Le Premier ministre Charles Michel et son homologue britannique Theresa May auront une "approche parallèle" sur la question du retour des combattants de l'Etat islamique (EI), ont-ils convenu dimanche lors d'un entretien téléphonique.

Le président américain Donald Trump a appelé samedi les Européens à reprendre quelque 800 combattants de l'EI et à les juger dans leurs pays d'origine. Le ministre de la Justice Koen Geens a appelé dimanche à une solution européenne. Il a invité Charles Michel à prendre une initiative.

Le Premier ministre britannique Theresa May a appelé Charles Michel dimanche matin. Des conseillers belges et britanniques vont se pencher sur le dossier dans les prochaines heures. M. Michel aura également dans les prochains jours un contact avec son homologue néerlandais Mark Rutte et avec le président français Emmanuel Macron.

"Il faut leur retirer la nationalité. Alors, ils ne seront plus belges et ce ne sera plus notre problème"

Pour l'ex-secrétaire d'Etat à l'Asile et aux Migrations Theo Francken, il ne peut être question de rapatrier des combattants.

"Beaucoup d'entre eux ont la double nationalité. La loi leur permet de perdre leur nationalité belge, même s'ils sont condamnés in absentia. Nous voulions depuis longtemps que ce retrait se fasse automatiquement avec chaque condamnation pour terrorisme, mais le CD&V freine de façon inexpliquée ", dit-il dans'Het Nieuws' sur VTM. "Il faut leur retirer la nationalité. Alors, ils ne seront plus belges et ce ne sera plus notre problème", a-t-il résumé.

Il qualifie l'attitude du CD&V de " très, très gros problème. Son parti à travers Koen Metsu a déposé un projet de loi à cet effet, mais il n'y a pas de majorité et Francken est déçu.

La position de Theo Francken est d'autant plus remarquable que le président de son propre parti, Bart De Wever, avait suggéré vendredi soir dans le débat HLN et VTM qu'il n'était pas exclu de rapatrier des combattants syriens dans certains cas. Le ministre de la Justice Koen Geens (CD&V) ne dit pas nécessairement "non" non plus, il veut "chercher la solution la moins risquée pour la sécurité". Jusqu'à présent, le gouvernement - tant l'ancienne coalition suédoise que le gouvernement de la minorité orange-bleue en affaires courantes - n'a pas cessé d'affirmer que seuls les enfants de moins de 10 ans devraient être rappelés activement.

Francken nie toutefois avoir dit autre chose que De Wever. "Nous sommes tous sur la même longueur d'onde en ce qui concerne la nationalité. Ne soyons pas naïfs : chaque retour entraînera des problèmes, comme Bart De Wever l'a toujours dit. Je ne crois pas non plus que les mères de l'EI sont sincères quand elles supplient pour une seconde chance, c'est un pur canular."

Il admet pourtant qu'il a peut-être été naïf quand, en tant que secrétaire d'État, il a donné sa confiance à Melikan Kucam de Malines pour " sélectionner " des chrétiens assyriens qui peuvent obtenir un visa humanitaire. Même si je suis toujours à 100 % derrière leur sauvetage"

La politique de Maggie De Block (Open VLD), comme on pouvait le prévoir ne lui plaît pas. Selon Francken, la ministre de l'Open VLD " laisse maintenant entrer tout le monde " et il n'est donc pas surprenant qu'elle ait besoin de " presque 90 millions d'euros supplémentaires ".

"Il n'est pas juste que l'Open VLD lui accorde soudainement et en affaires courantes de l'argent supplémentaire, alors qu'ils l'ont toujours bloqué lorsque c'était moi. Je vais certainement enquêter davantage là-dessus."

Trump demande aux Européens de rapatrier leurs jihadistes prisonniers

Le président américain Donald Trump a appelé les pays européens, notamment le Royaume-Uni, la France et l'Allemagne, à rapatrier et juger leurs ressortissants faits prisonniers parmi les jihadistes en Syrie. Cet appel de M. Trump, formulé dans un tweet envoyé tard samedi soir, intervient alors que le groupe Etat islamique (EI) est sur le point de perdre le dernier territoire de son "califat" sous les coups de boutoir de l'alliance arabo-kurde et de la coalition internationale menée par les Etats-Unis. "Les Etats-Unis demandent à la Grande-Bretagne, la France, l'Allemagne et aux autres alliés européens de reprendre plus de 800 combattants de l'EI que nous avons capturés en Syrie afin de les faire passer en jugement", a écrit M. Trump. "Il n'y a pas d'alternative car nous serions forcés de les libérer. Les Etats-Unis ne veulent pas que ces combattants de l'EI se répandent en Europe où ils devraient se rendre", a-t-il ajouté. M. Trump avait suscité en décembre la colère de ses alliés en annonçant unilatéralement le prochain départ des 2.000 militaires américains présents en Syrie. Cette annonce et la défaite militaire imminente de l'EI avaient relancé la question du devenir des centaines jihadistes étrangers faits prisonniers en Syrie et que l'alliance arabo-kurde dit ne pas pouvoir garder éternellement.

"Assurer la sécurité"

Le chef du service de renseignement extérieur britannique (MI6), Alex Younger, a estimé cette semaine que les personnes ayant rejoint l'EI "ont probablement acquis des compétences et des relations qui les rendent potentiellement très dangereux". Le ministre britannique de l'Intérieur, Sajid Javid, a publié une tribune dans le Sunday Times intitulée "Si vous fuyez pour rejoindre l'Etat islamique, j'utiliserai tous mes pouvoirs pour vous empêcher de revenir".

"Ma priorité est d'assurer la sécurité du pays - et je ne laisserai rien la compromettre", a-t-il affirmé. "Les décisions que nous pouvons prendre incluent d'interdire l'accès au Royaume-Uni à des non-Britanniques, ainsi que retirer la citoyenneté britannique à des individus dangereux".

Il a néanmoins souligné que son ministère ne créerait pas d'apatrides, comme interdit par la convention de New-York du 30 août 1961, ratifiée par le Royaume-Uni.

Le ministre de la Culture, Jeremy Wright, ancien Attorney general (conseiller juridique du gouvernement), a lui souligné que Londres était "obligé" d'autoriser le retour des personnes n'ayant pas de double nationalité. "C'est une question de droit international", a-t-il déclaré à la BBC.

"Droit fondamental de revenir"

En France, le secrétaire d'Etat à l'Intérieur, Laurent Nunez, a déclaré dimanche "avoir la faiblesse de considérer que ces gens-là doivent être jugés là où ils ont commis leurs exactions". Il a annoncé que la France avait déjà "accueilli près de 270 adultes" de retour de Syrie depuis le début du conflit.

A Berlin, une source au sein du ministère allemand des Affaires étrangères a souligné que "tous les citoyens allemands ont le droit fondamental de revenir en Allemagne". Elle a ajouté que le gouvernement "étudie les options" pour permettre à ses ressortissants de quitter la Syrie, "particulièrement pour les cas humanitaires".

Le ministre de la Justice, Koen Geens, a lui appelé a la mise en place d'une "solution européenne", précisant que Bruxelles était "en contact avec Paris, La Haye et Londres pour élaborer une position collective.

Une Britannique de l'EI réclame de la "compassion" pour rentrer avec son bébé

Une jeune Britannique qui avait rejoint le groupe jihadiste Etat islamique (EI) en Syrie en 2015, actuellement cantonnée dans un camp de réfugiés où elle vient d'accoucher, a réclamé dimanche de la "compassion" afin de rentrer au Royaume-Uni avec son bébé. Son cas illustre le dilemme auquel sont confrontés plusieurs gouvernements européens, entre interdire le retour des ressortissants jihadistes pour des questions de sécurité, ou leur permettre de revenir pour les traduire en justice.

"Je viens d'accoucher, donc je suis vraiment fatiguée", a confié Shamima Begum à la chaîne de télévision Sky News. Il s'agit du troisième enfant auquel donne naissance la jeune femme de 19 ans, originaire de Londres, depuis son départ vers la Syrie. Ses deux premiers bébés sont morts de maladie et de malnutrition.

Shamima Begum a une nouvelle fois confié son intention de revenir au Royaume-Uni. "Après la mort de mon (autre) fils, j'ai réalisé qu'il fallait que je parte, pour le bien de mes enfants". Elle a dit craindre que son bébé "meure dans le camp" de réfugiés d'Al-Hol, dans le nord-est de la Syrie, où elle se trouve actuellement. "Je pense que les gens devraient avoir de la compassion pour moi, pour tout ce que j'ai vécu", a déclaré Shamima Begum. "Je ne savais pas dans quoi je m'embarquais quand je suis partie".

La jeune femme a néanmoins affirmé qu'elle ne regrettait pas d'avoir rejoint la Syrie. "Cela m'a changée en tant que personne, cela m'a rendue plus forte, plus dure. Et j'ai épousé un homme que je n'aurais jamais rencontré au Royaume-Uni". Mais la jeune femme s'est défendue de représenter une menace. "J'étais juste une femme au foyer, j'ai passé quatre ans à la maison, j'ai pris soin de mon mari, de mes enfants".