C'est l'épilogue judiciaire d'une affaire qui avait défrayé la chronique: Melikan Kucam, ancien conseiller communal malinois de la N-VA, a été condamné mardi à huit ans de prison, à une amende de 696000 euros et à une privation de ses droits civils et politiques pendant dix ans. Une sentence lourde pour un délit qui ne l'était pas moins.
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C'est l'épilogue judiciaire d'une affaire qui avait défrayé la chronique: Melikan Kucam, ancien conseiller communal malinois de la N-VA, a été condamné mardi à huit ans de prison, à une amende de 696000 euros et à une privation de ses droits civils et politiques pendant dix ans. Une sentence lourde pour un délit qui ne l'était pas moins.L'affaire Kucam avait été révélée par un documentaire de la VRT début 2019.Conseiller communal de Malines à l'époque, il avait été désigné par le cabinet de l'ancien secrétaire d'État à l'Asile et à la migration, Theo Francken (N-VA), pour dresser des listes de candidats à une opération humanitaire de sauvetage des chrétiens assyriens depuis les zones de guerre en Syrie et en Irak. En tant qu'intermédiaire, il jouissait d'une grande confiance du cabinet et déterminait qui pouvait figurer sur les listes. L'enquête a révélé qu'il s'était fait payer des milliers d'euros pour accorder ces faveurs. Une véritable traite des visas humanitaires.La lourdeur de la condamnation a été politiquement saluée, de façon unanime - même la N-VA a reconnu qu'elle était justifiée. Mais les critiques ont continué pour pointer du doigt la responsabilité de Theo Francken lui-même. "Melikan Kucam "avait reçu une carte blanche du cabinet", insistent de nombreux élus. Egbert Lachaert, président de l'Open VLD, met en avant sa "grande responsabilité politique", les libéraux flamands soulignant que ces pratiques ont immédiatement été arrêtées après le départ du secrétaire d'Etat du gouvernement, fin 2018. Groen n'est pas en reste, qui parle de "politique des petits amis". Theo Francken ne nie pas sa responsabilité politique. Mais il ne peut plus démissionner, dit-il, et... l'électeur l'a conforté malgré tout. "Bien sûr que je suis responsable politiquement", dit-il. L'enquête judiciaire a démontré qu'aucune faute n'avait été commise dans son chef, insiste-t-il. "Mais je suis naturellement responsable politiquement. Je ne suis plus membre du gouvernement depuis deux ans, donc je ne peux pas démissionner." Il s'attendait à être sanctionné par les électeurs après cette affaire, mais: "j'ai obtenu plus de 122000 voix de préférence et notre liste a progressé".Quant à la perspective d'une commission d'enquête parlementaire, il l'écarte: une enquête avait déjà été menée à la demande de celle qui lui a succédé à la fin du gouvernement Michel, Maggie De Block, et la justice a parlé. Mais Theo Francken, en toute état de cause et en l'état de la connaissance actuelle des faits, aurait dû démissionner à l'époque. "Un débat sur la responsabilité politique est nécessaire", souligne le politologue gantois Carl Devos.Sammy Mahdi (CD&V), actuel secrétaire d'Etat à l'Asile, salue quant à lui la condamnation de Melikan Kucam et promet davantage de transparence à l'avenir au sujet de ces visas humanitaires.