tout temps en politique. Pour vous en rendre compte, je vous emmène en immersion au coeur de la N-VA.

Moi, journaliste infiltré

Pendant trois ans, j'ai suivi discrètement une dizaine de réunions à Anvers. Toutes les réunions étaient exclusivement réservées aux membres de la N-VA anversoise. Presque à chaque fois, le président Bart De Wever était présent pour tenir un discours.

Un francophone infiltré à la N-VA, un comble. Mais comment me suis-je retrouvé à Anvers, moi qui suis né à Seraing, un bastion socialiste liégeois ? Dans le cadre de mes études de traduction à l'université de Mons, j'ai passé une année scolaire à Anvers. C'était dans le cadre d'un séjour ... Erasmus. Oui, vous avez bien lu, un échange dans mon propre pays.

En dix mois, j'ai appris plus de néerlandais qu'en dix ans sur les bancs de l'école. Un nouveau monde s'est ouvert à moi. Je me suis familiarisé avec la politique flamande. Depuis, il n'y a pas un jour sans que je ne regarde au moins une émission politique à la VRT - que ce soit Terzake, De Afspraak, De Zevende Dag ou Villa Politica.

J'ai appris à connaître le concept de "Bekende Vlamingen" en regardant le Slimste Mens (Ter Wereld) avec mes colocataires flamands. J'ai découvert de nombreuses séries flamandes, dont celles de la maison de la production Woestijnvis, comme Het Eiland. Quand je regarde une série, elle est très souvent flamande. Idem pour les médias. J'ai échangé l'intérêt que beaucoup de Belges francophones ont pour la France contre une fascination pour la Flandre.

Après quelques années d'expérience comme traducteur, je me suis lancé dans le journalisme. Ma spécialité ? La Flandre. Cinq ans après mon Erasmus, j'ai décidé de revenir à Anvers en octobre 2014. Mon but ? Devenir "correspondant de Flandre" pour les francophones.

Quelques mois après mon retour dans ma ville de coeur, je tombe sur l'événement "Tour pour la Flandre" alors que je parcours le site web de la N-VA Anvers. Les ministres de la N-VA sillonnent les cinq provinces flamandes pour comparer leur programme électoral aux accords de gouvernements fédéral et flamand. Bart De Wever, Jan Jambon, Johan Van Overtveldt sont de la partie à Anvers. De gros poissons.

Ma curiosité est attisée. Je téléphone au bureau de la N-VA pour savoir si la presse est autorisée à assister à l'événement. Négatif. Après différents contacts avec des confrères journalistes et des représentants du Conseil de Déontologie Journalistique, je décide de m'inscrire à la N-VA.

12 décembre 2014, avec 500 membres de la N-VA

12 décembre 2014, jour J. Environ 500 membres de la N-VA sont réunis dans la salle de Zuiderkroon dans le sud d'Anvers. Vers 20h10, Jan Jambon et Johan Van Overtveldt arrivent sur scène. La salle applaudit. Les ministres vont rejoindre directement... le public. Normal : place au patron. Bart De Wever souhaite la bienvenue et déclare : "C'est une soirée en cercle fermé, sans presse. Je peux donc vous parler sans tabou". C'est ma première réunion interne à la N-VA. Moi, journaliste infiltré.

Le rendez-vous pour le Tour pour la Flandre d'Anvers est fixé à 20 heures le 12 décembre 2014 dans la salle Zuiderkroon, sur le "quai flamand". J'arrive à l'heure devant l'entrée du bâtiment, les gens affluent. À l'accueil, j'explique ne pas avoir encore reçu ma carte de membre, commandée une semaine plus tôt. Mon nom figure bel et bien sur la liste. On m'attache un bracelet jaune autour du poignet. Le premier signe tangible que je suis dans la fosse aux lions. J'essaie de paraître comme un poisson dans l'eau.

Je me dirige ensuite dans la salle. Elle est déjà bien remplie. Sur la droite, au milieu, je trouve un siège vide à côté d'un couple de sexagénaires. Je m'y installe, tout se passe comme prévu. Le public, en majorité masculin, est en moyenne âgé de la cinquantaine bien tapée. Tous bien habillés, les membres du parti le plus puissant de Belgique ressemblent à des gens de la classe moyenne flamande et à des cadres. Quelques jeunes et quelques dames complètent le tableau. Les personnes d'origine étrangère constituent l'exception. On est bien loin de l'image de diversité que le parti veut donner en externe avec des membres comme Zuhal Demir, Darya Safai, Assita Kanko (les deux dernières rejoindront les rangs de la N-VA en 2018). Sur le podium trônent trois drapeaux : le drapeau de Flandre, de l'Union européenne et de la N-VA.

Si les militants de la N-VA sont réunis à Anvers, c'est parce qu'ils veulent savoir à quel point leur parti a pesé dans les programmes des gouvernements fédéral et flamand. La N-VA fait son entrée au fédéral, une première pour le parti nationaliste.

Vers 20h10, Bart De Wever souhaite la bienvenue et lance : "On reçoit quelques critiques, à gauche comme à droite, mais surtout à gauche. (rires du public) Avant les élections, nous étions les boucs émissaires, maintenant, c'est encore pire."

Il n'a pas fallu plus d'une minute de discours pour que Bart De Wever enfile non pas son costume de panda, mais celui de Calimero (En mars 2014, Bart De Wever s'est déguisé en panda lors d'une émission sur VTM. Il y a déclaré : "J'étais à Mons, où mon ami Elio Di Rupo m'a offert un job permanent pour 700 000 euros par an."). Un rôle qu'il interprète à merveille. Et ce n'est pas Geert Beullens, aka. BDW, l'acteur qui se prend pour le bourgmestre d'Anvers, qui dira le contraire. Ce comédien a même composé et interprété une chanson appelée "La faute des autres". "C'est la faute des socialistes. C'est la faute des Wallons. C'est la faute des roux. C'est la faute des chauves. C'est la faute des syndicats..." claironne-t-il. Ce ne sont pas les coupables qui manquent.

"Il y a quelqu'un dans la salle qui note tout"

En ce début de législature, toutes les flèches de la N-VA sont dirigées sur le CD&V. Dès l'entrée en fonction du gouvernement, les syndicats ont manifesté dans la rue et parmi eux, on retrouvait évidemment des membres de l'ACV (Syndicat flamand, l'équivalent de la CSC en Flandre) qui constituent une partie de l'arrière-ban du CD&V. Le parti chrétien-démocrate se doit dès lors d'incarner la "face sociale" du gouvernement. Selon Bart De Wever, le CD&V remet en doute les engagements du gouvernement en matière de coupes budgétaires. Et ça, ça ne plaît pas au leader de la N-VA.

Une bonne heure de présentation plus tard, un militant pose une question au chef : "Le CD&V a un pied dans le gouvernement et l'autre en dehors. Comment allez-vous dompter ce cheval de Troie ?" Il met le feu aux poudres.

Bart De Wever confie, après un moment d'hésitation : "Il y a une raison pour laquelle nous faisons cette réunion en interne : répondre à ce type de question. Avant que tu ne le saches, il y a quelqu'un dans la salle qui note tout..." Le public rit aux éclats. Je souris intérieurement : "S'ils savaient...".

"À la presse, on dirait "mais non, ça va encore, vous exagérez...". Mais, non, ça ne va pas : il y a un problème. C'est essentiel de raconter l'histoire de la relance socio-économique d'une même voix", poursuit le bourgmestre d'Anvers.

Friand d'allégories liées au cyclisme, le président de la N-VA enchaîne : "Le but est de trouver les bonnes personnes qui pédalent pour atteindre un objectif. Cela complique les choses si l'un des quatre (partis du gouvernement fédéral : MR , N-VA, CD&V et Open Vld) se retrouve sur le porte-bagages. Surtout, si en plus, il ne cesse d'appuyer avec son pied sur le pneu arrière. On commence alors à faire du surplace. J'ai l'impression que c'est le cas parfois, souvent, quotidiennement..." La salle rit à gorge déployée.

Bart De Wever est sans pitié pour son ancien partenaire de cartel (sous l'impulsion d'Yves Leterme et de Geert Bourgeois, le CD&V et la N-VA, alors quasi inconnue, ont uni leur force entre 2004 et 2008 pour notamment plaider pour plus d'autonomie de la Flandre) : "Surtout ces temps-ci quand j'entends certains dire : 'On ne doit plus faire d'économies. Je l'ai proposé aux membres du kern, je sais qu'ils ne sont pas d'accord, mais je le dis quand même pour faire la Une des journaux.' Dans ce cas, on se demande : comment est-il possible de partir en guerre avec un soldat pareil ?"

Il prend également en exemple une mesure prise quelques semaines auparavant : rétablir le plafond pour les transactions en liquide à 7 500 euros alors que le gouvernement Di Rupo l'avait diminué à 3000 euros. "La première chose qu'ils [le CD&V] disent, c'est que cette mesure va rendre la vie plus facile aux fraudeurs. De nouveau, ils font passer le message que la N-VA est le parti des fraudeurs riches. Si c'est un partenaire de coalition qui critique le premier, ça devient pénible. Je ne vous cache pas que c'est [le CD&V] le plus gros souci au sein de cette coalition."

Pour lui, l'attitude du parti démocrate-chrétien constitue un aveu de faiblesse : "Le parti a des difficultés en interne. Il n'y a pas que des syndicalistes rouges qui manifestent dans les rues, mais des verts aussi (Syndicalistes habillés en vert apparentés à la famille chrétienne : CSC du côté francophone, ACV du côté néerlandophone). Ce parti est certainement plus nerveux que nous à ce niveau-là. Ils sont moins grands que nous. Il existe aussi un sentiment négatif envers la N-VA. Le fait que nous ayons grandi aussi rapidement et que nous ayons pu le confirmer cinq ans après. Et selon les sondages, nous allons encore le confirmer. Ils ont du mal à le digérer, d'où la négativité !"

Cela ne fait que deux mois que le gouvernement fédéral est entré en fonction et Bart De Wever évoque déjà une éventuelle chute de gouvernement : "Si le CD&V ne pédale pas avec nous, à un moment donné, les pieds vont se prendre dans les rayons et nous allons tomber. Je souhaite bonne chance à celui qui fait tomber ce gouvernement."

Citation particulièrement ironique, lorsqu'on sait que, quatre ans plus tard, c'est la N-VA elle-même qui est responsable de la chute du gouvernement Michel en raison de sa position sur le pacte de l'ONU pour les migrations...

La famille royale, les socialistes, les médias... les différents "ennemis" de la N-VA en prennent pour leur grade pendant deux heures. Après la session de questions/réponses, la réunion se termine. La grande partie de la masse se dirige vers le foyer. Après une petite dizaine de minutes, je m'en vais. La soirée avait livré suffisamment d'informations croustillantes.

La bombe

La semaine suivante, mon article sur le "Tour pour la Flandre" à Anvers paraît dans le Vif/L'Express : "Pour la N-VA, 'le CD&V est le plus gros souci", signé "Dominique Dewael", mon pseudonyme. La bombe est lancée. C'est la première fois que la N-VA tient des propos aussi incendiaires vis-à-vis de son ancien membre de cartel. Jamais auparavant, les partenaires de la coalition suédoise ne s'étaient attaqués aussi clairement dans la presse.

L'affaire prend de l'ampleur. Joachim Pohlmann, porte-parole de Bart De Wever, réagit dans la presse flamande : il confirme que le chef de la N-VA a bel et bien tenu ces propos, mais nuance en disant que cela arrivait d'adopter un type de langage plus trempé en réunion interne. Il regrette également qu'un journaliste pénètre une réunion à huis clos de cette façon.

Lors d'une session plénière de la Chambre, le député socialiste et bourgmestre de Vilvorde Hans Bonte déclare dans un débat sur le saut d'index : "Il faut maintenant se demander pourquoi le CD&V se trouve sur le porte-bagages du vélo de Bart De Wever. Pensez-vous que c'est le hasard ? Plus vous demandez des compensations, plus vous vous trouvez sur le porte-bagages. Quand on n'aura plus besoin de vous, on vous laissera tomber."

Eric Van Rompuy (CD&V), le président de la commission finances, réplique que son parti n'acceptera pas de recevoir des leçons depuis Anvers : "Je peux vous assurer, et j'en prends les collègues de la N-VA à témoin, que nous concrétisons la politique budgétaire de manière correcte et loyale. Et ce, que ce soit dans les commissions ou au Parlement."

Le vice-Premier ministre Kris Peeters (CD&V) a tenté d'apaiser les tensions en envoyant ses bons voeux sur Twitter : "Faisons de 2015 une année de dialogue constructif. Une année de concertation, de collaboration et de détermination inébranlable."

Il n'a pourtant pas fallu longtemps pour que ces bonnes résolutions partent en fumée. Après la trêve hivernale, les deux partis recommencent à se chamailler de plus belle. À la mi-janvier, le terme "Kibbelkabinet" (Littéralement : gouvernement qui se chamaille) voit le jour sous la plume de l'auteur et historien Marc Reynebeau dans un article du Standaard. Ce terme sera par la suite très souvent utilisé par les médias flamands. Un podcast de la VRT portera même ce nom : quatre journalistes y accueilleront un invité politique pour parler de l'actualité de la Rue de la Loi.

Les dossiers qui divisent les anciens partenaires de coalition ne manquent pas. Depuis le 17 janvier 2015, des militaires sont chargés d'assurer la sécurité dans certains quartiers à Bruxelles et à Anvers. Le CD&V est ouvertement contre cette décision alors que la N-VA la défend bec et ongles.

Une dizaine de jours plus tard, la section anversoise du CD&V, avec l'appui de Kris Peeters, adresse un e-mail à ses militants pour les inviter à se plaindre sur les réseaux sociaux de la présence des "paras" à Anvers. Des phrases prêtes à l'envoi figurent dans le courrier. Par exemple : "Ne pas céder à la panique, est-ce déployer des militaires dans les rues ou justement pas ? #Meir #terrorisme".

Le vice-Premier ministre CD&V lui-même s'est baladé dans la rue commerçante d'Anvers, le Meir. Objectif ? Manifester sa méfiance envers les soldats. Il a souligné que, dès que le niveau de menace terroriste diminuerait, les militaires disparaitraient des rues. L'avenir lui donnera tort : cela fait désormais plus de quatre ans que les militaires continuent de patrouiller dans des grandes villes belges.

Lors des réunions internes, les leaders de la N-VA aiment chauffer la salle avec des critiques du CD&V sur l'armée. Un an plus tard, Bart De Wever n'a d'ailleurs pas oublié le geste symbolique de Kris Peeters. Durant une réception du Nouvel An en janvier 2016 à Deurne, le bourgmestre d'Anvers a notamment déclaré : "Anvers est la première ville à avoir fait appel à la défense pour protéger certains sites. J'ai toujours dit que c'était une bonne décision. On en fait tout un foin. Il y a même eu des personnes qui sont venues acheter du boudin (Kris Peeters avait acheté du boudin lors de sa balade à Anvers pour protester contre la présence des militaires) pour montrer que ce n'est plus sympa de voir des paras sur Le Meir. Il n'y a jamais eu de paras sur le Meir."

Les prises de bec par médias interposés entre Kris Peeters et Bart De Wever ne cesseront plus. Lors de la campagne pour les élections communales de 2018, Bart De Wever a par exemple traité Kris Peeters de "transmigrant", car ce dernier a déménagé de Puurs à Anvers pour tirer la liste du CD&V dans la métropole anversoise.

La soif du pouvoir

Il n'y a pas que la venue de Kris Peeters à Anvers, les positions "de gauche" et "anti-paras" du CD&V qui dérangent la N-VA. Le parti nationaliste est jaloux de l'influence démocrate-chrétienne dans les institutions (semi-) publiques. Un cartoon paru dans la newsletter Nieuw-Vlaams Magazine (Newsletter mensuelle envoyée aux membres du parti nationaliste, mais également accessible en ligne) au début de l'année 2015 en est une belle illustration.

On y retrouve une caricature du ministre fédéral Kris Peeters, en train de faire ses courses avec sa femme sur le Meir à Anvers. Il déclare : "Chérie, j'ai peur des militaires en rue". Un passant réplique : "J'ai surtout peur des chrétiens-démocrates dans le conseil d'administration de ma banque."

© Nieuw Vlaams Magazine

La N-VA critique ainsi la désignation début 2015 de Jan Smets, ancien chef de cabinet des Premiers ministres CVP (ancien nom du parti chrétien démocrate flamand qui est devenu aujourd'hui le CD&V) Wilfried Martens et Jean-Luc Dehaene, au poste de gouverneur de la Banque Nationale belge (BNB). Pourtant, le parti de Bart De Wever est aussi parvenu à mettre un pied dans la Banque Nationale grâce à l'arrivée de Tom Dechaene au poste de directeur en décembre 2014.

Ce n'est d'ailleurs pas la première fois que la N-VA place l'un de ses candidats comme mandataire au sein de la direction d'institutions (semi-) publiques. Francis De Meyere, conseiller énergie au cabinet dd l'ex-vice-Premier ministre Jan Jambon, est par exemple arrivé en 2017 à la tête du conseil d'administration de l'Ondraf, l'organe en charge de la gestion des déchets nucléaires.

En termes de cumul des mandats, l'échevin anversois Koen Kennis ne se débrouille pas mal : début 2017, il était l'homme politique qui détenait le plus de mandats en Belgique : 36 au total. La moitié d'entre eux étaient rémunérés. Il siège notamment dans les conseils d'administration d'intercommunales et d'entreprises d'électricité et de télécoms comme Eandis, Fluvius, Telenet.

Ce qui est sûr, c'est que la médaille d'or toutes catégories confondues revient à Marc Descheemaecker. Inscrit à la N-VA avant les élections de 2014, l'ancien PDG de la SNCB n'a pas réussi à obtenir un siège au Parlement européen malgré ses 80.000 voix de préférence. Cela ne l'empêche pourtant pas d'exercer des fonctions pour le moins influentes.

Déjà président du conseil d'administration de Brussels Airport depuis fin 2013, l'homme originaire de Mortsel (Anvers) cumule ensuite les fonctions au sein du conseil d'administration de bon nombre d'entreprises (semi-) publiques. Au mois de décembre 2014, il devient président de la société flamande de transports en commune De Lijn. Mais cela ne s'arrête pas là : il obtient un siège au conseil d'administration de la Banque européenne d'investissements, au Fonds européen d'investissements, à la SNCB et finalement chez Ethias.

La présence de membres de la N-VA dans les plus hautes sphères de l'administration ou des institutions publiques montre qu'elle est devenue un parti comme les autres : elle a soif de pouvoir. Alors qu'elle accuse le CD&V de placer ses pions, la N-VA copie-colle les mêmes méthodes que le parti démocrate-chrétien.

En 2013, alors déjà au gouvernement flamand, la N-VA voulait montrer qu'elle ne dérogerait pas à ses principes : elle n'a pas eu recours à une nomination politique pour le poste de gouverneur de Flandre orientale. Elle a opté pour Jan Briers, une personne sans carte de parti. Depuis les beaux principes sont tombés aux oubliettes et les nominations politiques vont bon train. Comble de l'ironie : Jan Briers est le premier suppléant aux élections fédérales en Flandre orientale sur les listes du... CD&V !

N-VA furax

Dès la parution de mon article dans le Vif/L'Express, l'agence Belga a repris l'information. Des deux côtés de la frontière linguistique, presque tous les médias parlent de l'affaire.

Dans l'après-midi, Thierry Fiorilli, à l'époque rédacteur en chef adjoint du Vif/L'Express, reçoit des appels de différents médias qui voudraient m'interviewer. Une équipe de RTL me rejoint sur la place des théâtres à Anvers pour une interview qui va être diffusée au JT de 19 heures (sans qu'on puisse me reconnaître). Après quelques images de coupe où j'arrive à vélo, l'interview démarre. Le journaliste m'interroge : "Quels sont les passages qui vous ont marqué ?" "Quels messages Bart De Wever fait-il passer aux militants ?" L'interview dure une vingtaine de minutes, puis l'équipe repart vers Bruxelles.

Le week-end passe et, lundi, je reçois un e-mail de Thierry Fiorilli :

"Hi Aubry,

Hope tout va.

Bon, sont furax à la N-VA. Menaces de plaintes, tout ça.

Ici, on s'en fout. Mais je pense qu'ils vont chercher comme des dingues qui se cache derrière Dominique Dewael.

Donc, plus tard ils trouvent, mieux c'est.

Tu t'étais inscrit quand, comme militant?

Et t'as dû donner ton nom pour la réunion du 12?

Toi, news ou pas?

Baci!

Th."

C'est le début des représailles pour Le Vif/L'Express et de la traque à la "taupe" pour moi.

À suivre : "Tous les médias s'en prennent à la N-VA"