475 femmes et hommes sans-papiers occupent l'Église du Béguinage et les réfectoires de l'ULB et de la VUB. Des lieux de culte et de savoir qui pallient au manque d'humanité de l'État.

Depuis le 23 mai dernier, 430 d'entre eux sont en grève de la faim. Les décideurs politiques savent: la presse a relayé les raisons de leur grève de la faim à de nombreuses reprises, la presse a relayé les tentatives de suicides, la presse a relayé les mutilations.

Consternée par le silence assassin des différentes majorités politiques malgré une situation humanitaire de plus en plus dramatique, j'ai décidé de me rendre sur place à plusieurs reprises pour comprendre les raisons de cette inaction. Et je ne l'ai définitivement pas comprise.

Laissez-moi vous raconter le son de ces chuchotements qui résonnent, de la colère interne qui gronde de plus en plus férocement mais qui a du mal à se faire entendre à cause de l'épuisement qui s'accumule.

Laissez-moi vous raconter les regards tantôt apeurés, suppliants, combatifs, désespérés.

Laissez-moi vous raconter les images : des corps maigres et épuisés entassés sur des matelas et couvertures de fortune, une toilette pour toutes les femmes, les valises et sacs poubelle qui jonchent le sol et qui contiennent leur vie entière : quelques vêtements, deux-trois souvenirs, ...

Laissez-moi vous raconter la vie de ces personnes sans-papiers qui vivent en ayant perdu leur humanité et leur dignité. Vivre sans -papiers en Belgique, que ce soit depuis dix jours ou dix ans, c'est vivre avec la peur au ventre d'être contrôlé. C'est ne pas pouvoir se rendre dans un Bureau d'Accueil pour Primo-Arrivants tant que vous n'avez pas de titre de séjour alors que ces lieux proposent un accompagnement social, une orientation socio-professionnelle, des cours d'alphabétisation, de langues et une formation citoyenne.

Vivre sans papiers en Belgique, c'est devoir accepter n'importe quel petit job car vos diplômes ne sont pas reconnus mais ne pas avoir accès aux formations professionnelles. C'est prendre le risque d'être exploité par des patrons peu scrupuleux dans des conditions inimaginables, sans aucune possibilité de sanction et pour un salaire indigne. C'est être invisibilisé par un pays qui accepte, en fermant les yeux, que vous participiez activement à son activité économique.

En tant que femme, c'est être exposée plus que quiconque à des violences physiques et sexuelles en totale impunité. Vivre sans-papiers en temps de Covid c'est perdre son job du jour au lendemain sans aucune aide pour survivre. C'est marcher, marcher et marcher encore car pour acheter un abonnement STIB il vous faut une carte bancaire. Vous n'avez pas le droit d'ouvrir un compte en banque sans papiers.

Pour payer vos factures d'eau et d'électricité, vous devez passer par "Moneytrans" qui facture cinq euros la transaction. C'est se loger dans des endroits parfois insalubres et souvent exigus pour des loyers exorbitants exigés par des marchands de sommeil. Vivre sans-papiers c'est oublier son intimité. Être enfant de sans-papiers, né en Belgique ou ailleurs, c'est avoir été privé de suivre les cours à distance pendant le confinement, faute d'ordinateur ou de connexion Internet. Être enfant de sans-papiers, né en Belgique ou ailleurs, c'est vivre avec un horizon bouché car l'accès aux études supérieures relève du rêve quand il ne suffit pas juste de s'acquitter des frais d'inscription.

Aujourd'hui je me sens désespérément impuissante face à cette situation. J'ai honte du manque d'humanité politique et j'en appelle à tous nos dirigeants - du fédéral, des Régions, des Communautés, des communes - à venir rencontrer ces femmes et ces hommes. A écouter leurs maux et prendre les décisions qui nous grandiront toutes et tous collectivement.

Aujourd'hui, je demande de ne pas attendre un drame et que les grévistes de la faim puissent bénéficier d'une aide médicale humanitaire urgente.

Aujourd'hui, je demande que l'État fédéral établisse des critères clairs et permanents de régularisation pour ces personnes qui ne demandent rien d'autre que de pouvoir travailler en sécurité, qui parlent nos langues et ont des compétences dont notre pays a besoin après une crise sanitaire et économique éprouvante.

Aujourd'hui, je demande que nous reconnaissions ces enfants, femmes et hommes comme des êtres humains, qu'on leur rende leur dignité.

Véronique Lefrancq,

Députée cdH au Parlement bruxellois

475 femmes et hommes sans-papiers occupent l'Église du Béguinage et les réfectoires de l'ULB et de la VUB. Des lieux de culte et de savoir qui pallient au manque d'humanité de l'État. Depuis le 23 mai dernier, 430 d'entre eux sont en grève de la faim. Les décideurs politiques savent: la presse a relayé les raisons de leur grève de la faim à de nombreuses reprises, la presse a relayé les tentatives de suicides, la presse a relayé les mutilations. Consternée par le silence assassin des différentes majorités politiques malgré une situation humanitaire de plus en plus dramatique, j'ai décidé de me rendre sur place à plusieurs reprises pour comprendre les raisons de cette inaction. Et je ne l'ai définitivement pas comprise. Laissez-moi vous raconter le son de ces chuchotements qui résonnent, de la colère interne qui gronde de plus en plus férocement mais qui a du mal à se faire entendre à cause de l'épuisement qui s'accumule. Laissez-moi vous raconter les regards tantôt apeurés, suppliants, combatifs, désespérés. Laissez-moi vous raconter les images : des corps maigres et épuisés entassés sur des matelas et couvertures de fortune, une toilette pour toutes les femmes, les valises et sacs poubelle qui jonchent le sol et qui contiennent leur vie entière : quelques vêtements, deux-trois souvenirs, ...Laissez-moi vous raconter la vie de ces personnes sans-papiers qui vivent en ayant perdu leur humanité et leur dignité. Vivre sans -papiers en Belgique, que ce soit depuis dix jours ou dix ans, c'est vivre avec la peur au ventre d'être contrôlé. C'est ne pas pouvoir se rendre dans un Bureau d'Accueil pour Primo-Arrivants tant que vous n'avez pas de titre de séjour alors que ces lieux proposent un accompagnement social, une orientation socio-professionnelle, des cours d'alphabétisation, de langues et une formation citoyenne. Vivre sans papiers en Belgique, c'est devoir accepter n'importe quel petit job car vos diplômes ne sont pas reconnus mais ne pas avoir accès aux formations professionnelles. C'est prendre le risque d'être exploité par des patrons peu scrupuleux dans des conditions inimaginables, sans aucune possibilité de sanction et pour un salaire indigne. C'est être invisibilisé par un pays qui accepte, en fermant les yeux, que vous participiez activement à son activité économique. En tant que femme, c'est être exposée plus que quiconque à des violences physiques et sexuelles en totale impunité. Vivre sans-papiers en temps de Covid c'est perdre son job du jour au lendemain sans aucune aide pour survivre. C'est marcher, marcher et marcher encore car pour acheter un abonnement STIB il vous faut une carte bancaire. Vous n'avez pas le droit d'ouvrir un compte en banque sans papiers. Pour payer vos factures d'eau et d'électricité, vous devez passer par "Moneytrans" qui facture cinq euros la transaction. C'est se loger dans des endroits parfois insalubres et souvent exigus pour des loyers exorbitants exigés par des marchands de sommeil. Vivre sans-papiers c'est oublier son intimité. Être enfant de sans-papiers, né en Belgique ou ailleurs, c'est avoir été privé de suivre les cours à distance pendant le confinement, faute d'ordinateur ou de connexion Internet. Être enfant de sans-papiers, né en Belgique ou ailleurs, c'est vivre avec un horizon bouché car l'accès aux études supérieures relève du rêve quand il ne suffit pas juste de s'acquitter des frais d'inscription. Aujourd'hui je me sens désespérément impuissante face à cette situation. J'ai honte du manque d'humanité politique et j'en appelle à tous nos dirigeants - du fédéral, des Régions, des Communautés, des communes - à venir rencontrer ces femmes et ces hommes. A écouter leurs maux et prendre les décisions qui nous grandiront toutes et tous collectivement. Aujourd'hui, je demande de ne pas attendre un drame et que les grévistes de la faim puissent bénéficier d'une aide médicale humanitaire urgente. Aujourd'hui, je demande que l'État fédéral établisse des critères clairs et permanents de régularisation pour ces personnes qui ne demandent rien d'autre que de pouvoir travailler en sécurité, qui parlent nos langues et ont des compétences dont notre pays a besoin après une crise sanitaire et économique éprouvante. Aujourd'hui, je demande que nous reconnaissions ces enfants, femmes et hommes comme des êtres humains, qu'on leur rende leur dignité.Véronique Lefrancq,Députée cdH au Parlement bruxellois