Il leur faudra encore mettre la main à la poche : le CPAS de Bruxelles et la Ville elle-même devront débourser 1 480 000 euros supplémentaires en 2019 et 2020 pour sauver leur association Renobru. Depuis 2015, ces deux partenaires ont déjà dû intervenir à hauteur de 3,6 millions d'euros pour éponger le déficit de cette association de droit public - qui n'est pas une asbl mais une structure dite "Chapitre XII"- spécialisée dans la rénovation d'immeubles insalubres et la remise au travail, par ce biais, d'ouvriers en insertion socio-professionnelle.
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Il leur faudra encore mettre la main à la poche : le CPAS de Bruxelles et la Ville elle-même devront débourser 1 480 000 euros supplémentaires en 2019 et 2020 pour sauver leur association Renobru. Depuis 2015, ces deux partenaires ont déjà dû intervenir à hauteur de 3,6 millions d'euros pour éponger le déficit de cette association de droit public - qui n'est pas une asbl mais une structure dite "Chapitre XII"- spécialisée dans la rénovation d'immeubles insalubres et la remise au travail, par ce biais, d'ouvriers en insertion socio-professionnelle. En grande difficulté financière en raison d'une gestion passée chaotique, Renobru, anciennement appelé Projet X, compte bien sur ce nouvel apport d'argent frais pour assainir sa situation comptable, selon les informations récoltées par Le Vif/L'Express. Interpellé par Hamza Fassi-Fihri, conseiller communal CDH à Bruxelles, Philippe Close, le bourgmestre socialiste de Bruxelles, a promis de revenir avec des chiffres plus précis devant le conseil communal, à la rentrée. Le CDH, DéFI et Ecolo, fâchés de découvrir l'ampleur du déficit annoncé pour cette structure bruxelloise en 2018, avaient exigé d'obtenir davantage d'informations avant de se prononcer officiellement sur le rabiot d'un million d'euros demandé par Renobru à Bruxelles-Ville. " Nous ne pouvons plus accepter ce type de fonctionnement ni ce manque de transparence ", martèle Jérôme Jolibois, membre Ecolo au conseil du CPAS. Les statuts de cette association de droit public, lancée en 2006, prévoient que " les membres associés, c'est-à-dire le CPAS et la Ville, prennent en charge les coûts d'exploitation engendrés par le fonctionnement de l'association ". Ces deux structures n'ont donc pas le choix : il leur revient d'éponger le déficit de Renobru en vertu d'une clé de répartition qui n'est nulle part précisée mais qui, globalement, assure l'équilibre entre les partenaires. " J'ai prévenu tout le monde que nous serions en situation de cessation de paiement à la fin du mois de juin ", rappelle au Vif/L'Express Denis Vanmol, le directeur général de Renobru. Nous sommes en juillet. Il faudrait donc de toute urgence que Bruxelles verse sa participation aux déficits 2016 (160 172 euros) et 2017 (647 388) ainsi que sa quote-part pour 2018, soit au total un million d'euros. Attendre jusqu'en septembre paraît dès lors difficile, sauf à obtenir une avance, de la Ville ou du CPAS, pour tenir jusque là. Le personnel de Renobru se compose de 20 équivalents temps plein. En moyenne, entre 35 et 50 ouvriers sous statut d'article 60 travaillent en sus pour elle. Comment en est-on arrivé là ? Renobru s'est heurtée à plusieurs difficultés en même temps, nous résume Denis Vanmol, directeur depuis la fin de 2015. Certains chantiers ont connu des imprévus (découverte d'amiante, de mérule ou problème de stabilité) ; des sous- traitants, appelés en renfort pour certaines compétences techniques dont le personnel de Renobru ne dispose pas, ont été défaillants ou ont fait faillite ; la gestion du personnel s'est avérée complexe, en raison de l'absentéisme récurrent et du comportement problématique de certains ouvriers, voire de certains formateurs ou contremaîtres... " J'ai dû en renvoyer beaucoup ", déplore Denis Vanmol. Le personnel est dorénavant mieux encadré et s'engage à respecter des valeurs de base, reprises dans une charte à signer lors de l'entrée en fonction. Toutes ces difficultés ont entraîné de nombreux retards dans la gestion des chantiers, engendrant de facto un lourd déficit. " A la fin de 2015, tous les projets étaient à solde négatif, relève le directeur. Les rénovations entamées n'étaient pas finies et les caisses étaient vides. " C'est le constat que Denis Vanmol n'a pu que poser lorsqu'il a repris les rênes de la maison, et dont il a fait part au conseil d'administration. Depuis lors, la situation s'est redressée, tant en matière de gestion financière (hors dette du passé) que de gestion opérationnelle (personnel, suivi des chantiers, stock, matériel...). Le chiffre d'affaires annuel, qui tourne autour de 2,5 millions d'euros, reste totalement financé par des subsides. Renobru n'est pas confrontée qu'à des problèmes financiers. Lors du conseil d'administration du CPAS de Bruxelles, le 23 mai dernier, il est apparu que sur certains chantiers de rénovation, les normes n'ont pas été respectées en matière de résistance au feu, certaines parties de gaines techniques n'étant pas conformes. Certains logements ne disposent pas non plus d'une deuxième sortie de secours, alors que ce devrait être le cas, et devraient être équipés d'une échelle de secours. A ce jour, un audit interne réalisé par Renobru a par ailleurs révélé que 30 chantiers (sur 48) étaient non conformes, à un niveau plus ou moins grave, du fait de l'absence de permis d'urbanisme ou d'absence d'avis du Siamu, selon les informations du Vif/L'Express : 22 de ces rénovations nécessiteraient un permis d'urbanisme, 8 sont incertains. Renobru, qui a procédé à un changement de nom, à un déménagement, au renouvellement de son assemblée générale et de son conseil d'administration en mars dernier, a décidé de demander les avis du Siamu (le Service d'incendie et d'aide médicale urgente de la Région de Bruxelles-Capitale) qui sont nécessaires. Elle a également prévu de résoudre le problème de non-conformité des gaines techniques dans quelque 50 chantiers et entend bien régulariser la situation sur le front des permis d'urbanisme manquants. " Nous estimons qu'à l'avenir, les fonctions d'architecte et d'entrepreneur ne doivent plus être exécutées par la même entité ", insiste Denis Vanmol, qui dit " découvrir tous les jours des surprises ". Un audit interne a été lancé pour déterminer qui, dans la structure, porte la responsabilité de ces erreurs en matière de permis d'urbanisme et de normes incendie. Mais il s'est avéré qu'il avait été mené par certaines des personnes directement en cause dans ces errements. Un nouvel audit, externe cette fois, a déjà été demandé. Depuis sa création, en 2006, Renobru/ ProjetX a rénové 280 logements. Entre 2016 et 2020, elle aura contraint la Ville de Bruxelles et le CPAS à puiser dans leurs caisses à hauteur de 4 719 500 euros.