La crise sanitaire dans laquelle nous nous trouvons toujours en cette fin d'année 2020 n'a pas rendu service à notre santé mentale. Les psychologues et thérapeutes ont dû répondre présents pour faire face à la demande des personnes en difficulté.
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La crise sanitaire dans laquelle nous nous trouvons toujours en cette fin d'année 2020 n'a pas rendu service à notre santé mentale. Les psychologues et thérapeutes ont dû répondre présents pour faire face à la demande des personnes en difficulté.Conscient de cette problématique, le ministre fédéral de la santé Franck Vandenbroucke souhaite développer une structure de soutien psychologique de proximité, précoce, accessible, qui s'attaque aux problèmes lorsqu'ils ne sont pas encore sévères. Mais aussi que le fait de consulter un psychologue devienne aussi banal qu'aller chez son généraliste. "Il faudra des mois pour mettre ça en place, mais l'accord de gouvernement prévoit 200 millions en base annuelle. Et on a décidé d'accélérer en utilisant déjà les premiers 112 millions, notamment pour engager plus de 1 900 psychologues", a-t-il déclaré.Kathleen Lambert est psychologue, sexologue et thérapeute de couple. Elle l'avoue, cette année a été un peu particulière, selon elle, "nous nous trouvons un état général dans lequel les gens sont très à fleur de peau, mais ils ne savent pas toujours pourquoi. Et le plus nocif à mon sens, c'est vraiment l'incertitude, l'impuissance par rapport au moment où on va pouvoir s'en sortir. C'est très difficile aujourd'hui de trouver des issues optimistes". En effet, nous nous trouvons toujours dans une situation inédite, une longue période d'incertitude. Pas seulement au niveau de la crise sanitaire, mais également sur le plan professionnel, au niveau du couple ou encore avec les enfants. De son côté, Anne-Françoise Meulemans, médecin psychothérapeute (et fondatrice de la plateforme e-mergence) constate une différence entre le premier et deuxième confinement. "Il y a une sensation de déjà vu, on est au creux de l'hiver, dans une période de fêtes qui d'habitude incarne la répétition des traditions et puis là tout est brisé. Tout cet ensemble constitue un cocktail assez déprimant", déclare-t-elle.Les problématiques habituelles sont toujours présentes, mais de nouvelles ont fait leur apparition ou sont de plus en plus présentes : la solitude, l'isolement, les troubles du sommeil, le confinement, l'insécurité, les angoisses, les peurs, les difficultés liées au travail, l'absence de projets. La généralisation du télétravail n'aide pas vraiment non plus, les gens ne vont plus se distraire entre collègues. Les familles se retrouvent confinées ensemble, les rencontres sont de moins en moins nombreuses. Mais selon Anne-Françoise Meulemans, "il y a surtout un changement de structure, de cadre habituel. Aussi bien pour les personnes qui travaillent que pour les étudiants. La routine a quelque chose de très pesant, mais aussi de très structurant. Aujourd'hui l'organisation typique de la semaine est chamboulée et ça a un impact au niveau d'un cadre habituel sécurisant." Elle ajoute aussi que "pour les adolescents c'est vraiment critique car ils sont dans une période de construction sociale et d'identité qui est vraiment mise à mal. C'est peut-être même la tranche d'âge la plus méchamment impactée par le confinement". "Ce qu'on pourrait soulever, c'est la recherche de sens. C'est comme si cette crise devait avoir une signification. On est vraiment en train d'essayer de réintroduire de nouvelles choses dans notre vie. Comme si le fait d'avoir mis un coup de frein dans cette course à 200 à l'heure dans notre quotidien nous faisait nous rendre compte qu'il y avait des choses essentielles à côté desquelles on passait car on ne prenait pas spécialement le temps de ralentir", raconte Kathleen Lambert. De plus "on réalise ce qu'on est en train de vivre, on se pose les vraies questions essentielles. Est-ce que mon couple, mon travail me correspond ?", ajoute-t-elle.Plusieurs approches sont possibles. Pour Anne-Françoise Meulemans, "il faut réinventer son quotidien, avoir conscience qu'on a besoin d'une structure, d'avoir des projets à hauteur de nos moyens. Il faut essayer malgré tout de faire des rencontres même virtuelles, car même si le mode opératoire est virtuel, la rencontre est réelle. Cela peut aussi être l'occasion de faire table rase du quotidien. Dans l'après-covid, on verra des gens qui auront amorcé des changements qui perdureront. Toute crise est d'abord négative, mais on peut en retirer du positif".Aussi, la psychothérapeute propose de voir le début d'année comme un cahier tout neuf. "Chaque année on commence son année comme un élève en primaire avec son cahier tout neuf qui a envie de bien faire. Mais bon généralement, au bout de quelques semaines on oublie et on recommence comme avant. Ici on est dans un cadre un peu particulier. On a ce changement d'habitude qui nous donne éventuellement une possibilité d'avoir un regard plus large et plus distancié de notre quotidien d'avant et de ce dont on a envie de mener comme vie".Pour Kathleen Lambert, "l'essentiel c'est vraiment cet aspect retour vers l'entraide. On est dans une société fort individualiste et cette étape où on se sent déconnecté des autres est finalement une étape où on se reconnecte à eux comme jamais. C'est très paradoxal, mais il y a cet aspect de manque de la présence des proches, des amis, des activités qu'on avait, nous fait prendre conscience à quel point c'était important". Elle donne aussi le conseil d'apprendre à prêter attention à notre respiration. Selon la psychologue, "on a cette sensation d'étouffement parce que nos cognitions sont dans ce sens-là. Si on s'observe et qu'on se réancre dans le corps, on se rend compte qu'on peut maitriser notre respiration. Au mieux on respire, au plus on se sent bien". De nombreux couples ont été mis en difficulté cette année. C'est pour cela que Kathleen Lambert rappelle qu'"au niveau des couples, il faut pouvoir se dire que c'est toujours plus simple de voir chez l'autre ce qui ne va pas ou ce qui nous agace. Il faudrait prendre conscience de la façon avec laquelle on interagit. Ce qui est intéressant quand on veut savoir où on en est dans la relation, c'est de ne pas uniquement penser à comment l'autre interagit avec moi ou comment l'autre m'empêche de faire quelque chose, mais de se positionner avec notre part de responsabilité. Se demander 'et moi ?'. Est-ce que ma façon de communiquer ne va pas amplifier les problèmes ? Il faut pouvoir sortir du mythe que notre partenaire est responsable de notre bonheur ou de notre mal-être. Se demander ce qu'on peut changer en nous".