Le documentaire de Canvas est découpé en plusieurs parties. La première, diffusée la semaine dernière, montre l'enfance de Philippe. On y voit le jeune prince grandir dans la solitude d'un foyer brisé, où les parents sont très peu présents. Même le soir de Noël, les trois enfants d'Albert et Paola sont "abandonnés au château de Belvédère. Pour qu'ils aient droit à un peu de chaleur, il faudra qu'un employé de Palais les emmène passer le réveillon chez lui.
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Le documentaire de Canvas est découpé en plusieurs parties. La première, diffusée la semaine dernière, montre l'enfance de Philippe. On y voit le jeune prince grandir dans la solitude d'un foyer brisé, où les parents sont très peu présents. Même le soir de Noël, les trois enfants d'Albert et Paola sont "abandonnés au château de Belvédère. Pour qu'ils aient droit à un peu de chaleur, il faudra qu'un employé de Palais les emmène passer le réveillon chez lui.Sauver les apparences Spécialiste de la royauté, Jan Van den Berghe confirme que Philippe, Astrid et Laurent étaient victimes de négligence émotionnelle. "On savait déjà que les enfants étaient abandonnés à leur sort, mais dans les années 70 on donnait régulièrement l'opportunité à Albert et Paola de sauver les apparences, par exemple en invitant la RTBF à tourner un reportage au Palais", explique-t-il dans l'émission. "Si le roi Philippe était un animal, il y a longtemps que Gaia aurait manifesté devant le Palais", estime Van den Berghe. Pour lui, il tient même du miracle que Philippe soit devenu "un souverain acceptable".Interrogé par le quotidien De Morgen, le ministre d'État Etienne Davignon, abonde dans le sens de Van den Berghe et Adriaenssens : "à l'époque (NDLR : dans les années nonante), Philippe a été mis de côté. Son père Albert et son entourage n'ont jamais rien fait pour lui. Sa mère Paola non plus d'ailleurs". Pour lui, la famille de Philippe était inexistante. "C'est sous l'influence de son oncle Baudouin qu'il est devenu conscient de sa responsabilité. Il s'est imprégné de l'idée qu'il devait assumer sa tâche correctement. Aujourd'hui, il met cela en oeuvre de manière exemplaire, et écoute tout le monde."Maltraitance"La négligence émotionnelle est une forme de maltraitance infantile. C'est la forme de maltraitance infantile la plus courante, mais dont on parle le moins. Je trouve que c'est important d'en parler, indépendamment de la personne, car elle explique beaucoup de choses", déclare Peter Adriaenssens.Adriaenssens tient à souligner qu'il n'est pas proche du roi, mais qu'il s'exprime en tant que pédopsychiatre expérimenté. "Si les gens qui doivent vous aimer, vos parents, sont très absents, vous n'apprenez pas à exprimer vos émotions. Vous apprenez que la vie n'est pas sûre". Il explique que les enfants qui ne se sentent pas en sécurité adoptent une stratégie d'évitement. " La négligence émotionnelle a un impact grave sur le développement. Beaucoup de gens vivent ce que Philippe a vécu."Jeune prince, Philippe a dû encaisser beaucoup de critiques, qui ont encore alimenté son manque d'assurance. Ainsi, en 1991, Herman Liebaers, grand maréchal à la Cour de Belgique avait déclaré à propos de Philippe, alors âgé de 31 ans, "hij kan het niet" (il ne peut le faire), une phrase répétée ad nauseam, et qu'Adriaenssens trouve scandaleuse.Un enfant dans ce pays n'a rien à dire Le pédopsychiatre remet en effet en question le système de succession au trône héréditaire. "Nous sommes un pays démocratique qui décide que dans notre pays un enfant n'a rien à dire. Toute sa vie est fixée. Quel jeune ne souhaite pas réaliser ses rêves ? Et donc, c'est déjà grave. Et en plus il y a quelqu'un qui dit : il ne le peut pas. Comme si c'était normal qu'un enfant doive gérer tout ça. Une année en néerlandais, une autre en français, puis habiter un Palais, et puis dans un pensionnat. Ce n'est pas normal. Ce qui est anormal, c'est de trouver ça normal", s'indigne le pédopsychiatre.Il estime toutefois que le prince Philippe a trouvé la sérénité et le bonheur en rencontrant Mathilde, elle-même très marquée par le décès de sa soeur. "Pour sortir d'une situation comme la sienne, il faut apprendre à s'accepter. Et puis partir de là pour apprendre à exprimer ces émotions. C'est plus facile quand on a le bon partenaire", déclare Adriaenssens qui estime que l'exemple de Philippe peut aider d'autres personnes victimes de négligence émotionnelle.