À présent que la Première ministre britannique Theresa May organise des élections anticipées, on se rend compte de la faiblesse du parti Labour. May tente sa chance parce que la gauche est knock-out suite à une guerre intestine entre le président radical Jeremy Corbyn et ses parlementaires, plus pragmatiques. À chaque élection interne, Corbyn peut pourtant compter sur le soutien des membres du parti. Dix ans après le départ de Tony Blair, ces derniers en ont toujours par-dessus la tête de son cynisme. Mais il condamne le Labour à rester sur la touche.
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À présent que la Première ministre britannique Theresa May organise des élections anticipées, on se rend compte de la faiblesse du parti Labour. May tente sa chance parce que la gauche est knock-out suite à une guerre intestine entre le président radical Jeremy Corbyn et ses parlementaires, plus pragmatiques. À chaque élection interne, Corbyn peut pourtant compter sur le soutien des membres du parti. Dix ans après le départ de Tony Blair, ces derniers en ont toujours par-dessus la tête de son cynisme. Mais il condamne le Labour à rester sur la touche.En France, on assiste à la dissolution du Parti socialiste. D'abord, le président François Hollande conclut qu'il n'est pas capable de concourir pour un second mandant. Ensuite, son premier ministre Manuel Valls décide de tenter sa chance, mais aux primaires il doit plier devant Benoît Hamon. Tout comme au Labour, les sympathisants du PS préfèrent voter pour un leader qui se profile comme le "last man standing" à gauche. Cependant, Hamon reste un membre du PS et cela suffit pour que sa candidature soit vouée à l'échec, même soutenu par les écologistes français : dans une telle alliance, Les Verts coulent simplement avec le PS. Entre-temps, la gauche a trouvé une nouvelle vedette : le néo-communiste Jean-Luc Mélenchon.Aux Pays-Bas, la situation des sociodémocrates est tout aussi déplorable. Aux élections du 15 mars, le Parti travailliste (PvdA) est retombé à 5,7%, ce qui en fait que le troisième parti de gauche après Groen Links (9,19%) et le radical Parti socialiste (SP) (9,09%).En Belgique, tant le PS que le sp.a plongent à un niveau historiquement bas dans les sondages. Groen semble avoir définitivement dépassé le cap symbolique des 10% - dans le sondage de la VRT et du Standaard le parti était même le plus grand à gauche (14,7%). En Wallonie, le PTB vole haut, en Flandre le PVDA flirte avec le seuil électoral. C'est frappant : tout comme aux Pays-Bas, les sociodémocrates perdent du terrain au profit des verts et des néo-communistes. L'année passée, Bruno Tobback ne faisait pas le poids contre son John Crombez. Depuis, Crombez constate que ses électeurs potentiels ne partagent pas l'enthousiasme de ses propres membres. Comment en est-on arrivé là? Au début du vingtième siècle, la sociodémocratie n'est pas seulement un parti, mais aussi un syndicat, une mutuelle, des coopératives, des maisons du peuple et des journaux, bref tout un pilier. Cela l'aidait à maîtriser toute résistance à gauche. Les communistes, modérés ou non, disparaissent du parlement. Plus tard, les partis verts semblaient parfaits pour le rôle de partenaire junior à gauche : bons pour proposer de nouveaux thèmes ou attirer des électeurs libéraux (ou antisocialistes) dans le camp progressif. Pour les sociodémocrates, les verts étaient surtout utiles comme fournisseurs de voix et de sièges supplémentaires, en vue de coalitions progressives. Ainsi ils pouvaient accéder au pouvoir - ou y rester. Que ce soit Gerhard Schröder en Allemagne ou Steve Stevaert à Hasselt : les leaders socialistes remerciaient leurs amis verts en leur offrant de beaux postes - Joschka Fischer a été nommé ministre des Affaires étrangères, Toon Hermans, échevin - pour prendre le pouvoir, car c'est en effet ce qui prime pour les sociodémocrates, partout et toujours : la participation au pouvoir, même s'ils préfèrent dire au gouvernement. C'est ainsi que les adversaires de l'inégalité sont devenus les défenseurs du système. Dirigeants endurcis, les sociodémocrates se sont mis à utiliser leur bras puissant pour faire tourner l'engrenage de plus en plus vite, et non pour immobiliser ou freiner la machine. Une meilleure croissance économique entraîne plus de revenus pour l'état, et donc plus d'argent pour le financement de l'État-providence sociodémocrate. Entre-temps, 40% des ouvriers français votent pour la figure de proue de l'extrême droite, Marine Le Pen. L'autre moitié de la classe ouvrière se laisse de plus en plus séduire par les néo-communistes dont certains utilisent la même rhétorique que l'extrême droite. Déjà en 2002, Oskar Lafontaine de Die Linke traitait les ouvriers étrangers de Fremdarbeiter (d'ailleurs un terme emprunté à l'Allemagne nazie) et donc de menace pour le travailleur. Jean-Luc Mélenchon aussi est critique contre l'islam et sur la défensive quand il s'agit des réfugiés, certainement comparé à la gauche belge. Entre-temps, la gauche classique se tortille dans tous les sens pour ne pas se heurter à l'éléphant dans la pièce : la société multiculturelle, la position de l'islam, le débat sur les réfugiés. La sociodémocratie a toujours du mal avec ces thèmes. Les partis verts ont moins de complexes, ce qui clarifie leur message et renforce leur position. Parfois, ils inversent les rôles : depuis 2011, l'état fédéral allemand Baden Würtemberg est gouverné par Winfried Kretschmann de Bündniss90/die Grünen. C'est lui qui mène la danse, avec le parti sociodémocrate SPD comme partenaire junior. En Flandre aussi, Groen semble rattraper le sp.a. Sur le fond, les deux partis sont proches. Qu'il s'agisse de l'abattage rituel, de la politique de réfugiés de Theo Francken ou de la réforme de l'enseignement de Hilde Crevits : les critiques rouges et vertes sont assez parallèles. Mais le ton est différent. Le sp.a est toujours critique, John Crombez est même un peu amer. Les socialistes s'en prennent surtout à la politique socio-économique. Mais la décision du gouvernement Michel de laisser tomber le budget en équilibre et de ne pas (trop) faire d'économies, n'est pas une bonne nouvelle pour un parti d'opposition. Le chef de file des écologistes Kristof Calvo a une approche différente. Le titre de son livre "F*ck de zijlijn" (NDLR : que l'on pourrait traduire par F*ck le banc de touche) exprime de l'audace et de l'ambition. En même temps, il tient un discours plus large : "Pourquoi le commerce devrait-il absolument être libre, alors qu'on s'empresse de tracer d'autres frontières ? Je ne veux pas de société avec des barbelés pour les réfugiés de guerre et un tapis rouge pour le capital brutal." John Crombez déclare la même chose pour le capital, mais il ne parle presque pas des réfugiés. Calvo réussit là où Crombez échoue. Le chef de file vert se profile mieux dans les médias que le président socialiste. Cela lui permet de se profiler comme le leader de l'opposition d'une nouvelle génération, comme le Raoul Hedebouw de Flandre. Sauf que Hedebouw fait vaciller le principal parti de Wallonie et que Calvo ne change qu'un peu la hiérarchie flamande. Du coup, Groen revendique un peu prématurément "le leadership du marché à gauche", et le sp.a subit l'arrogance verte en grinçant des dents. Sic transit gloria mundi. Malgré le fait qu'en Belgique, la gauche a échoué dans l'opposition, les progressifs réunis affichent d'assez bons résultats. Dans la mémoire collective, les jours de gloire de la gauche flamande datent de 2003. Depuis le sp.a a perdu à toutes les élections parlementaires, quatorze années consécutives. Mais cette image est-elle correcte ? En 2003, sp.a-Spirit a obtenu 23,5%, Agalev 3,9% et Resist-PVDA 0,27: la gauche réunie a atteint 27,7% des voix flamandes. Dans le dernier sondage de la VRT et du Standaard, Groen obtient 14,7%, le sp.a 13,2 et le PVDA 4,2%. En tout, il s'agit de 32,1% des électeurs, tout de même une hausse frappante depuis 2003. En apparence, c'est un paradoxe, mais en même temps une tendance parfaitement explicable : la sociodémocratie est gravement malade, mais la gauche paraît en parfaite santé.