C'est un cas pratiquement unique en Europe. L'extrême droite ne perce pas en Belgique francophone. Il n'y a aucun élu wallon ou bruxellois francophone d'extrême droite. Sommes- nous immunisés contre la bêtise des marchands de haine ? Certainement pas. Si elle n'a jamais été fort vaillante, l'extrême droite francophone a cependant, dans un passé pas si lointain, réalisé en Wallonie et à Bruxelles, des scores un tantinet inquiétants.

Les scores "oubliés" de l'extrême droite francophone

Ne rappelons que quelques chiffres. Ils mettent en garde contre tout excès d'optimisme. Nul n'est à l'abri d'une percée de l'extrême droite. Pendant les années 1990, elle a montré le bout de son nez également en Belgique francophone. Avec un pic, notamment, lors des élections communales d'octobre 1994.

A l'époque, l'extrême droite - essentiellement le Front National et et le parti 'Agir' - avait envoyé dans les conseils communaux, 26 élus en Wallonie et 46 élus à Bruxelles. Avec des scores non négligeables, pour ce qui concerne la Wallonie, à Liège (11,2%), Verviers (12,9%), Charleroi (10,5%), La Louvière (14,4%), Herstal (10%), Seraing (10%) et Dison (14,3%), en Wallonie. Dans certaines communes bruxelloises, les scores de l'extrême droite étaient également significatifs, à Molenbeek (16,6%), Anderlecht (13,2%) ou Koekelberg (12,6%). Ces résultats n'étaient que la confirmation de la performance du Front National aux élections européennes de juin 1994 : plus de 175.000 voix, soit 7,9% dans le collège francophone et un élu député européen.

L'extrême droite francophone n'a donc pas toujours été squelettique, comme elle l'est aujourd'hui. Après le pic des années 1990, elle a sombré dans les bagarres internes. Aucune personnalité un tant soit peu fédératrice et charismatique n'a émergé en son sein. Cette absence de leadership lui a été fatale.

Les francophones font barrage

Victime de sa bêtise et de ses divisions, l'extrême droite francophone ? Pas seulement. Si elle ne s'est jamais vraiment imposée, c'est aussi parce que les partis francophones ont pu, mieux qu'en Flandre, faire efficacement barrage au Front National et à ses émules. Barrage non pas toujours à certaines idées nauséabondes de l'extrême droite (le racisme, hélas, existe aussi dans des milieux bien éloignés des "fachos"). Mais barrage en tout cas au vote pour l'extrême droite.

Le PS, notamment, a largement contribué au maintien de ce barrage contre l'extrême droite. Malgré quelques peu glorieuses "affaires" politico-financières, et des compromis socio-économiques souvent difficiles à faire avaler par sa base militante, le PS est resté globalement proche des gens. En Wallonie et à Bruxelles, il pratique un "socialisme de proximité", sans doute pas toujours flamboyant, mais davantage à l'écoute des préoccupations populaires que le PS français, notamment, aujourd'hui quasiment en voie de disparition.

Le MR et la laïcité

Le MR, lui aussi, a permis au barrage anti-extrême droite de résister. Comme les autres partis francophones, il a été intraitable sur le cordon sanitaire. Dans son chef, on peut aussi parler d'un "libéralisme de proximité". Après un début de présidence difficile, Georges-Louis Bouchez semble avoir trouvé son rythme de croisière. Le MR n'a pas de concurrent à droite, ce qui lui ouvre un boulevard. Le numéro un libéral est en train de réussir un petit exploit : chiper au PS le drapeau de la défense de la laïcité.

PS, attention danger

Si le PS ne réagit pas, et se perd dans des bisbrouilles internes à propos du voile islamique, une partie de ses électeurs pourraient lui tourner le dos. Jusqu'à booster l'extrême droite ? Encore faut-il qu'il existe une "offre", un parti de la haine structuré et cornaqué par l'une ou l'autre personnalité charismatique. On en est loin, heureusement.

L'extrême droite n'est pas aux portes de la Wallonie et de Bruxelles. Mais il convient de demeurer vigilant. Fin avril 2015, un sondage (RTL-TVi/Le Soir) révélait des résultats surprenants : un Wallon sur trois (32%) et un Bruxellois francophone sur quatre (25%) seraient prêts à voter pour Marine Le Pen, si elle se présentait en Belgique francophone. Finalement, on a raison de ne pas être tout à fait rassuré.

C'est un cas pratiquement unique en Europe. L'extrême droite ne perce pas en Belgique francophone. Il n'y a aucun élu wallon ou bruxellois francophone d'extrême droite. Sommes- nous immunisés contre la bêtise des marchands de haine ? Certainement pas. Si elle n'a jamais été fort vaillante, l'extrême droite francophone a cependant, dans un passé pas si lointain, réalisé en Wallonie et à Bruxelles, des scores un tantinet inquiétants.Les scores "oubliés" de l'extrême droite francophoneNe rappelons que quelques chiffres. Ils mettent en garde contre tout excès d'optimisme. Nul n'est à l'abri d'une percée de l'extrême droite. Pendant les années 1990, elle a montré le bout de son nez également en Belgique francophone. Avec un pic, notamment, lors des élections communales d'octobre 1994.A l'époque, l'extrême droite - essentiellement le Front National et et le parti 'Agir' - avait envoyé dans les conseils communaux, 26 élus en Wallonie et 46 élus à Bruxelles. Avec des scores non négligeables, pour ce qui concerne la Wallonie, à Liège (11,2%), Verviers (12,9%), Charleroi (10,5%), La Louvière (14,4%), Herstal (10%), Seraing (10%) et Dison (14,3%), en Wallonie. Dans certaines communes bruxelloises, les scores de l'extrême droite étaient également significatifs, à Molenbeek (16,6%), Anderlecht (13,2%) ou Koekelberg (12,6%). Ces résultats n'étaient que la confirmation de la performance du Front National aux élections européennes de juin 1994 : plus de 175.000 voix, soit 7,9% dans le collège francophone et un élu député européen.L'extrême droite francophone n'a donc pas toujours été squelettique, comme elle l'est aujourd'hui. Après le pic des années 1990, elle a sombré dans les bagarres internes. Aucune personnalité un tant soit peu fédératrice et charismatique n'a émergé en son sein. Cette absence de leadership lui a été fatale.Les francophones font barrageVictime de sa bêtise et de ses divisions, l'extrême droite francophone ? Pas seulement. Si elle ne s'est jamais vraiment imposée, c'est aussi parce que les partis francophones ont pu, mieux qu'en Flandre, faire efficacement barrage au Front National et à ses émules. Barrage non pas toujours à certaines idées nauséabondes de l'extrême droite (le racisme, hélas, existe aussi dans des milieux bien éloignés des "fachos"). Mais barrage en tout cas au vote pour l'extrême droite.Le PS, notamment, a largement contribué au maintien de ce barrage contre l'extrême droite. Malgré quelques peu glorieuses "affaires" politico-financières, et des compromis socio-économiques souvent difficiles à faire avaler par sa base militante, le PS est resté globalement proche des gens. En Wallonie et à Bruxelles, il pratique un "socialisme de proximité", sans doute pas toujours flamboyant, mais davantage à l'écoute des préoccupations populaires que le PS français, notamment, aujourd'hui quasiment en voie de disparition.Le MR et la laïcitéLe MR, lui aussi, a permis au barrage anti-extrême droite de résister. Comme les autres partis francophones, il a été intraitable sur le cordon sanitaire. Dans son chef, on peut aussi parler d'un "libéralisme de proximité". Après un début de présidence difficile, Georges-Louis Bouchez semble avoir trouvé son rythme de croisière. Le MR n'a pas de concurrent à droite, ce qui lui ouvre un boulevard. Le numéro un libéral est en train de réussir un petit exploit : chiper au PS le drapeau de la défense de la laïcité.PS, attention dangerSi le PS ne réagit pas, et se perd dans des bisbrouilles internes à propos du voile islamique, une partie de ses électeurs pourraient lui tourner le dos. Jusqu'à booster l'extrême droite ? Encore faut-il qu'il existe une "offre", un parti de la haine structuré et cornaqué par l'une ou l'autre personnalité charismatique. On en est loin, heureusement.L'extrême droite n'est pas aux portes de la Wallonie et de Bruxelles. Mais il convient de demeurer vigilant. Fin avril 2015, un sondage (RTL-TVi/Le Soir) révélait des résultats surprenants : un Wallon sur trois (32%) et un Bruxellois francophone sur quatre (25%) seraient prêts à voter pour Marine Le Pen, si elle se présentait en Belgique francophone. Finalement, on a raison de ne pas être tout à fait rassuré.