Le retour doit se faire endéans les six semaines sous peine d'astreintes au-delà du terme énoncé.

L'obligation ne concerne pas leurs mères avec lesquelles ils vivent pourtant actuellement au sein du camp.

Le tribunal a par ailleurs réfuté la nécessité de pratiquer des test ADN de reconnaissance de filiation entre parents et enfants, argumentant "qu'ils s'occupaient de ceux-ci, avaient un lien affectif avec eux et qu'ils pouvaient à ce titre être considérés comme les parents".

Précédemment, à deux reprises déjà, le Délégué général aux droits de l'enfant, Bernard De Vos, nous avait invités à nous pencher sur le sort des enfants de Daech, abandonnés dans différents camps du Moyen-Orient, sans les soins et l'encadrement requis par les droits de l'enfant. Le 3 juin 2019, il demandait au Premier ministre Charles Michel de prendre la décision de rapatrier tous les enfants belges retenus en Syrie, nés de djihadistes partis combattre dans les rangs de l'Etat islamique (EI), sans attendre la formation d'un nouveau gouvernement.

Son appel était resté sans réponse.

Pour la Ministre en charge de l'asile et de la migration, Maggie De Block, il était alors "inenvisageable de faire revenir les mères de ceux-ci ", malgré le rappel encore de Bernard De Vos que ces mères rapatriées qui ont été condamnées devraient naturellement purger leur peine en Belgique, avec un droit de visite à l'enfant, et que les mères non condamnées feraient l'objet d'un screening approfondi.

Aujourd'hui, la question du lien mère-enfant ressurgit.

Ce dernier fait l'objet de toutes les recherches en psychopathologie depuis plus d'un siècle et plus spécifiquement depuis quinze ans, créant la nouvelle classe nosologique des "troubles de l'attachement".

Il semble complètement ignoré du monde judiciaire et politique belge.

Les autorités kurdes font preuve d'un plus grand discernement quand ils font savoir qu'ils ne sépareraient en aucun cas les enfants de leurs mères. Ils en appellent même au devoir moral de l'Etat belge quant à ce projet de fracture brutale du lien.

Qui, en 2019, se sent capable de prendre la décision de séparer un enfant de sa mère, tout âge confondu ?

L'Occident qui se targue d'un haut niveau de civilisation, se montrant volontiers condescendant quant à d'autres cultures, ne frémit pas d'appliquer cet acte délibéré de cruauté psychique.

Dans le répertoire des peurs qui nous habitent, la perte de la mère ne se trouve-t-elle pas sur le podium des risques à advenir depuis la nuit des temps ?

Tous les contes et grands récits de la littérature enfantine utilisent cette tragédie qui remue inexorablement les têtes blondes ainsi que celles de leurs parents tel un ressort inépuisable pour faire surgir l'émotion...De Bambi à Babar, de Cendrillon au Roi lion, le héros passe par la perte brutale de sa mère, événement-socle dès lors de son histoire personnelle.

Si ici il ne s'agit pas de mort, nous sommes bien devant un équivalent, une coupure totale, définitive du lien mère-enfant qui provoquera le même choc.

Rupture orchestrée froidement par des Etats à une époque où la relation à la mère est acceptée comme indissociable au bon développement psychique de l'enfant.

Il s'avère ainsi évident que cette séparation précoce créera les conditions d'émergence de psychopathologies à l'adolescence ou à l'âge adulte, elles-mêmes génératrices de différents troubles du comportement.

Par ailleurs, comment expliquerons-nousà ces enfants quand ils auront l'âge de comprendre pourquoi nous avons choisi de laisser leurs mères seules, en conditions d'insécurité et sans avenir, dans un pays étranger?

Le risque n'est-il pas grand de nourrir la haine vis-à-vis des responsables de cette cassure, vécue comme un double abandon ?

Ces conséquences ne sont pas évoquées dans le jugement posé ni dans les médias relayant l'information.

Existe-t-il une si grande barrière, invisible mais étanche, entre les différents secteurs "qui font société" , ceux de la justice, de la santé mentale et du politique ? Co-habitent-ils ainsi sans se confronter, chaque secteur manipulant ses principes et ses concepts propres, au sein d'une même nation ?

Permettre aux mères de revenir avec leurs enfants et selon leur jugement, d'être emprisonnées, pour certaines avec les petits de 0 à 3 ans, pour d'autres en contacts réguliers avec leurs enfants, lors de visites encadrées, ou encore d'être surveillées par bracelet électronique, respecterait le lien minimum indispensable au développement harmonieux de ceux-ci.

Un encadrement réfléchi, adapté, tenant compte des carences, des bouleversements subis et du questionnement à venir, pourrait être créé et permettre une étude riche d'enseignements pour les multiples situations de mixage de communautés à venir.

Développer un lieu pilote, un service d'accompagnement structuré, lucide quant aux enjeux et respectueux des vécus de chacun, guidé par nos connaissances psycho-médicales, permettrait à ces enfants et à leurs mères de (re)prendre une marche vers un avenir.

Ce centre de soins, ou de suivis, nous imposerait de plus de chercher les outils les plus adaptés pour concilier des passés et présents si éloignés, d' accompagner la rupture avec une première tranche de vie et, par là-même, de soutenir l'investissement d'une nouvelle voie future.

Des conclusions et des observations issues de ce laboratoire nous aideraient à faire face aux problèmes de liaisons interculturelles auxquels notre société moderne doit absolument faire face aujourd'hui.

En tant que professionnel-le-s du secteur de la santé mentale, nous défendons l'idée de ne pas séparer les enfants de leurs mères mais que celles-ci purgent ici leur peine, tout en respectant le lien mère-enfant, indispensable pour un développement psychique harmonieux des petits.

Il en va de notre capacité à faire preuve de l'humanité la plus essentielle, celle qui accorde la juste place au lien le plus déterminant pour chacun d'entre nous, celui de la mère et de son enfant.

Signataires

Dr Marie Carlens, Psychiatre

Dr Nicole Mulot, Pédopsychiatre

Bernard Royen, Psychologue

Le retour doit se faire endéans les six semaines sous peine d'astreintes au-delà du terme énoncé.L'obligation ne concerne pas leurs mères avec lesquelles ils vivent pourtant actuellement au sein du camp.Le tribunal a par ailleurs réfuté la nécessité de pratiquer des test ADN de reconnaissance de filiation entre parents et enfants, argumentant "qu'ils s'occupaient de ceux-ci, avaient un lien affectif avec eux et qu'ils pouvaient à ce titre être considérés comme les parents".Précédemment, à deux reprises déjà, le Délégué général aux droits de l'enfant, Bernard De Vos, nous avait invités à nous pencher sur le sort des enfants de Daech, abandonnés dans différents camps du Moyen-Orient, sans les soins et l'encadrement requis par les droits de l'enfant. Le 3 juin 2019, il demandait au Premier ministre Charles Michel de prendre la décision de rapatrier tous les enfants belges retenus en Syrie, nés de djihadistes partis combattre dans les rangs de l'Etat islamique (EI), sans attendre la formation d'un nouveau gouvernement.Son appel était resté sans réponse.Pour la Ministre en charge de l'asile et de la migration, Maggie De Block, il était alors "inenvisageable de faire revenir les mères de ceux-ci ", malgré le rappel encore de Bernard De Vos que ces mères rapatriées qui ont été condamnées devraient naturellement purger leur peine en Belgique, avec un droit de visite à l'enfant, et que les mères non condamnées feraient l'objet d'un screening approfondi. Aujourd'hui, la question du lien mère-enfant ressurgit.Ce dernier fait l'objet de toutes les recherches en psychopathologie depuis plus d'un siècle et plus spécifiquement depuis quinze ans, créant la nouvelle classe nosologique des "troubles de l'attachement". Il semble complètement ignoré du monde judiciaire et politique belge.Les autorités kurdes font preuve d'un plus grand discernement quand ils font savoir qu'ils ne sépareraient en aucun cas les enfants de leurs mères. Ils en appellent même au devoir moral de l'Etat belge quant à ce projet de fracture brutale du lien.Qui, en 2019, se sent capable de prendre la décision de séparer un enfant de sa mère, tout âge confondu ?L'Occident qui se targue d'un haut niveau de civilisation, se montrant volontiers condescendant quant à d'autres cultures, ne frémit pas d'appliquer cet acte délibéré de cruauté psychique.Dans le répertoire des peurs qui nous habitent, la perte de la mère ne se trouve-t-elle pas sur le podium des risques à advenir depuis la nuit des temps ?Tous les contes et grands récits de la littérature enfantine utilisent cette tragédie qui remue inexorablement les têtes blondes ainsi que celles de leurs parents tel un ressort inépuisable pour faire surgir l'émotion...De Bambi à Babar, de Cendrillon au Roi lion, le héros passe par la perte brutale de sa mère, événement-socle dès lors de son histoire personnelle.Si ici il ne s'agit pas de mort, nous sommes bien devant un équivalent, une coupure totale, définitive du lien mère-enfant qui provoquera le même choc.Rupture orchestrée froidement par des Etats à une époque où la relation à la mère est acceptée comme indissociable au bon développement psychique de l'enfant.Il s'avère ainsi évident que cette séparation précoce créera les conditions d'émergence de psychopathologies à l'adolescence ou à l'âge adulte, elles-mêmes génératrices de différents troubles du comportement.Par ailleurs, comment expliquerons-nousà ces enfants quand ils auront l'âge de comprendre pourquoi nous avons choisi de laisser leurs mères seules, en conditions d'insécurité et sans avenir, dans un pays étranger?Le risque n'est-il pas grand de nourrir la haine vis-à-vis des responsables de cette cassure, vécue comme un double abandon ? Ces conséquences ne sont pas évoquées dans le jugement posé ni dans les médias relayant l'information. Existe-t-il une si grande barrière, invisible mais étanche, entre les différents secteurs "qui font société" , ceux de la justice, de la santé mentale et du politique ? Co-habitent-ils ainsi sans se confronter, chaque secteur manipulant ses principes et ses concepts propres, au sein d'une même nation ? Permettre aux mères de revenir avec leurs enfants et selon leur jugement, d'être emprisonnées, pour certaines avec les petits de 0 à 3 ans, pour d'autres en contacts réguliers avec leurs enfants, lors de visites encadrées, ou encore d'être surveillées par bracelet électronique, respecterait le lien minimum indispensable au développement harmonieux de ceux-ci.Un encadrement réfléchi, adapté, tenant compte des carences, des bouleversements subis et du questionnement à venir, pourrait être créé et permettre une étude riche d'enseignements pour les multiples situations de mixage de communautés à venir. Développer un lieu pilote, un service d'accompagnement structuré, lucide quant aux enjeux et respectueux des vécus de chacun, guidé par nos connaissances psycho-médicales, permettrait à ces enfants et à leurs mères de (re)prendre une marche vers un avenir. Ce centre de soins, ou de suivis, nous imposerait de plus de chercher les outils les plus adaptés pour concilier des passés et présents si éloignés, d' accompagner la rupture avec une première tranche de vie et, par là-même, de soutenir l'investissement d'une nouvelle voie future. Des conclusions et des observations issues de ce laboratoire nous aideraient à faire face aux problèmes de liaisons interculturelles auxquels notre société moderne doit absolument faire face aujourd'hui.En tant que professionnel-le-s du secteur de la santé mentale, nous défendons l'idée de ne pas séparer les enfants de leurs mères mais que celles-ci purgent ici leur peine, tout en respectant le lien mère-enfant, indispensable pour un développement psychique harmonieux des petits. Il en va de notre capacité à faire preuve de l'humanité la plus essentielle, celle qui accorde la juste place au lien le plus déterminant pour chacun d'entre nous, celui de la mère et de son enfant.