Une nouvelle fracture sociale divise la Vivaldi fédérale. Et témoigne d'un constat qui s'impose davantage, de mois en mois: au-delà de son accord de gouvernement, conclu en un temps record mais flou dans bien des domaines, la Vivaldi fédérale peine à trouver une vraie cohérence d'équipe.
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Une nouvelle fracture sociale divise la Vivaldi fédérale. Et témoigne d'un constat qui s'impose davantage, de mois en mois: au-delà de son accord de gouvernement, conclu en un temps record mais flou dans bien des domaines, la Vivaldi fédérale peine à trouver une vraie cohérence d'équipe. Ce n'est pas (encore?) le reflet de l'union sacrée montrée par les Diables rouges contre le Portugal, loin s'en faut. A moins que ce ne soit l'image d'une culture du débat délibérée, comme ce fut le cas durant l'arc-en-ciel du début des années 2000,voire pendant ... la suédoise de Charles Michel.Au départ de ce enième bras de fer interne, un drame en cours. Le 23 mai, 400 personnes ont entamé une grève de la faim dans l'église du Béguinage et sur les campus de l'ULB et de la VUB à Bruxelles. Après plus d'un mois, leur situation sanitaire devient critique. Après des appels angoissés de la direction et de professeurs de l'université, les politiques se sont emparés du sujet pour éviter que la situation ne devienne plus dramatique encore."La situation des sans-papiers grévistes de la faim ne peut nous laisser insensibles, soulignait Jean-Marc Nollet, coprésident d'Ecolo. J'ai parfaitement conscience que l'accord de gouvernement ne prévoit pas de régularisation collective. Mais je sais aussi que le secrétaire d'État a la marge de manoeuvre pour trouver des solutions humaines."Avant Ecolo, le PS avait lui aussi appelé à trouver une issue en demandant vendredi la convocation en urgence d'une conférence interministérielle sur le problème des sans-papiers. Le vice-Premier ministre, Pierre-Yves Dermagne, en a officiellement fait la demande. Les socialistes ont formulé plusieurs revendications dans un communiqué, dont celle d'une possibilité de créer une commission de régularisation indépendante.L'accord de gouvernement prévoit une évaluation des politiques menées et promet une politique migratoire "juste. Cela tranche avec la qualification "ferme, mais humain" de la suédoise, mais il n'y a effectivement pas d'accord sur une éventuelle régularisation."C'est en effet lors des négociations gouvernementales qu'il a été décidé de poursuivre la ligne suédoise en matière de (non) régularisation, souligne François De Smet, président de DeFI (dans l'opposition). C'est à ce moment-là que les partis progressistes ont cédé." DeFI avait soumis au vote une proposition de régularisation, la semaine dernière à la Chambre, mais les partis de la Vivaldi n'avaient pas suivi.Sammy Mahdi, secrétaire d'Etat CD&V à l'Asile, reste ferme, en dépit de ses appels: "Les grévistes de la faim n'ont pas un droit au séjour, explique-t-il. La plupart d'entre eux ont reçu un ordre de quitter le territoire il y a des années. Ils ne l'ont pas fait, sont restés ici à travailler au noir pendant des années et réclament maintenant des papiers. Ce n'est pas parce que l'on ne respecte pas les règles pendant 5, 10 ou 20 ans qu'automatiquement on reçoit un droit de séjour. Sinon, on peut supprimer toutes les procédures de séjour."Il précise que des procédures existe bel et bien: asile, immigration étudiante, immigration pour travailler, regroupement familial, etc. "Elles sont accompagnées de règles claires. A côté de cela, il y a une régularisation: exceptionnelle, pour raisons humanitaires. Pensez par exemple à une femme de 85 ans qui est en mauvaise santé et n'a pas de famille dans le pays de retour".Pas question, dit-il, d'envisager une régularisation collective comme ce fut le cas, notamment sous l'arc-en-ciel: "L'exception ne peut devenir la règle. Il n'y aura pas de régularisation collective et celui qui donne de l'espoir aux grévistes de la faim jette de l'huile sur le feu."Au plus bas dans les sondages, le CD&V, sous la forte pression du Vlaams Belang et de la N-VA en Flandre, a durci son discours ces dermières semaines.Georges-Louis Bouchez, président du MR, apport son "total soutien" au CD&V. "La vraie inhumanité est celle de faire croire que l'on peut changer les règles selon les circonstances, soutenait-il dimanche soir. Un État de droit doit agir avec humanité en prenant sa part de solidarité mais avec la rigueur indispensable à l'équilibre de la société."Cela n'empêchera peut-être pas une "solution humaine" d'être trouvée au bout de la négociation. Comme ce fut le cas dans d'autres dossiers socio-économiques. Mais cela témoigne que le flou de l'accord de gouvernement, sur des dossiers clés, nécessitera en permanence des talents d'orfèvre de la part du Premier ministre, Alexander De Croo.