Salah Echallaoui, le vice-président démissionnaire de l'Exécutif des musulmans de Belgique (EMB), a été durement mis en cause. Le 4 décembre dernier, le ministre de la Justice, Vincent Van Quickenborne (Open VLD), annonçait avoir recalé la demande de reconnaissance de la Grande Mosquée introduite par l'Association de gestion de la Grande Mosquée dont il est le président.
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Salah Echallaoui, le vice-président démissionnaire de l'Exécutif des musulmans de Belgique (EMB), a été durement mis en cause. Le 4 décembre dernier, le ministre de la Justice, Vincent Van Quickenborne (Open VLD), annonçait avoir recalé la demande de reconnaissance de la Grande Mosquée introduite par l'Association de gestion de la Grande Mosquée dont il est le président. Arrivé en Belgique en 1985 pour y poursuivre des études d'agronomie, Salah Echallaoui s'y est marié et a obtenu la nationalité belge. A 58 ans, père de quatre enfants, il entend laver son honneur, et se dit sincèrement horrifié par les rumeurs d'espionnage et d'ingérence qui circulent à son propos. Pour Le Vif, il sort pour la première fois de sa réserve autrement que par communiqué: "J'ai vécu les déclarations du ministre de la Justice comme un coup de poignard dans le dos, après tout ce que j'ai fait pour bâtir cet islam de Belgique et lutter contre les ingérences étrangères. Ce ministre est en rupture avec ses prédécesseurs (NDLR: les ministres de la Justice Annemie Turtelboom, Open VLD, et Koen Geens, CD&V) avec lesquels j'ai eu le plaisir de travailler tout au long d'un partenariat respectant une stricte séparation de l'Eglise et de l'Etat. Si son intention n'était pas de couper les ponts avec les 800.000 personnes d'origine marocaine qui sont ici, parfois, depuis cinquante ans et qui pratiquent un islam modéré et ouvert, comment va-t-il s'y prendre pour renouer le dialogue? Nombreux sont les citoyens belges, quelles que soient leurs convictions, qui nourrissent des liens culturels et spirituels avec d'autres pays, sans que cela soit perçu comme une quelconque ingérence." Un courrier du 12 décembre 2012 indiquait clairement la volonté du cabinet Turtelboom d'arriver à un "Exécutif stable", "à partir des deux grandes communautés islamiques de notre pays en reconnaissant la diversité de l'islam à travers le monde...". Le Maroc et la Turquie ont donc été placées indirectement aux manettes de l'islam belge, tout en résistant à la volonté des autorités, selon celles-ci, d'agir dans le sens d'une plus grande intégration des musulmans belges. D'où la rupture. Vers la fin du mandat de l'actuel EMB, la Diyanet de Belgique (Etat turc) avait toutefois accepté qu'au moins un imam turc soit financé par le SPF Justice. Une avancée plus symbolique qu'autre chose, car la Turquie, dont les imams sont des fonctionnaires relevés tous les quatre ans, refuse toute immixtion de l'Etat belge dans son pré carré religieux. La proximité de Salah Echallaoui avec le Maroc n'était pas moins connue. En 2008, il crée le Rassemblement des musulmans de Belgique doté, en 2010, de 302 195 euros par le ministère marocain des Affaires religieuses (Habous) qui dépend directement du roi Mohammed VI. Un subside d'environ 100 000 euros est renouvelé tous les ans. "Les Habous gèrent un fonds qui bénéficie également aux musulmans du Maroc, se défend l'ex-vice-président de l'EMB. Ces subsides servent à recevoir des imams psalmodieurs et des conférenciers, ainsi que des prédicatrices qui viennent, en accord avec les autorités belges et à la demande des mosquées, apporter un accompagnement spirituel aux communautés pendant le mois de Ramadan. Le RMB organise des rencontres interconvictionnelles auxquelles participent des acteurs importants de la société civile et religieuse, tels que les représentants des différents cultes comme la Conférence des rabbins européens." L'association intervient aussi dans la formation des imams dont le mandat est en cours de reconnaissance ou dans l'organisation de concours de récitation du Coran. "Ces actions sont menées dans une absolue transparence, afin de promouvoir une religiosité respectueuse de nos lois et en phase avec nos valeurs démocratiques. Une telle aide, au demeurant légale, n'est pas synonyme d'ingérence, bien au contraire! Parler d'ingérence est tout simplement grotesque." Si sa casquette de président du RMB a pu alimenter le soupçon, "le propos du ministre ne vise nullement l'action menée par le RMB mais plutôt une prétendue ingérence dans la gestion du culte musulman", précise Salah Echallaoui. Le principal reproche du ministre de la Justice - l'espionnage et l'ingérence - repose sur une note qui lui a été remise par la Sûreté de l'Etat dans le cadre de la procédure de reconnaissance de la Grande Mosquée, gérée de manière provisoire par l'Exécutif des musulmans de Belgique. Salah Echallaoui aurait laissé opérer un sécuritaire lié au consulat général du Maroc et un membre d'une société de gardiennage ayant été précédemment au service de l'ambassade du Maroc. "Jamais je n'ai autorisé quiconque à demander l'identité des fidèles, proteste le président démissionnaire de l'EMB. Lorsque nous avons repris la gestion de la Grande Mosquée, nous avons fait appel à une société de gardiennage. Il y a des caméras de surveillance et nous n'aurions jamais accepté qu'un contrôle d'identité puisse avoir lieu. Prétendre le contraire est une pure invention. Les gardiens s'assuraient que les fidèles respectent les règles sanitaires pour accéder au lieu de culte, c'est-à-dire qu'ils soient munis de leur tapis de prière personnel. De hauts fonctionnaires bruxellois nous ont d'ailleurs remerciés pour le contact spirituel que nous avons maintenu avec les fidèles et les efforts déployés pour respecter les directives du Conseil national de sécurité en contexte de confinement." Indépendamment de ces soupçons, le bilan de l'EMB est jugé fort maigre par le nouveau ministre de la Justice. La levée d'une génération d'imams formés sur place aurait dû être le couronnement des efforts de Salah Echallaoui, lui-même issu de l'enseignement (il est inspecteur des cours de religion islamique à la Fédération Wallonie-Bruxelles). De longues discussions avec la KULeuven et l'UCLouvain ont abouti, certes, à un cursus civil (universitaire), mais le volet religieux de la formation des imams à la Grande Mosquée est resté en panne. "Il y a eu des résistances au sein de certaines mouvances tendancieuses de la communauté", regrette Echallaoui, qui ajoute: "L'EMB n'a jamais reçu de subsides pour la formation religieuse, centrale dans l'itinéraire des futurs imams, et les subsides pour le volet civil de la formation ne sont arrivés qu'à la fin du mois de septembre 2020. Des onze élèves inscrits à la KULeuven en février 2020, six se sont désistés..." Selon le ministre Van Quickenborne, il n'en resterait plus qu'un.