"Dan, un café, s'il te plaît". Raoul Hedebouw, en habitué du "Building", petit troquet à deux pas du siège liégeois du PTB, déambule de table en table. Il dit bonjour à l'un, claque la bise à l'autre puis s'éternise avec un troisième. Des discussions de bistrot. Il finit par se mettre à table, sa dose de caféine devant lui.

Raoul Hedebouw, 39 ans, n'a pas choisi le métier. C'est le métier qui l'a pris. "Je suis le produit de la lutte", souligne-t-il. Un combat qu'il côtoie tout jeune alors qu'il n'a que 15 ans. Sa maman, Paula, déléguée syndicale CSC, est licenciée du jour au lendemain d'une société d'équipements médicaux. Mais la femme, dure au mal, plante sa caravane devant l'entreprise, sur les hauteurs de Petit-Rechain, près de Verviers. Elle y vivra pendant six semaines. Paula gagne son procès pour licenciement abusif. L'entreprise, elle, sera délocalisée en Irlande un an plus tard.

Cette épreuve a forgé le caractère de Raoul, dont le père est sidérurgiste et membre du PTB. "On touche à ta maman. Ça fait mal. Là, je me dis que quelque chose ne va pas dans notre démocratie. L'adolescent rebelle se réveille. Ma mère n'a rien fait. Elle se bat pour les travailleurs et est licenciée." Un salaire en moins à la maison, une vocation qui naît. "Mes parents comptent énormément pour moi. Ils ont toujours eu des principes et les ont gardés pendant toute leur carrière. C'est ça que j'aimerais pouvoir conserver."

Frondeur né

Le milieu des années 90 rime aussi avec crise de l'enseignement. Laurette Onkelinx, ministre de l'Éducation de l'époque, annonce des coupes budgétaires drastiques. C'en est trop pour les professeurs et les étudiants. Parmi eux, le jeune Hedebouw, en rhéto à Herstal, la ville de la périphérie liégeoise qui l'a vu grandir.

S'en suivent six semaines de grèves étudiantes. "Les peuples se mettent en résistance. On avait créé, avec les trois écoles à Herstal, le Comité herstalien des étudiants, le CHE. Le Ché quoi!" Raoul Hedebouw en sourit encore, lui qui voue une admiration sans bornes au Ché Guevara, gardant toujours aujourd'hui la biographie du révolutionnaire sur sa table de chevet.

Alors simple militant pour le PTB, Hedebouw s'engage dans des études de biologie à l'ULg. Le gamin du pays (bien que ses deux parents soient originaires de Flandre et qu'ils parlent néerlandais à la maison) en profite pour sensibiliser les étudiants à la cause du PTB. Mais la politique, il l'oublie quand il s'agit de guindailler. Des soirées arrosées dans le Carré. Une carrière de disc-jockey qui permet à DJ Rayoul de mettre du beurre dans les épinards. D'ailleurs, les platines de l'homme politique ne sont jamais loin. "Je le fais vraiment plus que pour des potes et je suis resté en 2003. Donc, celui qui me veut vraiment, il devra assumer que ce sera Barry White pour commencer la soirée." Et puis, quand DJ Rayoul tente de se mettre à la page, il évoque la chanteuse Jenifer comme une star de l'année 2016...

Communicant hors pair

Les études terminées, le militant du PTB devient professeur de sciences et se porte candidat aux élections communales d'Herstal en 2000. Pas élu et la vingtaine entamée, Hedebouw file au Congo. Deux ans "de coopération au développement", à Kinshasa, un besoin "de voir la réalité de ce qu'on appelle le tiers-monde. Le vivre moi-même."

À son retour, le PTB a poli son image. Le Herstalien se sent prêt à y faire carrière. Il entre alors à la section Liège du parti, en 2005. Il prend place au sein de la formation et, de par sa nature, en devient petit à petit le porte-parole attitré.

Le politicien a la tchatche, le contact facile. Proche du peuple, il grimpe dans la hiérarchie du parti qui flaire le bon coup: couvrir d'un drap de belles paroles la ligne directrice rouge foncé du PTB et devenir la coqueluche des médias. C'est en tout cas ce que constatent les détracteurs du parti: un discours embelli qui, quelques années plus tôt, se référait allègrement aux noms les plus effrayants du communisme: Staline ou Mao.

Salaire au rabais

En 2014, le leader charismatique du PTB, est élu à la Chambre des représentants. Depuis, il passe son temps entre Bruxelles et Liège. "J'essaye de limiter à un mi-temps ma présence au Parlement. Trois jours par semaine." Le reste du temps, le cadre du parti de gauche radicale écume les marchés, parle avec les gens et les cama' - entendez les camarades. Probablement le mot favori de ce grand gaillard, le sourire perché au sommet de son mètre nonante. Le terrain, son dada, l'emporte sur les considérations bureaucratiques de la politique.

Ce rôle de député n'est qu'un rouage de la machine PTB qu'il remplit pour le bien du collectif. Le Liégeois n'aurait donc aucune tendance narcissique... Alors, quand il entend parler des élus de la nation, ça le fout en rote et sa cuillère tourne plus vite que d'habitude dans son café devenu froid. "Élus de la nation, alors que t'es élu de rien du tout. C'est quoi cette affaire. Vraiment, l'humilité par rapport au monde du travail, c'est primordial".

D'ailleurs, cama' Raoul a fait le choix de reverser une somme conséquente de son salaire de député au coffre du parti. Sur les 6.000€ net perçus en tant que député, il n'en garde que 1.600. "Pourquoi je devrais gagner plus de pognon que mon camarade syndicaliste ou mon cama' qui milite dans son quartier?"

Une grande gueule? "Il paraît", rit-il. Et ce n'est pas l'arrivée de son premier fils, Esteban, qui adoucira le franc-parler parfois dérangeant du Liégeois. Même si, pour l'instant, "c'est sport.com. C'est magnifique, même si je me réveille la nuit. Et je veux vraiment le libérer, protéger mes proches par rapport aux médias. Il faut pouvoir dire stop à un moment donné." D'ailleurs, il est temps de dire stop. Au programme, un vendredi après-midi en famille. Cama' Raoul devient papa poule.

Rodrigue Jamin

En quelques dates...

  • 12 juillet 1977: Naissance à Liège
  • 2003: DJ Rayoul met fin à sa carrière...
  • 14 octobre 2012: Conseiller communal à la ville de Liège
  • 2013: Raoul a de moins en moins de temps à consacrer à sa passion, l'ornithologie !
  • 25 mai 2014: Député fédéral PTB à la Chambre des représentants.
"Dan, un café, s'il te plaît". Raoul Hedebouw, en habitué du "Building", petit troquet à deux pas du siège liégeois du PTB, déambule de table en table. Il dit bonjour à l'un, claque la bise à l'autre puis s'éternise avec un troisième. Des discussions de bistrot. Il finit par se mettre à table, sa dose de caféine devant lui. Raoul Hedebouw, 39 ans, n'a pas choisi le métier. C'est le métier qui l'a pris. "Je suis le produit de la lutte", souligne-t-il. Un combat qu'il côtoie tout jeune alors qu'il n'a que 15 ans. Sa maman, Paula, déléguée syndicale CSC, est licenciée du jour au lendemain d'une société d'équipements médicaux. Mais la femme, dure au mal, plante sa caravane devant l'entreprise, sur les hauteurs de Petit-Rechain, près de Verviers. Elle y vivra pendant six semaines. Paula gagne son procès pour licenciement abusif. L'entreprise, elle, sera délocalisée en Irlande un an plus tard.Cette épreuve a forgé le caractère de Raoul, dont le père est sidérurgiste et membre du PTB. "On touche à ta maman. Ça fait mal. Là, je me dis que quelque chose ne va pas dans notre démocratie. L'adolescent rebelle se réveille. Ma mère n'a rien fait. Elle se bat pour les travailleurs et est licenciée." Un salaire en moins à la maison, une vocation qui naît. "Mes parents comptent énormément pour moi. Ils ont toujours eu des principes et les ont gardés pendant toute leur carrière. C'est ça que j'aimerais pouvoir conserver."Frondeur néLe milieu des années 90 rime aussi avec crise de l'enseignement. Laurette Onkelinx, ministre de l'Éducation de l'époque, annonce des coupes budgétaires drastiques. C'en est trop pour les professeurs et les étudiants. Parmi eux, le jeune Hedebouw, en rhéto à Herstal, la ville de la périphérie liégeoise qui l'a vu grandir.S'en suivent six semaines de grèves étudiantes. "Les peuples se mettent en résistance. On avait créé, avec les trois écoles à Herstal, le Comité herstalien des étudiants, le CHE. Le Ché quoi!" Raoul Hedebouw en sourit encore, lui qui voue une admiration sans bornes au Ché Guevara, gardant toujours aujourd'hui la biographie du révolutionnaire sur sa table de chevet.Alors simple militant pour le PTB, Hedebouw s'engage dans des études de biologie à l'ULg. Le gamin du pays (bien que ses deux parents soient originaires de Flandre et qu'ils parlent néerlandais à la maison) en profite pour sensibiliser les étudiants à la cause du PTB. Mais la politique, il l'oublie quand il s'agit de guindailler. Des soirées arrosées dans le Carré. Une carrière de disc-jockey qui permet à DJ Rayoul de mettre du beurre dans les épinards. D'ailleurs, les platines de l'homme politique ne sont jamais loin. "Je le fais vraiment plus que pour des potes et je suis resté en 2003. Donc, celui qui me veut vraiment, il devra assumer que ce sera Barry White pour commencer la soirée." Et puis, quand DJ Rayoul tente de se mettre à la page, il évoque la chanteuse Jenifer comme une star de l'année 2016...Communicant hors pairLes études terminées, le militant du PTB devient professeur de sciences et se porte candidat aux élections communales d'Herstal en 2000. Pas élu et la vingtaine entamée, Hedebouw file au Congo. Deux ans "de coopération au développement", à Kinshasa, un besoin "de voir la réalité de ce qu'on appelle le tiers-monde. Le vivre moi-même." À son retour, le PTB a poli son image. Le Herstalien se sent prêt à y faire carrière. Il entre alors à la section Liège du parti, en 2005. Il prend place au sein de la formation et, de par sa nature, en devient petit à petit le porte-parole attitré. Le politicien a la tchatche, le contact facile. Proche du peuple, il grimpe dans la hiérarchie du parti qui flaire le bon coup: couvrir d'un drap de belles paroles la ligne directrice rouge foncé du PTB et devenir la coqueluche des médias. C'est en tout cas ce que constatent les détracteurs du parti: un discours embelli qui, quelques années plus tôt, se référait allègrement aux noms les plus effrayants du communisme: Staline ou Mao.Salaire au rabaisEn 2014, le leader charismatique du PTB, est élu à la Chambre des représentants. Depuis, il passe son temps entre Bruxelles et Liège. "J'essaye de limiter à un mi-temps ma présence au Parlement. Trois jours par semaine." Le reste du temps, le cadre du parti de gauche radicale écume les marchés, parle avec les gens et les cama' - entendez les camarades. Probablement le mot favori de ce grand gaillard, le sourire perché au sommet de son mètre nonante. Le terrain, son dada, l'emporte sur les considérations bureaucratiques de la politique.Ce rôle de député n'est qu'un rouage de la machine PTB qu'il remplit pour le bien du collectif. Le Liégeois n'aurait donc aucune tendance narcissique... Alors, quand il entend parler des élus de la nation, ça le fout en rote et sa cuillère tourne plus vite que d'habitude dans son café devenu froid. "Élus de la nation, alors que t'es élu de rien du tout. C'est quoi cette affaire. Vraiment, l'humilité par rapport au monde du travail, c'est primordial".D'ailleurs, cama' Raoul a fait le choix de reverser une somme conséquente de son salaire de député au coffre du parti. Sur les 6.000€ net perçus en tant que député, il n'en garde que 1.600. "Pourquoi je devrais gagner plus de pognon que mon camarade syndicaliste ou mon cama' qui milite dans son quartier?"Une grande gueule? "Il paraît", rit-il. Et ce n'est pas l'arrivée de son premier fils, Esteban, qui adoucira le franc-parler parfois dérangeant du Liégeois. Même si, pour l'instant, "c'est sport.com. C'est magnifique, même si je me réveille la nuit. Et je veux vraiment le libérer, protéger mes proches par rapport aux médias. Il faut pouvoir dire stop à un moment donné." D'ailleurs, il est temps de dire stop. Au programme, un vendredi après-midi en famille. Cama' Raoul devient papa poule.Rodrigue Jamin