On dirait que l' american dream a été inventé pour elle. Comment cette petite Bruxelloise, née Diane Halfin d'une maman délivrée d'Auschwitz dix-huit mois plus tôt, est-elle devenue, selon le magazine économique américain Forbes, " la femme la plus puissante de l'industrie de la mode " et l'une des socialites les plus en vue des Etats-Unis ? " Avant 30 ans, dit-elle, j'avais déjà tout fait. " Vendu plus d'un million d'exemplaires de la wrap dress, son emblématique robe portefeuille en jersey. Epousé un prince, fait deux enfants et divorcé. Acheté une maison de campagne dans les Hamptons, comme le font tous les New- Yorkais huppés. " Et tout ça par accident ", semble-t-elle s'étonner, ses jambes kilométriques étendues sur le canapé de son bureau de Meatpacking, l'ancien quartier des abattoirs de Manhattan.
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On dirait que l' american dream a été inventé pour elle. Comment cette petite Bruxelloise, née Diane Halfin d'une maman délivrée d'Auschwitz dix-huit mois plus tôt, est-elle devenue, selon le magazine économique américain Forbes, " la femme la plus puissante de l'industrie de la mode " et l'une des socialites les plus en vue des Etats-Unis ? " Avant 30 ans, dit-elle, j'avais déjà tout fait. " Vendu plus d'un million d'exemplaires de la wrap dress, son emblématique robe portefeuille en jersey. Epousé un prince, fait deux enfants et divorcé. Acheté une maison de campagne dans les Hamptons, comme le font tous les New- Yorkais huppés. " Et tout ça par accident ", semble-t-elle s'étonner, ses jambes kilométriques étendues sur le canapé de son bureau de Meatpacking, l'ancien quartier des abattoirs de Manhattan. Par accident, au début des années 1970, Diane est enceinte et, contre l'avis de leurs parents, épouse Egon von Furstenberg, Agnelli par sa mère. Le même hasard la fait atterrir à Côme, dans une fabrique qui est en train d'inventer le jersey imprimé. Une valise, une douzaine de robes : elle débarque à New York et séduit Diana Vreeland, la rédactrice en chef du célèbre magazine de mode Vogue. Diane fait la couverture de Newsweek. Sa wrap dress, qui habille Aretha Franklin ou Brooke Shields, entre au Costume Institute du MoMa. Parfums, accessoires : l'empire se construit. C'est l'époque du Club 58, d'Andy Warhol (ses portraits colorés de la créatrice vous accueillent dès l'entrée du studio) et des débordements en tous genres, qui emportent le jeune Egon. Diane bataille pour conserver le nom de ce vrai prince, qui vaut passeport dans la jet set internationale. Dans les années 1980, Diane von Furstenberg est obligée de vendre sa société, mais redémarre en 1997 et en fait une vraie marque de luxe. L'iconique robe portefeuille est rééditée. Les collections (prêt-à-porter, chaussures, sacs, bijoux... : onze en tout) et les franchises se multiplient. " Je vis dans une valise ", sourit-elle. Car la marque s'internationalise. Elle est présente dans plus de 70 pays et 1 500 points de vente, de Saint-Tropez à Shanghai en passant par Bruxelles, Knokke et Anvers. En Belgique, les boutiques sont gérées par Greta Halfin, la belle-soeur de Diane. Et c'est Alexander, le fils qu'elle a eu avec Egon, qui gère aujourd'hui les investissements de la famille. Des chiffres ? Non, on ne les communique pas. " Je suis très contente que DvF soit une compagnie privée. La mode traverse de tels changements, une telle disruption, un tel bordel (sic, en français) que, pour pouvoir adapter le business plan, il faut être agile. " Ce qu'elle pointe, c'est la fin du middelman, de l'intermédiaire, rendu obsolète par la révolution digitale. " Aux marques de s'adresser directement au consommateur, via l'e-shopping mais pas seulement. Et là, j'ai la chance d'avoir bâti une marque avec un objectif et des valeurs transgénérationnelles. Filles, mères et grands-mères ont des affinités émotionnelles avec elle. On peut capitaliser là-dessus pour le futur. " La vente sur un écran, elle l'a pratiquée avant tout le monde, via le téléshopping. " Mon mari a acheté la boîte ", lâche-t-elle simplement. Son époux, c'est Barry Diller, tycoon des médias, l'homme qui vaudrait deux milliards, célèbre aussi pour son yacht de plus de 90 mètres. Marié depuis dix-sept ans, le power couple ne vit pas sous le même toit, assume la polémique et fait la joie des tapis rouges. Que Diane foule, depuis 2006, en tant que présidente du Conseil des créateurs de mode américains (on lui doit le règlement sur l'âge minimum et le poids raisonnable des mannequins de défilés). DvF possède aussi sa propre émission de télé-réalité et a tourné des masterclass que celles et ceux qui cherchent à créer leur marque peuvent acheter sur le Net. " Je voulais avoir une vie d'homme dans un corps de femme et je l'ai eue ", résume celle qui, au passage, semble avoir tout compris du storytelling (l'art de raconter une histoire pour vendre), et avant tout le monde, fusionnant vie privée et marque en des slogans porteurs d' empowerment féminin (autonomisation), un autre credo. " Be the woman you want to be ", lit-on sur les murs de ses boutiques. " J'ai eu la chance de devenir la femme que je voulais être. Ma mission dans la vie, c'est aider les femmes à être ce qu'elles veulent être. " Cela dans un monde jusque-là plutôt masculin. " J'étais dans l'avion le jour où j'ai fait la couverture du Wall Street Journal. Mon voisin me dit : "Comment se fait-il qu'une jolie femme comme vous lise le WSJ ?". Je ne lui ai pas montré la couverture, je me suis contentée de sourire. " Des anecdotes de ce genre, Diane en a mille. Alors, elle partage l'expérience accumulée. Au travers de son DvF Award, qui récompense depuis huit ans des femmes engagées. Et au fil d'innombrables conférences. Aujourd'hui, fine, tonique et terriblement chic, la Belgo-Américaine revendique ses plus de 70 ans. " L'âge, affirme-t-elle, c'est la preuve que vous avez vécu. " L'an dernier, elle confiait les clés de son studio de création à Nathan Jenden, un styliste britannique qu'elle a en quelque sorte formé (il a travaillé pour elle au début des années 2000). A l'époque, il avait fait bondir les ventes de deux à 250 millions. C'est la petite-fille de Diane, Talita, qui est désormais la muse de la maison. " Tous les vingt ans, il faut mettre du sang neuf dans une marque. Il faut la rajeunir. Maintenant, glisse Diane en dégoupillant un petit flacon, shot d'énergie à base de gingembre, citron et coco, c'est mon troisième acte. " La troisième période de sa vie, c'est la philanthropie. Un mot qu'elle n'aime pas, mais une activité qu'elle pratique depuis longtemps. En 2001 déjà, lors de son mariage, elle s'était engagée à reverser 50 % de sa fortune à des organisations caritatives dans le cadre de The Giving Pledge, un charity alimenté par des noms comme Bill and Melinda Gates, Warren Buffett, Michael Bloomberg, etc. Aujourd'hui, elle s'y consacre à plein temps. A New York, elle est à la base de la transformation de l'ancienne voie ferrée du High Line en parc urbain, et indirectement de la renaissance du quartier de Meatpacking. Parce qu'elle a contribué financièrement, mais surtout levé 70 millions de dollars, la voici marraine de la statue de la Liberté ! " On a aménagé un musée, refait les jardins, la lumière. " La Belgique éclairant New York ? " Ma mère me disait toujours que j'étais le flambeau de liberté. Très drôle, non ? " A Anvers, DvF a soutenu le musée Red Starline qui raconte l'histoire de la ligne transatlantique, et au passage celle de l'immigration vers les Etats-Unis. Anvers dont l'université l'a faite docteur honoris causa l'an dernier. Elle jubile ! Pas mal pour une sans diplôme. Son recteur, Herman Van Goethem, " un homme formidable ", est aussi à la base de la création du mémorial aux Juifs déportés de Malines, juste en face de la caserne Dossin. " Ma mère, qui était résistante, a été arrêtée en mai 1944 et envoyée à Malines. Lors du transport vers la caserne puis vers la gare pour Auschwitz, elle a écrit deux petits mots à l'adresse de ses parents, et les a jetés dans la rue. Elle leur disait : "Je vous en prie, prenez bien soin de vous parce que je veux que, quand je reviens, vous soyez en pleine forme pour mon mariage. Je ne sais pas où je vais mais sachez que je pars avec le sourire." Lorsque je l'ai lu la première fois, cela m'a fait un choc. Et vous me demandez pourquoi je pense que les femmes sont fortes ? " Diane a décidé de donner les originaux de ces lettres au musée de Malines. Maintenant, c'est Bruxelles qui s'apprête à l'honorer, en lui offrant le titre de citoyenne d'honneur qu'elle recevra officiellement le 27 septembre, des mains du bourgmestre Philippe Close. " La Belgique, c'est très ancré en moi ", assure- t-elle. Elle se souvient du lycée Dachsbeck, près du Sablon, " une école avec des murs épais ", où sa mère était allée avant elle. " Lors des 75 ans de l'école, on m'a choisie pour souffler les bougies, j'étais en couverture du Soir. C'est grâce à mademoiselle Gilette, la directrice, qui avait connu ma mère. Pour elle, j'étais la petite fille de Lily, Lily que les lois raciales avaient empêchée d'aller à l'université et qui avait été emmenée au camp six ans plus tôt. J'ai beaucoup d'affection pour elle. " La photo en noir et blanc trône parmi celles des personnalités les plus élégantes de la Grosse Pomme, juste derrière le bureau. " Bruxelles, pour moi, reprend-elle, c'est le Sablon, Tintin, l'odeur du chocolat à la gare du Midi, marcher dans la forêt de Soignes. J'ai tout fait pour partir de là. Je trouvais qu'il ne se passait jamais rien. Il pleuvait sans cesse et cela faisait friser mes cheveux. Toutes les autres avaient des nattes blondes. " Lorsqu'elle a 14 ans, ses parents divorcent. Diane part étudier dans un collège suisse, plantant là ses deux grandes amies, Mireille et Myriam Wittamer, qu'elle revoit toujours, à chaque retour en Belgique. En 1986, pour le centenaire de la statue de la Liberté, le maire Koch décide de choisir 86 personnes arrivées de l'étranger pour faire rayonner New York. Diane est l'une d'entre elles. Elle est invitée au palais royal. " Peu à peu, la Belgique est devenue fière de moi. Tous mes enfants ont la double nationalité. Mon frère y vit toujours. Pour mon père, qui était réfugié de Russie, la Belgique, c'était un pays important. Jusqu'à l'âge de 9 ans, je n'avais pas de nationalité, j'étais apatride. " Des Etats-Unis, elle, l'amie d'Hillary, regrette le choix électoral. " C'était un tel choc, et c'est toujours un choc. Ce que j'aimais en Amérique, avant, c'était l'impression qu'il n'y avait pas de classes, que les gens s'appelaient par leur prénom. Que c'était un melting pot, très multiracial. Et qu'il n'y a pas de corruption comme je le sentais en Europe. Pour le moment, ce n'est plus le cas. "