Avec ce qui s'est passé cet été à Anderlues, au Festival Pukkelpop, à Aarschot... et tous les faits quotidiens qui ne sont pas médiatisés, nous sommes passés à la vitesse supérieure dans l'expression raciste. Aujourd'hui, ce n'est plus seulement la parole raciste c'est l'acte raciste qui semble se libérer. Les agressions dont ont été victimes des concitoyens en raison de leur prétendue "différence" n'ont suscité dans le chef des décideurs politiques que des réactions timorées et des mesures insuffisantes. On a laissé le climat délétère se transformer en un climax violent. A la lecture de certains éditoriaux, il semble que nous assistions à un début de prise de conscience auprès de certains faiseurs d'opinion. Mais cela ne suffira pas en soi à éviter le pire. Que faut-il de plus pour voir une prise de responsabilités dans le chef des autorités gouvernementales? Confronté à une recrudescence raciste visible, Zuhal Demir, Secrétaire d'Etat à l'Égalité des chances n'a eu pour seule réponse qu'une promesse de proposer un "Plan pour le vivre ensemble". Il est vrai que certains de ses collègues de gouvernement ou de parti font davantage partie du problème que de la solution. Des responsables (sic) politiques comme Théo Francken ont bâti leur notoriété sur des provocations racistes récurrentes. Ils disent refléter l'opinion publique alors qu'en fait ils utilisent surtout leur visibilité médiatique pour la façonner. Contrairement à une idée complaisamment véhiculée par certains, le combat antiraciste est moins d'utiliser la loi pour expliquer aux gens ce qu'ils peuvent dire que d'obliger des politiques qui prétendent parler à leur place à la respecter.

Les dangers d'agressions auxquelles les personnes dites "issues des minorités" sont confrontées sont de plus en plus manifestes. Outre les cas déjà évoqués, la teneur des actions et des réflexions d'une organisation d'extrême-droite ouvertement raciste comme "Schild en Vrienden" dévoilée hier dans les médias à de quoi légitimement inquiéter. Et le passé du Ministre de l'Intérieur, en charge de la sécurité de l'ensemble des belges, n'a pas vraiment de quoi rassurer.

Cécile Djunga, présentatrice de la météo à la RTBF, par le biais d'une vidéo devenue virale, a médiatisé la réalité quotidienne à laquelle sont confrontées des centaines de milliers de belges en raison de leur prétendue "différence". Cette situation est bien connue de nos services qui accueillent de manière récurrente des personnes qui ont à subir le racisme. Nous témoignons tout notre soutien à madame Djunga tout comme nous nous efforçons de soutenir au jour le jour d'autres victimes de cette engeance. À côté de ces personnes racistes qui postent des messages comme ceux que Cécile Djunga a rendu public, il faut aussi déplorer que trop souvent notre société tend à se diviser entre ceux qui subissent le racisme et ceux qui le minimisent.

Il ne s'agit aucunement de culpabiliser tous les individus mais bien de responsabiliser la société dans son ensemble quant au racisme structurel générateur d'une atteinte insupportable au principe d'égalité porté dans la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme. Tout l'enjeu du combat antiraciste est de résorber le gouffre béant entre les principes dont notre démocratie se revendique et leur application pleine et entière dans la réalité. En dehors des affaires qui ont fait l'objet d'une médiatisation récente, nous sommes face à de très nombreux cas de discrimination à l'embauche, au logement ou même à l'enseignement.

Il est urgent de mettre fin à l'inaction du politique en la matière. Zuhal Demir doit enfin se montrer à la hauteur de sa fonction et mettre en place, en concertation avec les acteurs concernés une plan global de lutte contre le racisme digne de ce nom. Ce plan doit comporter des mesures concrètes pour lutter contre les discriminations à tous niveaux (enseignement, travail, logement, ...), renforcer le suivi des plaintes et les condamnations des auteurs de propos et d'actes xénophobes, favoriser l'éducation antiraciste, etc...Si la Secrétaire d'État persiste à ne pas prendre ses responsabilités, nous en appelons au Premier Ministre pour prendre une initiative en la matière. D'autres niveaux de pouvoirs, des entités fédérés aux communes, peuvent également se mobiliser pour faire face à l'urgence. Il n'est pas trop tard mais il est temps !

Carlos Crespo, président du MRAX