C'était il y a près de trente ans. A la charnière des années 1980 - 1990, à l'heure où le gouffre budgétaire national donnait le tournis à tous les contribuables belges. Et alors que le gouvernement Martens-Gol lançait la vague des cures d'austérité. Jean-Claude Defossé, journaliste à la RTBF, pointait les dysfonctionnements de notre pays et dénonçait les incuries de nos pouvoirs publics. Déjà... Son Journal des grands travaux inutiles (GTI), au ton mordant, partait à la recherche des chantiers laissés en friche, inachevés, de stations de métro abandonnées en hôpitaux vides. Un carton d'audience. Et une interpellation vigoureuse d'un monde politique accusé, concrètement, de gaspillages à répétition. " Son émission a fait prendre conscience à l'administration qu'il fallait tout mettre en oeuvre pour essayer d'éviter les GTI ", commentait alors, philosophe, le ministre bruxellois des Travaux publics, Jean-Louis Thys (PSC). Message pas forcément reçu.
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C'était il y a près de trente ans. A la charnière des années 1980 - 1990, à l'heure où le gouffre budgétaire national donnait le tournis à tous les contribuables belges. Et alors que le gouvernement Martens-Gol lançait la vague des cures d'austérité. Jean-Claude Defossé, journaliste à la RTBF, pointait les dysfonctionnements de notre pays et dénonçait les incuries de nos pouvoirs publics. Déjà... Son Journal des grands travaux inutiles (GTI), au ton mordant, partait à la recherche des chantiers laissés en friche, inachevés, de stations de métro abandonnées en hôpitaux vides. Un carton d'audience. Et une interpellation vigoureuse d'un monde politique accusé, concrètement, de gaspillages à répétition. " Son émission a fait prendre conscience à l'administration qu'il fallait tout mettre en oeuvre pour essayer d'éviter les GTI ", commentait alors, philosophe, le ministre bruxellois des Travaux publics, Jean-Louis Thys (PSC). Message pas forcément reçu. Car la fédéralisation du pays a complexifié davantage encore les processus de décision. La crise économique et financière de 2008, le grand blocage institutionnel de 2010-2011 ou les attentats de Paris et de Bruxelles ont dégradé l'image de l'Etat, présenté régulièrement, tant chez nous qu'à l'étranger, comme un failed (failli), incapable de mener à bien des missions prioritaires. Il y a une part de bashing (dénigrement) ou de défaitisme calculé dans cette expession, mais il y a aussi une part de vérité. On ne compte plus les grands chantiers enrayés ou retardés par le mode de fonctionnement chaotique de notre pays. C'est le reflet d'un fédéralisme de coopération devenu " fédéralisme de confrontation ", tel que le décrit Hugues Dumont, constitutionnaliste de l'université Saint-Louis (Bruxelles). Jean-Claude Defossé a pris sa retraite il y a deux ans. Mais il garde un regard (très) critique et une douce ironie quand il évoque la situation de notre pays : " Au fond, rien n'a changé. Nous vivons toujours en Absurdie et au Gaspiland, même si les politiques font peut-être un peu plus attention au caractère utile des travaux. " La meilleure preuve, selon lui, c'est la multiplication chaotique des chantiers en raison de la complexité institutionnelle du pays et des nombreux intérêts politiques contradictoires. " Il n'y a aucune coordination, il suffit de se promener dans les rues de Bruxelles pour s'en rendre compte. " Le plus souvent, c'est toutefois un autre constat qu'il convient de poser : en raison de majorités différentes, de tensions politiques ou de coupes budgétaires, de grands projets n'aboutissent pas. " Il n'y a plus d'ambition belge, pestait le ministre-président bruxellois, Rudi Vervoort (PS), dans Le Vif/L'Express, mi- septembre dernier, évoquant le chemin de croix du dossier stade national. C'est toute notre capacité à mener des projets de cette envergure qui est remise en cause. " Depuis mai 2016, plusieurs patrons posent le même constat et se battent " pour revitaliser cet Etat qui donne l'impression de ne plus fonctionner ". " Il y a bel et bien des aspirations en Belgique à de l'ambition, nous confiait ainsi, récemment, Baudouin Meunier, consultant en management et professeur à l'UNamur. Mais ce qui manque, c'est une organisation systématique du monde politique en lien avec la société civile pour répondre à ces aspirations. " Il manque " une vision d'ensemble ", partagée par tous. Les sept dossiers épinglés par Le Vif/L'Express ne constituent pas une liste exhaustive de ces " grands chantiers impossibles ". Ils symbolisent notre incapacité chronique à fédérer les énergies autour de projets, de plans, de perspectives. Le constat est d'autant plus alarmant qu'il nourrit un antipolitisme sans cesse croissant. A quand les réponses concrètes, les décisions claires, assumées par tous et les délais respectés ? La saga de la construction d'un stade national, susceptible d'accueillir notamment les Diables Rouges, constitue l'une des plus belles métaphores du mal belge. Ce 7 décembre, on sera enfin fixé : l'Union européenne de football (UEFA) doit décider si, oui ou non, la Belgique est en mesure d'accueillir des matchs de l'Euro 2020, disputé dans treize villes de l'Union européenne. C'est la nécessité symbolique pour Bruxelles, capitale de l'Europe, de participer à cette grande fête qui a permis de débloquer, en 2013, un dossier vieux de... trente ans. En effet, les premières discussions relatives à la construction d'un nouveau stade eurent lieu après le drame du Heysel, en 1985. " L'idée était déjà de construire un nouveau stade, se souvient Alain Courtois (MR), actuel échevin des sports de Bruxelles. Mais lors d'une conversation au Seize, quelques années plus tard, le Premier ministre Jean-Luc Dehaene (CVP), nous a dit : "On n'a pas les moyens, c'est quelque chose que je ne saurais pas faire passer". Révélateur de l'attitude de la politique par rapport au sport en Belgique. Dans d'autres pays, un tel stade national serait le symbole de la nation. " Pour l'Euro 2000, organisé avec les Pays-Bas, le stade Roi Baudouin a été rénové. A moindre coût. Dix ans plus tard, il ne répondait déjà plus aux normes de l'UEFA. En mai 2013, le gouvernement bruxellois décide, enfin : un stade national sera construit sur le site du parking C, appartenant à la Ville de Bruxelles mais situé sur le territoire de la commune flamande de Grimbergen. Ce choix s'impose parce que la Ville de Bruxelles a d'autres priorités pour le plateau du Heysel, appelé à accueillir un ensemble de logements et un vaste centre commercial (le projet Neo). C'est, aussi, le seul terrain susceptible d'être bâti rapidement, contrairement à d'autres sites envisagés, dont celui de la gare de Schaerbeek. Enfin, à proximité du ring, il est facile d'accès. Mais politiquement, c'est un piège. Depuis la décision régionale, le dossier s'est longuement perdu dans des méandres kafkaïens. Au point que des responsables de la Fédération belge de football ont laissé entendre, en septembre dernier, que Lille pourrait être une alternative pour l'Euro 2020. " Ce stade est un puzzle complexe, rappelle souvent Alain Courtois. En matière de rentabilité, de technicité, d'infrastructures avoisinantes... Mais le plus compliqué, c'est la gestion psychologique des ego et des intérêts politiques contradictoires. " C'est peu dire. Le renoncement du Sporting d'Anderlecht, censé occuper le stade en permanence, est un souci d'envergure, mais il est peut-être destiné à faire baisser les enchères pour la location. Le vrai poison dans ce dossier, depuis le début, est d'une autre nature : communautaire. Tour à tour, le promoteur flamand Ghelamco a dû affronter les réticences de la N-VA (qui n'apprécie guère un tel symbole belge), les frilosités de Grimbergen (singulièrement des écologistes de Groen, membres de la majorité communale), les fantômes du passé (un chemin vicinal, qui n'existe plus, se trouve toujours sur les plans), les réserves de l'Union belge de football (où le lobby sportif brugeois est important)... Les passes d'armes sont innombrables. " Nous avons fait notre part de boulot en trouvant un accord, un terrain, un investisseur et un budget, nous déclare Philippe Close (PS), bourgmestre de Bruxelles. La balle est dans le camp de la Flandre, qui doit délivrer le permis. Mais j'ai été très surpris par l'absence totale du Premier ministre dans ce dossier. C'est le stade national, quand même ! " Gêné par son alliance avec la N-VA et guère amoureux de foot, Charles Michel reste en effet muet sur le sujet. Les dernières nouvelles du front ? Le gouvernement flamand, emmené par la N-VA, a décidé de passer par une demande de permis unique, procédure qui permet de statuer en une fois, et plus rapidement. Ghelamco a défendu son dossier devant l'UEFA et promis que le stade pourrait être terminé deux mois avant l'Euro 2020... si le permis est octroyé à temps. " Je suis un peu plus optimiste ", assure Gérard Linard, nouveau président de la Fédération belge de football. Mais le projet ne soulève pas des montagnes d'enthousiasme : 1 275 plaintes ont été envoyées à la commune de Grimbergen, qui a finalement remis un avis négatif. L'administration flamande de la mobilité et des travaux publics s'oppose, elle aussi, au projet. Même dans les partis francophones, on est plutôt tiède. " Toutes ces difficultés étaient prévisibles, regrette Emmanuel De Bock, chef de groupe DéFI au parlement bruxellois. Si on avait fait de ce stade un projet véritablement collectif, en étudiant toutes les options, dont la rénovation du stade Roi Baudouin, ça aurait peut-être été différent. Mais il n'y a même pas eu de débat parlementaire ! " La dite rénovation, précisent les partisans du stade national, n'intéressait aucun investisseur privé. C'est l'histoire d'un dossier qui immobilise la Belgique depuis près de trente ans. L'avènement du RER (Réseau express régional) n'a cessé d'être reporté en raison des nombreuses vicissitudes de notre vie politique : tensions communautaires, blocages politiques, gabegies budgétaires, phénomène Nimby (Not In My Backyard, " pas dans mon jardin "), manque de vision à long terme... Depuis mai 2017, il existe pourtant une chance que ce chantier maudit voie le bout du tunnel. François Bellot (MR), ministre fédéral de la Mobilité, a annoncé l'emprunt d'un montant d'un milliard d'euros pour terminer les travaux, un chantier qui devrait démarrer début 2018. Bellot a comparé le RER à un " bâtiment inhabitable ", critiquant la façon dont le dossier a été géré depuis le début : " Cela a été une erreur d'ouvrir les travaux partout en même temps. C'est l'une de causes de la situation actuelle. " Résultat ? La finalisation du réseau - les lignes 161 (Bruxelles-Ottignies) et 124 (Bruxelles-Nivelles) - n'est pas attendue avant 2030. Soit dix-huit ans de retard sur les plans initiaux ! Pour mesurer l'étendue du désastre, le cabinet du ministre se réfère à un rapport de la Cour des comptes publié début 2017. Le travail de l'institution de contrôle se basait sur les informations alarmistes selon lesquelles " le fonds RER n'est plus doté que de 105 millions d'euros, là où les estimations annoncent un besoin de 700 à 900 millions d'euros pour finaliser le chantier ". D'où l'investissement complémentaire décidé, sous forme d'emprunt, par le fédéral. Le rapport plonge dans les catacombes du fonctionnement belge : " La définition des objectifs du RER n'a pas été fondée sur une analyse détaillée et actualisée des besoins en matière de mobilité. " Une étude était bien prévue mais elle " n'a jamais été réalisée faute de budget alloué par l'Etat ou la SNCB ". Les objectifs sont " peu précis " et ne tiennent pas compte de la croissance attendue du nombre de voyageurs. Sans oublier que le projet initial posait de sérieux problèmes en ce qui concerne l'engorgement annoncé de la jonction Nord-Midi à Bruxelles ou des difficultés d'organisation de la circulation des trains. La Cour constate encore " de sérieuses défaillances " au niveau du dispositif de pilotage de ce vaste chantier : le comité exécutif des ministres de la Mobilité " ne s'est réuni qu'à trois reprises (dont deux en 2016) et n'a pas été en mesure d'apporter à ce projet les adaptations nécessaires pour une mise en oeuvre efficiente et utile " ; le comité de pilotage, instance chargée du suivi quotidien, ne s'est réuni qu'à sept reprises entre juillet 2009 et juin 2016. Or, 41 réunions étaient initialement prévues. En mai 2017, Jean-Pierre Hansen, ancien patron d'Electrabel, a été désigné directeur de ce comité pour le ramener à la vie. Quant au coût total du RER, il devrait avoisiner les trois milliards d'euros. Le rapport de la Cour des comptes constate qu'il n'y a pas eu " d'irrégularités significatives " dans la consommation des crédits mais rappelle qu'un audit de janvier 2016 épinglait déjà un contrôle " insuffisant " de la part du fédéral. " Le comble, c'est que le RER est en réalité pratiquement achevé du côté flamand, peste Jean-Claude Defossé. Comme souvent, il y a un problème communautaire évident. " La faute à la fameuse clé de répartition 60/40 qui distribue de la sorte les investissements entre la Flandre et la Wallonie. " C'est une des causes des retards dans la réalisation du RER ", acquiesce la Cour des comptes. Désormais, cette clé de répartition ne sera plus évaluée annuellement, mais tous les deux ans. En Belgique, toute petite avancée est toujours bonne à prendre. Mais de là à voir le bout de ce projet vital alors que l'on bat chaque année des records d'embouteillage sur nos routes... En 2003, le gouvernement fédéral décide de renoncer à l'énergie nucléaire. L'horizon est fixé à 2025 mais l'accord prévoit de limiter la durée de vie des centrales à quarante ans maximum, ce qui impose leur fermeture progressive entre 2014 (Doel 1) et 2025 (Tihange 3). Cadeau aux écologistes, après leur forte progression électorale de 1999. Après le retour des verts dans l'opposition, en 2003, à cause d'une énième discorde sur le survol de Bruxelles (autre monstre du Loch Ness), la décision n'est jamais remise en question par les majorités suivantes. Mais les conséquences de son application sont largement ignorées et reléguées au second plan, au cours d'années marquées par des crises financière et institutionnelle. " Nous allons sortir du nucléaire par le chaos ", s'inquiète, en 2012, Olivier Deleuze (Ecolo). La suédoise de Charles Michel, arrivée au pouvoir en octobre 2014, hérite de la patate chaude et singulièrement, en son sein, la ministre de l'Energie, Marie-Christine Marghem (MR), pas spécialiste de l'énergie mais choisie pour ses compétences juridiques d'avocate indispensables pour mener à bien le prolongement des centrales nucléaires jusqu'en 2025, face au tir de barrage de l'opposition écologiste. L'objectif de sortie du nucléaire n'est pas remis en question. Officiellement du moins, car les alternatives ne sont pas assez développées, en dépit des investissements réalisés pour l'éolien offshore ou pour le photovoltaïque en Wallonie. Mi-novembre 2017, Elia, le gestionnaire fédéral de la distribution d'électricité, a confirmé ce que tout le monde pressentait : à ce rythme, il est impossible que les énergies renouvelables remplacent le nucléaire à l'heure prévue. Aujourd'hui, l'énergie nucléaire représente encore 50 % de la production nationale d'électricité, contre 37 % pour l'énergie thermique (les centrales au gaz, essentiellement) et 13 % pour le renouvelable. " Comment va-t-on faire pour approvisionner les gens en énergie lorsqu'il n'y aura ni vent ni soleil ? s'interroge Chris Peeters, CEO d'Elia, le gestionnaire du réseau de transport d'électricité à haute tension. Nous ne pouvons pas nous contenter du renouvelable. Nous avons besoin d'une capacité réglable. L'énergie thermique permet de produire de l'énergie même quand il y a une vague de froid et d'éviter les plans de délestage. " Elia plaide dès lors pour l'ouverture de nouvelles centrales au gaz. Ces déclarations ont réveillé des dissensions au sein de la coalition fédérale : la N-VA et certains libéraux plaident, depuis, pour une prolongation du nucléaire au-delà de 2025. Interrogé au Parlement, le vice-Premier MR, Didier Reynders, a botté en touche : selon lui, l'étude d'Elia ne remet pas en cause la sortie du nucléaire... en l'état : " Si l'on veut respecter la loi, il faut avancer rapidement avec une volonté d'investissement important, tant du fédéral que des Régions. " Référence explicite au pacte de l'énergie, qui doit être conclu pour la fin de l'année entre fédéral et Régions et déterminer le mix énergétique belge aux horizons 2030 et 2050. " Nous attendons ce pacte depuis 2015 ", grincent les écologistes. " Pas de pacte sans sortie du nucléaire en 2025 ", a prévenu la ministre bruxelloise de l'Energie, Céline Fremault (CDH). " Il y a une loi et la loi, on la respecte ", a opiné le ministre wallon Jean-Luc Crucke (MR). Reste à savoir comment. Pour se donner une chance, Marie-Christine Marghem a procédé cette année à une vaste consultation des acteurs du secteur, puis à... une consultation citoyenne par Internet. Ce processus, mené en concertation avec ses collègues régionaux, a suscité des ricanements : tout le monde garde en mémoire l'image désastreuse donnée par la Belgique, il y a deux ans, au moment du sommet sur le réchauffement climatique à Paris (COP 21) : le Premier ministre, Charles Michel, était monté à la tribune pour son discours alors que les négociations sur la répartition de l'effort énergétique avaient échoué entre le fédéral et les Régions. Le roi était nu, en raison d'une bagarre de chiffonniers entre nationalistes flamands et gouvernements francophones. Deux ans plus tard, la Belgique se donnera- t-elle enfin les moyens de ses slogans climatiques ? Nombreux sont les sceptiques, en raison du contexte politique et des intérêts des géants de l'énergie. Un document de travail du Pacte, qui a fuité dans la presse mardi 28 novembre, confirme cette incrédulité : si la sortie du nucléaire est confirmée, les moyens pour y arriver restent flous. Tous les niveaux de pouvoir sont compétents à des degrés divers, des communes au fédéral (pour la réglementation) en passant par les Régions et Communautés (qui ont la main), sans oublier les provinces. " Or, il n'y a aucun plan fédéral digne de ce nom, regrette Jean Nève, président du Conseil supérieur de la santé. La seule chose qui se passe, ce sont des accords conclus entre le secteur de la grande distribution et le SPF Santé au sujet de la réduction du sel, du sucre ou des matière grasses. En d'autres termes, ce sont les autres qui travaillent. Forcément, vu qu'il n'y a pas d'argent ! " Jean Nève dénonce un manque total d'ambition : " C'est une politique de bouts de ficelle ! Nos élus sont à la recherche de solutions faciles, qui rapportent de l'argent, mais qui ont le défaut de ne pas être efficaces ou de creuser les inégalités. Rappelez-vous cette fameuse taxe soda proposée par Maggie De Block. L'idée a été heureusement abandonnée parce que c'était une honte. Mais depuis, on a entendu le ministre des Finances, Johan Van Overtveldt, évoquer une baisse des accises sur le tabac... " Telle est la Belgique : engluée dans ses difficultés budgétaires et empêtrée dans ses méandres institutionnels. Sans vision claire pour préparer l'avernir. Ils ont rangé les pancartes, mais restent prêts à dégainer. La dernière fois, c'était en mars, quand Maxime Prévot (CDH), encore ministre wallon des Travaux publics, avait déclaré que la liaison Cerexhe-Heuseux-Beaufays (CHB) n'était pas morte et que la Région était prête à racheter les biens menacés d'expropriation depuis trente ans. Ces pancartes, les opposants les agitent depuis longtemps. La première fois, c'était en 1969, lorsque fut lancée l'idée de construire une autoroute de 12 kilomètres pour boucler le ring autour de Liège. La deuxième, c'était en 1987, lorsque les terrains sur lesquels le bitume devait couler furent inscrits au plan de secteur. Il y eut ensuite plusieurs fois au début des années 2000, lorsque Michel Daerden (PS), en charge des Travaux publics, s'était juré de débloquer ce déjà vieux dossier. Un bureau d'études avait été désigné, des travaux préparatoires exécutés, une demande de permis préparée, 17,5 millions d'euros dépensés. En 2008, un an avant la fin de la législature, le CDH avait traîné les pieds. Peut-être pour ne pas déplaire électoralement aux riverains qui n'avaient jamais lâché leurs pancartes, galvanisés par Ecolo qui considérait que 400 millions pour bétonner les campagnes étaient d'inutilité publique. Les verts, justement, négocièrent en 2009 leur montée au pouvoir contre la mise au frigo de CHB. Pendant cinq ans, on n'en parla presque plus. Sauf vers la fin, quand l'Ecolo Philippe Henry, alors ministre des Travaux publics, dit qu'à la place d'une autoroute, il n'était pas contre une voie rapide. Entre-temps, Michel Daerden avait perdu son pouvoir, Liège avait préféré miser sur le tram et la Région n'avait jamais eu les millions. Les deux partis aujourd'hui aux manettes, MR et CDH, ont toujours soutenu la liaison. Mais pas une ligne dans leur déclaration de politique régionale. En attendant, Liège s'englue dans ses problèmes de mobilité. Mais les prairies semblent sauvegardées. La première étude de faisabilité remonte à décembre 2010. Et la mise en service vient d'être reportée de 2025 à 2028. C'est le projet du métro Nord de Bruxelles, qui doit relier en 4,3 km la gare du Nord à Bordet, à Evere. Beliris, l'organisme fédéral chargé de financer et réaliser certains projets d'infrastructures à Bruxelles, évoquait pourtant, il y a trois ans, le début des travaux avant 2019. " Il faut revoir certains délais d'exécution, a précisé Beliris : certains d'entre eux ont été sous-estimés. " La construction de cette nouvelle ligne nécessite par exemple une modification partielle du Plan régional d'affectation du sol (Pras). La chose était-elle impossible à anticiper ? En outre, les communes et la Stib comptent bien se faire entendre. Le projet n'est pas non plus sans incidences sur l'environnement. Rien d'imprévisible, à première vue. L'annonce de Beliris a fait bondir le gouvernement bruxellois, qui n'avait pas été prévenu et a demandé qu'une enquête examine les raisons de ce retard et les moyens de le résorber. " On a un peu peur que le fédéral fasse du métro un RER bis ", a lâché Pascal Smet, ministre bruxellois de la Mobilité. Enthousiasmante perspective... Rien ne lui aura été épargné. Le palais de justice de Bruxelles n'est pas près de retrouver le lustre de sa jeunesse. Ce sera chose faite en 2028, assure aujourd'hui le gouvernement fédéral. On aimerait le croire. Les exécutifs successifs ont fait tant de promesses à propos de ce mastodonte sorti, autour de 1861, de l'imagination de l'architecte Joseph Poelaert ! Certes, ses dimensions démesurées en faisaient dès l'origine un édidice monumental dont l'entretien ne pouvait que se révéler coûteux : avec ses 45 000 m2 de socle et sa vaste salle des pas perdus de 3 600 m2, le bâtiment, classé, reste le plus grand palais de justice du monde. Mais le temps qui passe et le temps qu'il fait n'en ont cure. Au fil des ans, il eut fallu entretenir le palais, le réparer et l'adapter aux exigences nouvelles, notamment en matière de sécurité. Or, voilà plus de cinquante ans que le bâtiment est en déshérence, privé des rénovations dont il aurait eu besoin d'urgence. Symboles de cette absence totale de vision et de projet, les échafaudages rivés à ses façades depuis les années 1980. L'Etat belge ne craignant ni le ridicule ni le surréalisme, ces échafaudages, installés en toute illégalité, ont d'abord été loués. Puis restaurés (sic).Puis achetés (ils appartiennent aujourd'hui à la Régie des bâtiments). Au détour des années 2000, des salles d'audience sont fermées par mesure de sécurité, des fuites d'eau arrosent les bureaux et le matériel informatique, contraignant le personnel à travailler dans des locaux insalubres, en violation de la réglementation sur le bien-être au travail. A la même époque, aucun plan d'évacuation correct n'est élaboré, les archives ne sont pas sécurisées, le stockage des pièces à conviction, notamment des armes et des stupéfiants, est improvisé. Tétanisé par l'ampleur et le coût de la tâche, l'Etat prend la fuite et abrite une partie de ses services de justice dans d'autres bâtiments proches. Dont coût : 20 millions d'euros par an. Certains promoteurs immobiliers se frottent les mains, ravis de louer leurs espaces à l'Etat. En 2015, le palais de justice, désormais vide à 70 %, est placé sur la liste des cinquante sites les plus menacés au monde du Fonds mondial pour les monuments. Liège, Mons, Anvers, Gand, Bruges ou Nivelles ont bénéficié d'un nouveau palais ou d'une rénovation. Pas Bruxelles, capitale du pays et capitale de l'Europe. Le palais de justice appartient à l'Etat belge, qui en a cédé la gestion à la Régie des bâtiments, qui manque de moyens humains et financiers. Sa priorité va clairement aux prisons et aux nouveaux palais de justice. Sans parler du scandale de corruption qui la frappe, en 2006, et dans lequel le conservateur du palais est mis sous mandat d'arrêt. Le SPF Justice est responsable des plans d'évacuation et des produits dangereux mais l'architecture du bâtiment relève de la Régie. La Ville, dont le territoire abrite le bâtiment, ne se sent pas prise en considération. Les ingrédients du blocage sont réunis. D'autant que le département de la justice n'a jamais été aux mains d'un Bruxellois. L'été dernier, le conseil des ministres a décidé de lancer une procédure d'attribution de marché pour la rénovation des façades et l'enlèvement des échafaudages. Mais il n'y a toujours pas de plan de rénovation de l'intérieur du bâtiment. D'ailleurs, il n'y a pas de plan précis ni actualisé de l'infrastructure. Le SPF Justice doit présenter un programme actualisé de ses besoins, qui tienne compte de la scission judiciaire de Bruxelles-Hal-Vilvorde. Rien ne lui aura été épargné.