C'est en tout cas ce qui ressort d'une conversation matinale dans un café-librairie de l'est de Bruxelles entre François le Hodey et Jos Donvil, directeur de VOO, et qui n'a pas échappé à nos grandes oreilles. Des rapprochements presse-télécom qui vont dans le sens de l'Histoire puisque les éditeurs de quotidiens, qui misent de plus en plus sur le digital, cherchent de nouveaux débouchés pour compenser l'abandon programmé du papier. En expliquant sa vision du futur à son interlocuteur, François le Hodey n'a en effet pas fait mystère du sort qui attend les versions physiques de La Libre et de La DH: "D'ici 7 ans maximum le print aura disparu", a-t-il affirmé. Une déclaration qui acte la volonté claire et nette d'un acteur historique de la presse belge de tourner la page industrielle du support papier.

Un choix radical, motivé pour l'essentiel par l'érosion de l'audience et l'écroulement du marché publicitaire. Un choix risqué, car largement tributaire du report en masse des lecteurs vers les abonnements digitaux payants. Un terrain sur lequel le patron d'IPM ne manque pas d'ambition puisqu'il fixe un objectif de 100 000 abonnés payants à moyen terme... Réaliste ? Difficile à dire dans la mesure où les chiffres actuels restent secrets. On ne peut que le croire sur parole quand il déclarait au magazine Media Marketing, en novembre dernier, qu'ils étaient "en croissance exponentielle sur le nombre d'abonnés digitaux".

Autres priorités évoquées lors de cette entrevue pas très discrète : améliorer la productivité et concentrer les efforts rédactionnels des différentes rédactions sur "ce qui marche". Et le Hodey d'évoquer une logique de segmentation des contenus qui pourront être vendus à la carte en fonction des centres d'intérêts de chaque lecteur. Lequel pourra par exemple opter pour un package économie, sport et infos locales.

Si ces rapprochements entre groupes de presse et câblos et/ou opérateurs télécoms se confirment, ce serait le retour du monstre du Loch Ness de l'intégration verticale (qui vise la maîtrise du contenu et du contenant) qui réapparaît régulièrement depuis 20 ans. Jean-Marie Messier, en France, avait déjà tenté des synergies à tous les niveaux dans les années 90 avec l'ogre Vivendi. Plus récemment et plus près de chez nous, c'est Nethys, par ailleurs propriétaire de... VOO, qui reprenait Les Editions de L'Avenir en imaginant que ses rédactions allaient alimenter en contenus tous les satellites du groupe. Dans les deux cas, on ne peut pas parler de franche réussite...

A moins que cette discussion entre IPM et VOO ne soit qu'une facette d'une redistribution plus large des cartes du paysage médiatique francophone qui pourrait déboucher sur un flirt plus ou moins appuyé entre IPM et L'Avenir... Même si le sujet n'a pas été abordé pendant que nous tendions l'oreille, il est bel et bien dans l'air, et répond au besoin des acteurs de s'allier à d'autres pour atteindre une masse critique. Dans la même interview à MM, François le Hodey tendait ainsi une grosse perche à ses concurrents wallons : "Côté IPM, nous représentons 35% du marché, nous investissons depuis 17 ans dans la révolution numérique, notre modèle est en voie de complète transformation, les complémentarités entre l'Avenir et IPM sont évidentes, un très beau projet pourrait se mettre en place, créateur d'emplois et de valeur ajoutée régionale. Vu que nous avons peu de déduplications, nous serions plus dans une stratégie de complémentarité, c'est là que réside l'attractivité pour toutes les parties d'un tel projet."

Les grandes manoeuvres auraient-elles commencé ?