Sur l'année 2020, on dénombre une hausse de 17% de décès par rapport à la moyenne des années 2016-2019. ""Il s'agit d'un indice de surmortalité de 1,17 toutes causes de décès confondus. On fait l'hypothèse que le surplus est lié en grande partie au COVID. Plusieurs études ont en effet montré que la surmortalité est liée au COVID mais pour le moment, on n'a pas encore les données de causes des décès", nous explique Yoann Doignon, géographe et démographe à l'UCLouvain. " Quand on aura ces données de causes de mortalité, l'objectif sera de distinguer précisément les décès COVID des non-COVID", précise-t-il.
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Sur l'année 2020, on dénombre une hausse de 17% de décès par rapport à la moyenne des années 2016-2019. ""Il s'agit d'un indice de surmortalité de 1,17 toutes causes de décès confondus. On fait l'hypothèse que le surplus est lié en grande partie au COVID. Plusieurs études ont en effet montré que la surmortalité est liée au COVID mais pour le moment, on n'a pas encore les données de causes des décès", nous explique Yoann Doignon, géographe et démographe à l'UCLouvain. " Quand on aura ces données de causes de mortalité, l'objectif sera de distinguer précisément les décès COVID des non-COVID", précise-t-il. "La hausse de 17% vaut pour l'ensemble de l'année 2020. Pour la première vague (du 15 mars au 15 juin), la surmortalité est de l'ordre de 39% avec un pic qui se situe en début avril. Pour la seconde vague, la hausse de mortalité est de 36%, avec un pic de mortalité centré début novembre. Avec les deux guerres mondiales, et la grippe espagnole, la pandémie de COVID est, de loin, l'épisode le plus meurtrier en terme de surmortalité depuis le début du XXe siècle", détaille Yoann Doignon. En France la hausse de la surmortalité est de 7,3%, quand on compare les années 2020 et 2019. Les démographes néo-louvanistes ont aussi conclu de leurs analyses chiffrées que cette surmortalité se traduit par un recul de l'espérance de vie inédit au cours de l'histoire récente du pays. Ce recul est estimé à une année d'espérance de vie. "Le Bureau du Plan arrive à 0,9 ans. Ce sont des calculs provisoires qui devront être consolidés en 2021. En France, en termes de comparaison, on parle d'un recul de l'espérance de vie de 0,4 pour les femmes et 0,5 pour les hommes en comparaison avec 2019", commente Yoann Doignon. Quant à savoir si le confinement donnera lieu à un "baby boom" ou un "baby flop", il est encore trop tôt pour le dire. "C'est trop précoce pour calculer l'impact du COVID sur la fécondité. En Belgique et en Europe, on observe une baisse de la fécondité depuis 5-6 ans. Pour l'instant c'est compliqué de savoir si en 2021, on aura un impact dû au COVID ou une poursuite des tendances. A ce sujet, nous devrons disposer a minima des données des années 2021 et 2022".Au niveau historique, il est observé que ce genre de crise de grande ampleur a plutôt un effet dépréciatif que stimulant. "Les crises font généralement baisser plutôt qu'augmenter la fécondité. Il peut aussi y avoir un effet de rattrapage. Des couples qui avaient des projets d'enfants, mais qui vu le contexte sanitaire ou climatique anxiogène, reportent leur projet. A la fin de la crise, il faudra déterminer ce qui est dû au report des naissances, et ce qui relève d'une baisse plus durable de la fécondité", commente le démographe. La surmortalité due à la première phase de l'épidémie de Covid-19 n'a pas touché le territoire belge de manière homogène a aussi pu observer le groupe de démographes. Des zones ont été affectées plus précocement et plus fortement que d'autres expliquent-ils dans leur document de travail. Différents facteurs peuvent influencer la propagation d'un virus et l'intensité de sa mortalité, tels que la densité de population d'un territoire, la mobilité des populations, l'importance des interactions sociales interpersonnelles (familiales, amicales,...) ou encore la pauvreté. Au-delà de l'identification de zones les plus touchées, la compréhension de la géographie de la surmortalité liée à la Covid-19 reste complexe. Cette carte montre les zones les plus touchées lors de la première vague. Certaines zones ont été bien davantage touchées que d'autres. C'est principalement le cas de l'arrondissement de Mons, de la province du Limbourg et de l'est du Brabant flamand, d'une grande partie de la province de Liège et du nord-est de la province du Luxembourg ainsi que de l'agglomération bruxelloise. "Comme pour tout phénomène contagieux, plus un territoire est proche d'un foyer de contamination, plus sa probabilité d'être touché par l'épidémie est grande", expliquent les spécialistes des données démographiques. Ils identifient également deux foyers secondaires : la région de Couvin-Chimay et celle de Bouillon. Les territoires avec une moindre surmortalité se situent à la fois en Wallonie, dans les régions de Dinant, Virton, Arlon et de Tournai, et pour la Flandre, dans les zones les moins densément peuplées des arrondissements d'Anvers et Turnhout ainsi que dans les provinces de Flandre occidentale et orientale. Dans ces deux dernières provinces, on décèle des foyers locaux de surmortalité un peu plus élevée : "l'axe" Bruges-Courtrai et la région de Poperinge. "La surmortalité liée au Covid-19 durant la première vague n'est donc pas fortement corrélée à la densité de population, ni d'ailleurs à la géographie sociale du pays. Ainsi, par exemple, au sein de l'agglomération bruxelloise, des zones très précarisées se caractérisent par une très forte surmortalité... au même titre que des espaces socialement très favorisés", note encore Yoann Doignon.