Lire également "Décryptage: Francs Borains, rêves d'une équipe de Bouchez"
...

Il y a ces trois lettres, floquées sur un maillot de football vert : GLB. Et puis, il y a ce morceau. L'infatigable We Are The Champions de Queen, qui contraste autant avec l'assemblée, éparpillée par les mesures sanitaires, que le timing, le jour de la réunion du Conseil national de sécurité. En terre socialiste, sur la pelouse boussutoise du " stade Vedette " - surnommé de la sorte en référence au charbonnage voisin -, Georges-Louis Bouchez s'offre une entrée de rock star. Le 24 avril dernier, il est officiellement intronisé à la présidence du Royal Francs Borains (RFB), club fraîchement promu au troisième échelon national, la D1 Amateur. Un clin d'oeil, un pouce, et ses mains gantées s'emparent du micro : " Merci pour l'accueil et maintenant, j'espère que ça sera à la hauteur... " " Ça ", ce doit être le " projet ". Celui d'un homme, donc, mais surtout d'une région, que se partagent Mons et le Borinage. Les chutes successives du Royal Boussu-Dour Borinage et du RAEC Mons, en 2014 et 2015, ont laissé ses tribunes orphelines des joies du football professionnel. Repartis de quatrième division, les Francs Borains restent les plus en vue dans le coin, malgré une petite ligne au palmarès : une demi-finale de Coupe de Belgique, en 1986. Cette année-là est justement celle de la naissance de Georges-Louis Bouchez. Le président du MR ne s'est pas privé de le rappeler, dans une lettre adressée aux supporters, comme pour légitimer son identité monto-boraine et son intérêt soudain pour le ballon rond. " Il m'est arrivé de le croiser au stade, mais je pense que ni lui, ni moi ne sommes fans de football ", souffle Carlo Di Antonio, bourgmestre CDH de Dour. " Il faut savoir que ce n'est pas quelque chose qui m'est venu, un beau matin. Dès 2013, quand j'étais échevin des finances de la Ville de Mons, j'avais déjà dit qu'il fallait fusionner les deux clubs de la région ", rétorque Georges-Louis Bouchez, qui contacte Carlo Di Antonio, la veille de la conférence de presse du 24 avril, afin qu'il incarne, lui aussi, le " projet ". Selon le discours, il convient de s'ouvrir, soit mobiliser toutes les forces politiques des environs. L'ex-ministre wallon accepte seulement le poste de vice-président de l'école des jeunes, plus intéressé par le volet " social et sportif ", dit-il. Le lendemain matin, le conseil d'administration des Francs Borains valide la nomination à la présidence de Georges-Louis Bouchez, peu avant son entrée en scène. La précipitation paraît évidente, mais le monde politique local caresse depuis longtemps le désir d'appuyer sur le levier du sport roi pour faire décoller la région. A l'automne, le mayeur PS de Quaregnon, Jean-Pierre Lépine, reçoit Nicolas Martin dans ses bureaux. Son président de fédération et homologue montois alimente les débats, en compagnie de David Lasaracina, agent de joueurs et représentant officieux du RFB. " L'objectif, c'était un grand club qui pouvait fédérer les Borains et les Montois, rembobine Jean-Pierre Lépine. Il y a une histoire entre nous, il y a des différences, mais notre souhait était de les gommer. "L'entente de basket Mons-Hainaut, partie de Quaregnon pour rejoindre l'élite, sert d'exemple. Le Royal Albert Quévy-Mons, en difficulté financière, et les Francs Borains doivent s'associer, sans regarder dans le rétro. L'Union sportive Mons Borinage porterait ainsi les couleurs communes du blanc, du rouge et du vert, soutenue par la Ville du Doudou, qui mettrait à disposition du personnel et le stade du Tondreau. Il n'y a qu'une deadline, fixée par la Fédération belge de football, pour le dépôt du dossier : le 15 avril. A cinq jours du délai, les hommes forts du Royal Francs Borains se donnent rendez-vous, de manière extraordinaire. Si la crise sanitaire a bousculé l'agenda, la fusion semble encore notée sur le cahier des charges. Pourtant, le samedi 11 avril, le couperet tombe. Par voie de communiqué, le RFB lâche un " NON " majuscule, faute de " garanties formelles et écrites du monde politique, et plus particulièrement de la Ville de Mons ", coupable de " promesses verbales [...] revues à la baisse ". La dette du RAQM et l'état des infrastructures montoises sont avancées comme des raisons de la discorde. Au cours de ce week-end pascal mouvementé, Georges-Louis Bouchez aurait déposé sa candidature. Un geste qualifié de " spontané ", lors de la conférence de presse. " Ce qu'on a vraiment voulu faire comprendre, c'est que ça n'a strictement rien à voir avec la fusion, explique-t-il, déclarant ne pas avoir abordé, " en premier ", le sujet de sa nomination. " On parle de la reprise d'un club de D1 Amateur, dans lequel je ne dois pas mettre un euro. Honnêtement, ce n'est pas le choix le plus compliqué de ma vie. J'ai plus longtemps réfléchi à devenir candidat à la présidence du MR. " La Ville de Mons, rapidement informée des intentions de son conseiller communal, véritable figure de proue de l'opposition, attend la présentation officielle pour plutôt évoquer un " sabotage politique démasqué ". Le 24 avril, les visages borains se couvrent la bouche, mais dans le rond central du stade Robert-Urbain (du nom de l'ancien ministre socialiste), ils donnent davantage l'impression de former un hémicycle parlementaire qu'un club de football. Quand Georges-Louis Bouchez descend des tribunes par surprise, Gautier Facon sort du champ des flashs. Recruté dans le cadre du projet de fusion, le directeur commercial des " verts " est également élu CDH à la Ville de Mouscron. Hurlu pur jus, il se chargeait jusqu'en 2018 du marketing du Royal Excel Mouscron, aujourd'hui en proie à des difficultés financières. GLB le sait, il y a une place à prendre de ce côté-ci de la Wallonie, qui plus est sur un terrain majoritairement acquis à la cause socialiste. La caution de son ouverture s'appelle Jean-Claude Debiève, bourgmestre PS de Boussu, dont il assure le " soutien ", au micro. Après-coup, le septuagénaire tempère : " Le projet, je le regarde. S'il est ambitieux, j'applaudis, mais je ne peux pas dire que je le soutiens. Nous, nous continuerons simplement à assumer nos engagements. " C'est-à-dire de louer, " gracieusement ", les infrastructures. " Georges-Louis, c'est quand même quelqu'un de clivant. Si on veut réussir un défi pareil, il faut être rassembleur, reprend Carlo Di Antonio, déjà bien installé dans le giron des Francs Borains. A titre personnel, cela ne m'intéressait pas de rejoindre la structure principale, mon frère y étant déjà. Si je dois avoir des infos, je les aurai... " Le frère, c'est Roberto, dit " Bob ". Si les Di Antonio font du festival de Dour une affaire de famille, ils étendent relativement tôt la filiation à l'équipe du cru. A la fin des années 2010, tandis que le Royal Boussu-Dour Borinage accède à la deuxième division, l'événement musical s'impose dans le paysage culturel et signe un partenariat avec le club. En mai 2014, Roberto passe administrateur. Six ans plus tard, le cadet de Carlo récupère la même casquette au sein de la société Sport Mons Borinage Invest, abrégée en SMBI. Modifiée le 9 mars dernier, date de la nomination de Roberto Di Antonio, elle devait visiblement remplir un rôle de coopérative. C'est du moins ce qu'apprend, en substance, le communiqué des Francs Borains du 11 avril, signifiant " la mise sur pied d'une société d'investissement qui permettra à tout un chacun de devenir actionnaire de notre club de coeur ". Roberto Di Antonio ne se veut pas plus bavard, s'avouant " pas très spécialiste " de la question. En réalité, il s'agit initialement de la holding personnelle de Stéphane Di Maria, administrateur borain depuis le 10 janvier. Banquier originaire de Herve, reconverti en intermédiaire, il avait pris la lumière, en 2013, lorsqu'il disait faire le relais d'un fonds d'investissement hong- kongais, potentiel acheteur du Standard de Liège. le magazine Marianne Belgique (aujourd'hui disparu) avait très vite tué dans l'oeuf l'opération d'une coquille vide. " Nous allons créer une nouvelle société et le conseil d'administration ne sera pas celui de la société de M. Di Maria, mais un tout autre qui répondra à une série de règles que j'ai fixées lors du conseil d'administration précédant la conférence de presse ", affirme cependant Georges-Louis Bouchez, désireux de " partir d'une feuille toute blanche ". A l'instar de plusieurs membres des Francs Borains, l'ancien informateur royal ne semblait " pas au courant " du " pedigree " de son nouveau collaborateur. Un temps président des Jeunes réformateurs libéraux de Verviers, Stéphane Di Maria menait, l'an dernier, les listes liégeoises d'Alain Destexhe, alors que sa photo trônait encore sur le site du Parti populaire. S'il avait fricoté avec l'extrême droite, c'était pour " une proposition qui n'a jamais abouti ", nous avait-il confié, à l'époque. Aujourd'hui, il préfère ne pas répondre aux sollicitations, à l'heure où son CV a remis en cause son engagement auprès des " verts ". " Je fréquente beaucoup de conseils d'administration, où il y a beaucoup de gens que je ne connais pas et même d'autres que je n'apprécie pas, voire dont je ne partage pas les pratiques, s'agace Georges-Louis Bouchez. Ce n'est pas un proche, je n'ai aucun lien avec lui. J'ai une série d'éléments et si M. Di Maria devait poser problème, il sera écarté. " Lundi 4 mai, GLB nous rappelle : " dans le doute ", et pour " éviter des polémiques stériles ", Stéphane Di Maria a démissionné de ses fonctions au sein du Royal Francs Borains.