Conner Rousseau, jeune président des socialistes flamands depuis le 8 novembre 2019, se lance dans l'arène pour son premier débat d'envergure en face-à-face, à la télévision flamande. Et cette première n'est pas anecdotique : ce mardi soir, sur le plateau de TerZake, sur la VRT, il affronte l'autre jeune loup de la politique au Nord du pays, le président du Vlaams Belang, Tom Van Grieken.
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Conner Rousseau, jeune président des socialistes flamands depuis le 8 novembre 2019, se lance dans l'arène pour son premier débat d'envergure en face-à-face, à la télévision flamande. Et cette première n'est pas anecdotique : ce mardi soir, sur le plateau de TerZake, sur la VRT, il affronte l'autre jeune loup de la politique au Nord du pays, le président du Vlaams Belang, Tom Van Grieken. Ces figures montantes aborderont la situation politique, un an après les élections du 26 mai 2019, dont le principal enseignement, en Flandre, fut la forte progression de l'extrême droite. La crise du coronavirus est passée par là, Conner Rousseau prend ses responsabilités dans des consultations informelles avec son homologue francophone, Paul Magnette, pour tenter de former un gouvernement fédéral. Son adversaire, lui, profite de la crise et de la situation politique pour continuer son envol dans les sondages. Un envol... qui pourrait précisément précipiter la formation d'un gouvernement fédéral. Ce duel des jeunes présidents, c'est la confrontation de deux Flandre, l'une désireuse de nouer le dialogue avec les francophones et de tirer ensemble les leçons de la crise, l'autre de capitaliser sur les peurs et les ressentiments. L'absence de majorité flamande au gouvernement fédéral, affirment de nombreux ténors nordistes, donne du grain à moudre au Belang.Un sondage de la VRT, publié en fin de semaine dernière, a sonné comme un nouvel électrochoc : si des élections anticipées avaient lieu aujourd'hui, le Vlaams Belang serait le premier parti dans sa Région, avec 24,5%, tandis que la N-VA chute fortement, à l'instar de tous les partis traditionnels. Seul le SP.A progresserait légèrement, suscitant l'ironie des extrémistes. Chris Janssens, vice-président du Belang, s'amusait de voir que Conner Rousseau, "chouchou des médias qui reçoit 1500% 'attention de plus que Tom Van Grieken" n'obtenait qu'une hausse de 0,6%.Tandis qu'en Belgique francophone, on est rétif à l'idée d'affronter de la sorte l'extrême droite en direct télévisé, la gauche flamande ne s'embarrasse pas de telles réticences morales. Conner Rousseau part au combat comme son homologue du PvdA, Pieter Mertens, l'avait fait dans une interview dans la presse écrite. Le principe avait suscité des grincements de dents en Belgique francophone, au même titre que la récente interview de Tom Van Grieken dans les colonnes du trimestriel Wilfried. Pour la gauche flamande, en revanche il s'agit, ce faisant de parler aux électeurs des milieux populaires qui l'ont quitté. "Je connais les électeurs du Vlaams Belang, soulignait-il ce week-end à De Zondag. Je leur parle. La raison principale, ce sont les étrangers, mais ce ne sont pas des racistes pour autant. Ils ont peur ou frustré, mais le Vlaams Belang ne leur offre pas de solutions, nous oui. Mon parti refusait ces débats auparavant. Cette époque est révolue" En voilà la preuve : en pleine opération de renouveau de son parti, au plus bas après le départ de nombreux électeurs vers les extrêmes, Rousseau affirme ouvertement qu'il veut reconquérir ces électeurs perdus.Le SP.A et la N-VA sont des alliés objectifs face au Vlaams Belang. Ce n'est pas par hasard si Bart De Wever a privilégié cette alliance-là au niveau local à Anvers, place forte de l'extrême droite, par-delà les querelles de personnes. Ce sont désormais des alliés objectifs sur la nécessité de former un gouvernement fédéral majoritaire, disposant si possible d'une majorité dans le groupe linguistique flamand. Une enquête récente, qui a fait l'objet d'un livre (DNA van Vlaanderen), montre que les électeurs de la N-VA souhaitent que ce parti gouverne au fédéral. Elle témoigne aussi de la nécessité pour le SP.A de retrouver de la crédibilité. Les deux partis veulent à tout prix éviter des élections anticipées qui consacrerait la montée extrémiste. "La période actuelle est un examen de passage pour la politique, affirmait ce mardi matin Conner Rousseau à Het Laatste Nieuws, au sujet de sa mission de consultations. J'ai les deux pieds dans la boue pour essayer de tirer la voiture. Je continuerai à tirer. Cela doit réussir."Un message subliminal à l'attention de Paul Magnette. Pour permettre une alliance entre nationalistes et socialistes ? L'objectif est clair : faire barrage à l'extrême droite. Ce message-là commence à percoler du côté francophone.