L'esclavage en Libye a fait couler beaucoup d'encre. Les images atroces de migrants subsahariens vendus par lot sur un marché ont circulé et soulevé un vrai tollé international. Quel militant des droits humains ne s'est pas indigné devant ce retour à une époque que l'on croyait révolue.

Pourtant cette croyance est erronée : l'esclavage traditionnel existe encore. En Mauritanie, on naît encore esclave et lorsqu'on est né esclave on appartient à son maître jusqu'à sa mort. On peut être acheté et vendu.

La société mauritanienne est toujours divisée en castes. Les Maures blancs y dominent et constituent les classes nobles. Ensuite viennent les classes inférieures : artisans, musiciens, forgerons, tisserands, potiers et cordonniers. Ce ne sont pas des métiers en Mauritanie, mais bien des castes telles qu'elles existent en Inde. Les Harratines représentent la classe la plus basse, les esclaves et les affranchis. La discriminations qu'ils subissent est telle que 80% des enfants harratines ne vont pas à l'école. Des esclaves harratines sont achetés et vendus sur des marchés locaux ou sont destinés aux riches pays du Golfe.

Les militants contre l'esclavage sont persécutés par l'Etat. Biram Dah Abeid, le leader mauritanien de la lutte pour l'abolition de l'esclavage, est régulièrement harcelé, maltraité et détenu. Il est actuellement incarcéré alors qu'il a été élu député aux dernières élections législatives.

Ce détenteur du prix des droits de l'Homme des Nations Unies est en prison dans un pays esclavagiste et au même moment Théo Francken signe un accord de réadmission à Nouakchott.

Pourtant l'année passée, en février 2017, Federica Mogherini indiquait qu'au niveau européen le combat contre l'esclavage figure parmi les priorités de l'Union Européenne en Mauritanie (...) et que le dialogue s'est intensifié l'année dernière en raison des préoccupations liées, successivement au procès de M. Biram dah ABEID, leader de l'organisation IRA, et de 13 des activistes de cette organisation.

Manifestement les priorités européennes ne sont pas celles de la Belgique, ni celles du secrétaire d'Etat dont la seule priorité est le retour des migrants. Il vient de signer un accord qui permettra à la Belgique d'expulser des migrants subsahariens vers un pays où ils pourraient être réduits en esclavage.

Théo Francken rompt ainsi avec une tradition bien établie d'insérer une clause relative au respect des droits humains dans un accord bilatéral avec un pays dont il est notoire qu'il est dictatorial. Il faut espérer que le Parlement ne donnera pas son assentiment à cet accord qui offre une caution internationale au régime esclavagiste de Nouakchott.