Quelle était la teneur de vos entretiens?
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Quelle était la teneur de vos entretiens? Sophie De Schaepdrijver: Nous partagions la même fascination pour l'héroïsme. Qu'est-ce qui incite quelqu'un à renoncer à beaucoup de choses - même à sa vie - pour ce qu'il définit comme une Cause ? Quelles personnes ? En quelles circonstances ? Ce qui nous fascine aussi, c'est la découverte et l'exaltation du héros ou de l'héroïne. Par qui ? Et quand, en temps de crise ou plutôt en période de routine? Et : peut-on devenir un héros ? En 2015, j'ai publié un livre sur la résistante belge Gabrielle Petit. J'ai donc beaucoup réfléchi à ces questions. Comment la notion d'héroïsme a-t-elle évolué, de la montée du nationalisme à aujourd'hui ? De Schaepdrijver: Dans un certain sens, l'héroïsme fait partie du nationalisme, au fond tous deux ont une impulsion démocratique en commun. En principe, la "nation" est la communauté des égaux. Une société de rangs n'est pas une nation. Et l'existence de la nation est "prouvée" par des héros : des citoyens ordinaires - ni aristocrates, ni princes, ni évêques - qui font beaucoup plus que leur devoir et beaucoup plus que ce qu'on attendrait de la part d'un homme ou d'une femme simple. Dès que ce modèle du 19e siècle a pris forme, il a pu servir les affaires internationales : le héros anticolonial, le héros de la paix, le héros écologique. Et malheureusement jusqu'au djihadiste parti combattre en Syrie. L'héroïsme est-il encore de notre époque? De Schaepdrijver: Oui, plus le sentiment de crise est profond, plus la quête du héros est intense. Cependant, ce n'est pas uniquement un phénomène de crise. L'histoire du héros et de l'héroïne offre aussi réellement un point de repère. Cela ne devient préoccupant que s'il n'y a pas de place pour un regard historique et critique sur le héros.