"Mettre plus de gens au travail", telle est la devise du gouvernement Vivaldi. Le taux d'emploi de 80 % étant le saint Graal. C'est censé maintenir la "payabilité" de nos pensions, relancer notre économie et, oui, même garantir notre système de solidarité et de de protection sociale.

Mais est-ce bien exact? Est-ce bien la solution? Oui, affirme le patron de la FEB (Fédération des entreprises de Belgique), Pieter Timmermans. Wouter De Geest, président du Voka (organisation patronale flamande), est également un adepte du Deutsche Wirtschaftswunder (le miracle économique allemand): "Cela a permis aux gens de se mettre massivement au travail et de développer leurs talents" (De Morgen, 6 septembre 2021). Ces deux-là sont en bonne compagnie. "Tout a été fait pour éviter de devoir suivre l'exemple allemand, regrette Alexander De Croo. On oublie bien sûr de dire que le chômage allemand a diminué de moitié ces dernières années."

Les propositions du parti du Premier ministre, l'Open Vld, pour la Conférence sur l'emploi s'inspirent pleinement du modèle allemand: supprimer les horaires fixes, rendre le travail à temps partiel encore plus flexible en supprimant le minimum de trois heures par jour, faire entrer en vigueur la prime pour le travail de nuit seulement à partir de minuit, activer les malades de longue durée en réduisant leurs allocations, transférer les demandeurs d'emploi vers le CPAS après deux ans.

L'Allemagne, sous Gerhard Schröder (ex-chancelier social-démocrate), a supprimé le concept même d'"avoir un emploi". Fini les contrats fixes, les horaires fixes, les salaires fixes. C'est remplacé par une jungle de réglementations de travail à temps partiel et flexible. "Nous avons construit l'un des secteurs à bas salaires les plus solides d'Europe", s'est vanté Schröder au Forum économique mondial de Davos. Oui, la compétitivité des entreprises allemandes a augmenté. Elles ont pu conquérir des marchés à l'étranger, sur des entreprises qui travaillent encore avec des contrats fixes, des conventions salariales collectives et des cotisations sociales équitables.

Mais la fable du miracle de l'emploi allemand? Elle est fausse. Il n'y a pas plus de travail aujourd'hui que dans le passé. Le nombre d'heures de travail n'a été réparti que sur un plus grand nombre de gens. En 1990, le volume de travail allemand s'élevait à 62 869 millions d'heures. En 2019, l'année précédant la pandémie, il était de 62 596 millions d'heures. Le nombre total d'heures travaillées est resté plus ou moins le même au cours des 30 dernières années. Réduire de moitié les emplois à temps plein ne crée pas de travail. Cela offre plus de flexibilité aux patrons. Mais le prix social est élevé.

Afin de contraindre les travailleurs à accepter ces emplois précaires, les lois Hartz IV ont supprimé les avantages sociaux et appliqué une politique d'activation très dure. "Fördern und fordern" (stimuler et obliger), tel était le mot d'ordre, que l'on peut aussi traduire par: "On n'a rien sans rien." Cette politique a été poursuivie sous la direction d'Angela Merkel. Pas plus tard qu'en 2019, lorsque le SPD a cherché à un peu se distancier de cette politique, Merkel s'est défendue: "En substance, le principe de base de Fördern und fordern s'est réalisé."

Le "miracle" allemand est devenu une grande catastrophe sociale. Il condamne des millions de personnes à une pression professionnelle insoutenable, au burn-out et à la pauvreté. Aujourd'hui, le chiffre de la pauvreté s'élève à 18,7 %. Le pays compte 3,1 millions de working poor (travailleurs pauvres). Parmi les pauvres, 44 % sont des pauvres "permanents", soit deux fois plus qu'il y a vingt ans. Il y a 700 000 personnes sont sans abri.

L'Allemagne est également dans une situation difficile en ce qui concerne les pensions. Merkel a suivi la ligne fixée par Schöder. Les pensions légales dans le pays le plus riche d'Europe n'ont jamais été aussi basses. Et elles continuent à baisser vers 43 % du revenu moyen d'ici à 2030. Aujourd'hui, l'Allemagne compte 3,2 millions de pensionnés pauvres.

Le modèle allemand et le gouvernement Vivaldi ont en commun une fixation unilatérale sur "l'activation sur le marché du travail". Tous les autres rôles sont dévalués. Vous élevez des enfants, vous vous occupez de petits-enfants, de parents très âgés? Faites-vous du bénévolat? Tout ça est sans importance: soit vous travaillez (sur le marché du travail), soit vous "profitez" de la société!

Être un être humain, c'est être plus qu'un objet commercialisable sur le marché du travail. Nous travaillons pour vivre, et non l'inverse. Notre pays est en passe de compter un demi-million de malades de longue durée. En un rien de temps, le stress au travail et le burn-out ont pris des proportions énormes, dignes d'un véritable fléau. L'OMS les classe parmi les plus grands risques sanitaires du 21e siècle. Il ne s'agit pas d'une erreur dans la marge, mais bien dans le système lui-même. En tant que société, nous devons reprendre le contrôle de l'organisation du travail et mener le débat sur les emplois fixes, la pression du (et au) travail, les horaires et les salaires équitables. L'exemple allemand montre clairement pourquoi.

"Mettre plus de gens au travail", telle est la devise du gouvernement Vivaldi. Le taux d'emploi de 80 % étant le saint Graal. C'est censé maintenir la "payabilité" de nos pensions, relancer notre économie et, oui, même garantir notre système de solidarité et de de protection sociale. Mais est-ce bien exact? Est-ce bien la solution? Oui, affirme le patron de la FEB (Fédération des entreprises de Belgique), Pieter Timmermans. Wouter De Geest, président du Voka (organisation patronale flamande), est également un adepte du Deutsche Wirtschaftswunder (le miracle économique allemand): "Cela a permis aux gens de se mettre massivement au travail et de développer leurs talents" (De Morgen, 6 septembre 2021). Ces deux-là sont en bonne compagnie. "Tout a été fait pour éviter de devoir suivre l'exemple allemand, regrette Alexander De Croo. On oublie bien sûr de dire que le chômage allemand a diminué de moitié ces dernières années."Les propositions du parti du Premier ministre, l'Open Vld, pour la Conférence sur l'emploi s'inspirent pleinement du modèle allemand: supprimer les horaires fixes, rendre le travail à temps partiel encore plus flexible en supprimant le minimum de trois heures par jour, faire entrer en vigueur la prime pour le travail de nuit seulement à partir de minuit, activer les malades de longue durée en réduisant leurs allocations, transférer les demandeurs d'emploi vers le CPAS après deux ans. L'Allemagne, sous Gerhard Schröder (ex-chancelier social-démocrate), a supprimé le concept même d'"avoir un emploi". Fini les contrats fixes, les horaires fixes, les salaires fixes. C'est remplacé par une jungle de réglementations de travail à temps partiel et flexible. "Nous avons construit l'un des secteurs à bas salaires les plus solides d'Europe", s'est vanté Schröder au Forum économique mondial de Davos. Oui, la compétitivité des entreprises allemandes a augmenté. Elles ont pu conquérir des marchés à l'étranger, sur des entreprises qui travaillent encore avec des contrats fixes, des conventions salariales collectives et des cotisations sociales équitables. Mais la fable du miracle de l'emploi allemand? Elle est fausse. Il n'y a pas plus de travail aujourd'hui que dans le passé. Le nombre d'heures de travail n'a été réparti que sur un plus grand nombre de gens. En 1990, le volume de travail allemand s'élevait à 62 869 millions d'heures. En 2019, l'année précédant la pandémie, il était de 62 596 millions d'heures. Le nombre total d'heures travaillées est resté plus ou moins le même au cours des 30 dernières années. Réduire de moitié les emplois à temps plein ne crée pas de travail. Cela offre plus de flexibilité aux patrons. Mais le prix social est élevé. Afin de contraindre les travailleurs à accepter ces emplois précaires, les lois Hartz IV ont supprimé les avantages sociaux et appliqué une politique d'activation très dure. "Fördern und fordern" (stimuler et obliger), tel était le mot d'ordre, que l'on peut aussi traduire par: "On n'a rien sans rien." Cette politique a été poursuivie sous la direction d'Angela Merkel. Pas plus tard qu'en 2019, lorsque le SPD a cherché à un peu se distancier de cette politique, Merkel s'est défendue: "En substance, le principe de base de Fördern und fordern s'est réalisé."Le "miracle" allemand est devenu une grande catastrophe sociale. Il condamne des millions de personnes à une pression professionnelle insoutenable, au burn-out et à la pauvreté. Aujourd'hui, le chiffre de la pauvreté s'élève à 18,7 %. Le pays compte 3,1 millions de working poor (travailleurs pauvres). Parmi les pauvres, 44 % sont des pauvres "permanents", soit deux fois plus qu'il y a vingt ans. Il y a 700 000 personnes sont sans abri. L'Allemagne est également dans une situation difficile en ce qui concerne les pensions. Merkel a suivi la ligne fixée par Schöder. Les pensions légales dans le pays le plus riche d'Europe n'ont jamais été aussi basses. Et elles continuent à baisser vers 43 % du revenu moyen d'ici à 2030. Aujourd'hui, l'Allemagne compte 3,2 millions de pensionnés pauvres. Le modèle allemand et le gouvernement Vivaldi ont en commun une fixation unilatérale sur "l'activation sur le marché du travail". Tous les autres rôles sont dévalués. Vous élevez des enfants, vous vous occupez de petits-enfants, de parents très âgés? Faites-vous du bénévolat? Tout ça est sans importance: soit vous travaillez (sur le marché du travail), soit vous "profitez" de la société! Être un être humain, c'est être plus qu'un objet commercialisable sur le marché du travail. Nous travaillons pour vivre, et non l'inverse. Notre pays est en passe de compter un demi-million de malades de longue durée. En un rien de temps, le stress au travail et le burn-out ont pris des proportions énormes, dignes d'un véritable fléau. L'OMS les classe parmi les plus grands risques sanitaires du 21e siècle. Il ne s'agit pas d'une erreur dans la marge, mais bien dans le système lui-même. En tant que société, nous devons reprendre le contrôle de l'organisation du travail et mener le débat sur les emplois fixes, la pression du (et au) travail, les horaires et les salaires équitables. L'exemple allemand montre clairement pourquoi.