Quel lien faut-il faire entre la sortie de la ministre Annelies Verlinden et la récente répartition des fonds européens destinés à la relance entre autorités belges ? La réponse peut tenir en une équation : 4 Régions = 2+2

Un bref rappel

On connaît la thèse classique des partis flamands, adoptée en 1999. Cette année-là, le Parlement flamand adopta cinq résolutions visant à dessiner le projet flamand de la Belgique du futur. Parallèlement, une fondation flamande accordait un prix d'un million de FB, cautionné par les plus hautes autorités flamandes, à cinq juristes auteurs d'un Essai de Constitution pour la Flandre. Ces documents avaient le mérite d'expliciter les thèmes qui seraient soumis aux Francophones au lendemain des prochaines échéances électorales. Si l'on n'y sortait pas du cadre belge, ils supposaient en tout cas une refonte du fédéralisme tel que conçu par la Constitution. En lieu et place de trois Communautés et trois Régions, la Belgique ne se composerait plus que de deux entités majeures, les "deelstaten" (Flandre -incorporant Bruxelles- et Wallonie[1]), et deux entités sous tutelle "Deelgebieden" : Brussel-Hoofdstad et Duitstalig Deelgebied. C'est le schéma que l'on désigne communément sous l'appellation "2+2". Le néerlandais deviendrait langue officielle de l'Etat flamand, et si le droit de vote était prévu pour tous les résidents installés depuis au moins cinq ans, c'était à la condition d'y prouver leur connaissance du néerlandais.

L'annonce du modèle flamand 2+2

Le plus intéressant dans l'épisode de la négociation du partage de la manne européenne consiste dans la manière dont elle s'est déroulée. Le Ministre-président wallon s'est accordé avec son homologue flamand sur un compromis assortissant deux critères respectivement favorables à l'un ou à l'autre : le critère PIB pour la Wallonie, le critère taux d'investissements pour la Flandre ; les miettes pour les autres. On a donc été en plein dans le scénario si cher à la Flandre dénommé "2+2" : Les parents décident ; les enfants suivent et s'adaptent.

Cet épisode montre par la négative le sort qui serait réservé à Bruxelles et à la Communauté germanophone dans le scénario des quatre Régions. Car nul n'imagine que ces prétendues "quatre Régions" discuteraient sur pied d'égalité ! Un gouvernement fédéral composé sur base de quatre partenaires, où les Flamands seraient donc minorisés ? Des décisions prises par consensus entre les quatre entités fédérées ? On nage en pleine utopie. Les apprentis-sorciers qui plaident un peu inconsciemment pour une Belgique des quatre régions doivent ouvrir les yeux et considérer la dynamique politique qui en résulterait.

Heureusement, le test des fonds européens est là pour dessiller les distraits !

Charles-Etienne LAGASSE

Président du Centre d'études Jacques GEORGIN

  • [1] Le texte trahit les hésitations de ses auteurs: la contrepartie francophone de la Flandre est tantôt la "Wallonie", tantôt l'"Etat francophone".
Quel lien faut-il faire entre la sortie de la ministre Annelies Verlinden et la récente répartition des fonds européens destinés à la relance entre autorités belges ? La réponse peut tenir en une équation : 4 Régions = 2+2On connaît la thèse classique des partis flamands, adoptée en 1999. Cette année-là, le Parlement flamand adopta cinq résolutions visant à dessiner le projet flamand de la Belgique du futur. Parallèlement, une fondation flamande accordait un prix d'un million de FB, cautionné par les plus hautes autorités flamandes, à cinq juristes auteurs d'un Essai de Constitution pour la Flandre. Ces documents avaient le mérite d'expliciter les thèmes qui seraient soumis aux Francophones au lendemain des prochaines échéances électorales. Si l'on n'y sortait pas du cadre belge, ils supposaient en tout cas une refonte du fédéralisme tel que conçu par la Constitution. En lieu et place de trois Communautés et trois Régions, la Belgique ne se composerait plus que de deux entités majeures, les "deelstaten" (Flandre -incorporant Bruxelles- et Wallonie[1]), et deux entités sous tutelle "Deelgebieden" : Brussel-Hoofdstad et Duitstalig Deelgebied. C'est le schéma que l'on désigne communément sous l'appellation "2+2". Le néerlandais deviendrait langue officielle de l'Etat flamand, et si le droit de vote était prévu pour tous les résidents installés depuis au moins cinq ans, c'était à la condition d'y prouver leur connaissance du néerlandais.Le plus intéressant dans l'épisode de la négociation du partage de la manne européenne consiste dans la manière dont elle s'est déroulée. Le Ministre-président wallon s'est accordé avec son homologue flamand sur un compromis assortissant deux critères respectivement favorables à l'un ou à l'autre : le critère PIB pour la Wallonie, le critère taux d'investissements pour la Flandre ; les miettes pour les autres. On a donc été en plein dans le scénario si cher à la Flandre dénommé "2+2" : Les parents décident ; les enfants suivent et s'adaptent.Cet épisode montre par la négative le sort qui serait réservé à Bruxelles et à la Communauté germanophone dans le scénario des quatre Régions. Car nul n'imagine que ces prétendues "quatre Régions" discuteraient sur pied d'égalité ! Un gouvernement fédéral composé sur base de quatre partenaires, où les Flamands seraient donc minorisés ? Des décisions prises par consensus entre les quatre entités fédérées ? On nage en pleine utopie. Les apprentis-sorciers qui plaident un peu inconsciemment pour une Belgique des quatre régions doivent ouvrir les yeux et considérer la dynamique politique qui en résulterait.Heureusement, le test des fonds européens est là pour dessiller les distraits ! Charles-Etienne LAGASSE Président du Centre d'études Jacques GEORGIN