Il y a encore du nouveau pour nos amis d'Outre-Quiévrain. Comme dans un film des Nuls, deux personnages moyennement assortis sont en fin de parcours. Mais Elio Di Rupo et Rudi Vervoort ne sont pas Simon Jérémi et Serge Karamazov pour autant: ils ne sont pas à Cannes pour un festival, dont ils espéreraient recevoir un prix, mais à Namur et à Bruxelles dans un gouvernement dont on dit que c'est leur dernier. Et comme Cannes, Namur et Bruxelles s'agitent à leur sujet.
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Il y a encore du nouveau pour nos amis d'Outre-Quiévrain. Comme dans un film des Nuls, deux personnages moyennement assortis sont en fin de parcours. Mais Elio Di Rupo et Rudi Vervoort ne sont pas Simon Jérémi et Serge Karamazov pour autant: ils ne sont pas à Cannes pour un festival, dont ils espéreraient recevoir un prix, mais à Namur et à Bruxelles dans un gouvernement dont on dit que c'est leur dernier. Et comme Cannes, Namur et Bruxelles s'agitent à leur sujet.Mais Rudi Vervoort et Elio Di Rupo exercent-ils vraiment leur dernier mandat exécutif? Le premier, récemment, a dû s'expliquer dans les journaux, qui présentaient son retrait en cours de législature, au profit du bourgmestre de Bruxelles Philippe Close, comme acquis. L'Everois, 62 ans, a même laissé entendre qu'il n'était plus exclu qu'il soit candidat à sa propre succession, alors qu'il s'était engagé, dès 2018, à ne pas poursuivre sa carrière ministérielle au-delà de 2024. Rudi Vervoort avait-il alors bluffé? Non, c'est aujourd'hui qu'il bluffe: les rumeurs sur son départ anticipé minaient une autorité déjà fragile. S'ouvrir ainsi à une prolongation devait moins lui permettre de prolonger que d'un peu étouffer ces dérangeants racontars. A bientôt 70 ans, Elio Di Rupo, lui, bluffe autrement: il ne dit rien, sauf qu'il est "encore très en forme, n'est-ce pas?", et laissera jusqu'au bout ses camarades baigner dans l'incertitude. Comme d'habitude. Nicolas Martin et Paul Magnette, notamment, s'étaient sentis pris en otages sur les marches censées les mener respectivement à l'hôtel de ville de Mons et au boulevard de l'Empereur à Bruxelles. Mais personne, au Parti socialiste, ne doute que les prochains ministres-présidents wallon et bruxellois sortiront de scène en 2024. Le PS n'est pourtant pas le seul à penser à la succession de Rudi Vervoort et Elio Di Rupo. A de plus anciennes époques en effet, la question n'aurait préoccupé que quelques stratèges socialistes, assurés de dominer électoralement et politiquement le système francophone. Mais aujourd'hui, les socialistes sont poursuivis par un tueur à la faucille et au marteau. Le PTB les concurrence vicieusement. Il leur prend des dizaines de milliers d'électeurs sur sa gauche, mais refuse de monter dans des majorités, et donc les force à gouverner au centre. Les élections de 2019 ont été très mauvaises pour le PS, et les sondages qui les ont suivies ne sont pas meilleurs. La première place wallonne, celle qui donne un coupe-file pour l'Elysette, n'est pas encore vraiment menacée. Mais à Bruxelles, où le PS avait dépassé de justesse Ecolo au scrutin régional (c'était l'inverse au scrutin fédéral), la ministre-présidence pourrait échoir en 2024, pour la première fois depuis vingt ans, à un autre parti. Entre des verts eux aussi concurrencés par le tueur à la faucille et au marteau ("Je pense qu'on a affaire à un serial killer", disent les spécialistes) et les rouges, c'est à Bruxelles que la guerre de succession sera la plus tendue. L'écart était très faible en mai 2019 (10 000 voix et deux sièges en faveur du PS) à Bruxelles. C'est donc surtout là que les deux associés vont devoir se distinguer l'un de l'autre... tout en ne pouvant pas avoir trop l'air de vouloir gouverner sans l'autre: toute ouverture déclarée ou alléguée vers le MR ferait repoussoir. A la fois concurrents déclarés et partenaires privilégiés, compétiteurs et coopérateurs, complémentaires et contradictoires, verts et rouges sont dans la capitale coincés dans une relation politiquement toxique. Leurs homologues wallons, eux, chercheront surtout à atteindre ensemble en 2024 ce qu'ils n'ont pu éviter en 2019, quand les refus du CDH, puis du PTB, les avaient forcés à s'associer au MR. C'est ainsi que la succession d'Elio Di Rupo pourrait n'être qu'un combat interne au Parti socialiste, celle de Rudi Vervoort sera une bataille menée sur plusieurs fronts par plusieurs armées.Les potentiels candidats savent que l'impudeur n'est pas populaire. Tous se défendent d'avoir fait d'une ministre-présidence régionale ouverte dans trois ans un objectif. Le bluff des deux ministres-présidents actuels empêche les ambitions successorales de se déclarer. Mais il n'interdit à personne d'y penser. Le fait qu'ait beaucoup circulé l'idée que Rudi Vervoort allait laisser sa place à Philippe Close en 2022 comme Charles Picqué avait cédé la sienne à Rudi Vervoort en 2013 le démontre. Ce scénario était riche de rebondissements locaux et nationaux, trop, sans doute, pour aspirer au réalisme stupéfiant de Red is Dead: Karine Lalieux, ministre fédérale des Pensions, serait-elle alors devenue bourgmestre de Bruxelles? Faouzia Hariche, sa rivale communale, l'aurait-elle accepté? Ahmed Laaouej, chef de groupe à la Chambre et président de la Fédération bruxelloise du PS, aurait-il remplacé Karine Lalieux? Nawal Ben Hamou, secrétaire d'Etat au logement, serait-elle restée dans un gouvernement dont les deux membres socialistes seraient alors issus de la même section, Bruxelles-Ville? Qui aurait pu admettre ces médiocres chaises musicales alors que frappe encore la pandémie? Bientôt pourtant, les plans de bataille devront se déployer, et, chez les socialistes bruxellois, la tête de liste régionale et la sélection des éventuels ministres se joueront entre trois personnalités. Rudi Vervoort lui-même aura un rôle à y disputer, bien sûr. Karine Lalieux également aussi, comme Catherine Moureaux, Fadila Laanan ou Ridouane Chahid. Mais c'est entre Philippe Close, Caroline Désir et Ahmed Laaouej que devrait se disputer la succession de Rudi Vervoort. Philippe Close a ramassé plus de 8 000 voix de préférence aux communales de 2018, dirige la commune la plus en vue de Belgique, et est plutôt apprécié de Paul Magnette, dont il est le vice-président national. Caroline Désir a gagné en notoriété au ministère de l'Enseignement, était déjà bien implantée à Ixelles, et parvient à ne se faire d'ennemis nulle part. Ahmed Laaouej est très populaire dans les derniers bastions de l'électorat socialiste bruxellois, et disposera, à la présidence de la fédération, d'un avantage statutaire pour la confection des listes, quand bien même son président national n'a jamais figuré parmi ses plus insistants soutiens. Chacun des trois pourrait aspirer à mener la liste régionale, voire y être obligé, avec le risque, lourd personnellement, d'être le premier socialiste en vingt ans à n'avoir pas mené son parti à la ministre-présidence. Chez le rival mais néanmoins partenaire écologiste, on se sent toujours plus porté par l'air du temps. Les changements d'habitudes citadines en matière de mobilité, notamment, perceptibles à l'oeil nu, rendent les verts bruxellois plutôt optimistes sur leur potentiel, même si l'électorat régional - sans les résidents des communes à facilités ni les Belges de l'étranger - leur est sociologiquement plus défavorable qu'au PS. Et même s'ils seront à cet échelon concurrencés par leurs frangins de Groen: aux régionales bruxelloises, francophones et néerlandophones se disputent les mêmes électeurs, que le bilan de la ministre de la Mobilité, Elke Van den Brandt, pourrait davantage mobiliser que celui d'Alain Maron ou Barbara Trachte, les deux verts francophones du gouvernement Vervoort. La régionale bruxelloise d'Ecolo devra donc bientôt s'astreindre à une de ces brûlantes réflexions sur les destins individuels qui font sa spécificité. A l'été 2019 d'ailleurs, la candidate ministre proposée par Zakia Khattabi, alors coprésidente, Isabelle Pauthier, avait été battue par la Schaerbeekoise Barbara Trachte lors de l'assemblée générale. Cette dernière intégrait alors le gouvernement avec Alain Maron, alors que celui-ci avait un temps été pressenti pour y figurer... avec Zakia Khattabi, avant qu'elle ne tente, vainement, d'aller siéger à la Cour constitutionnelle. Aujourd'hui ministre fédérale de l'Environnement, elle pourrait aspirer à un retour glorieux sur la scène bruxelloise: après quelques mois d'effacement pendant la procédure de désignation à la Cour, Zakia Khattabi revient, nous dit-on, à une vie partisane plus active. Qu'elle devienne la première ministre-présidente écologiste de la capitale de l'Europe couronnerait celle que Jean-Michel Javaux appelait méchamment "la baronne". Mais Alain Maron, qui a pris de la place et des coups depuis 2019, pourrait ne pas trouver ce retour spécialement arrangeant, et Barbara Trachte, qui a pour l'instant pris moins de coups que son collègue, non plus. Ces rivalités dans la rivalité donnent à la Wallonie une remarquable linéarité. Un parti reste favori, le PS, et l'autre parti de gouvernement susceptible de le dépasser, le MR, dispose, pour le cas où, d'un candidat ministre-président encore assez jeune pour faire l'unanimité, Willy Borsus (59 ans). Et au sein du parti favori, un ministre cumule les faveurs. Le Rochefortois Pierre-Yves Dermagne, vice-Premier fédéral, est le plus proche ami politique de Paul Magnette, et ce tout frais quadragénaire porte depuis de longues années déjà un militantisme régionaliste qui a de quoi inquiéter la fédération liégeoise du PS. Celle-ci vise la ministre- présidence depuis que Jean-Maurice Dehousse l'a quittée en 1985. Jean-Claude Marcourt l'avait espérée en vain en 2009, 2014 et 2019. Frédéric Daerden, nouveau président fédéral liégeois, et Christie Morreale, ministre wallonne de la Santé, y pensent peut-être déjà. Ils seront comme toujours dépendants du choix d'un Hennuyer. Après avoir été trompée tant de fois - "prenez un chewing-gum, Elio!", Liège s'interroge en tout cas. "Ecoutez, laissez la police faire son travail, dès que j'aurai de plus amples informations, croyez bien que vous en serez les premiers informés", lui répond le nouveau patron.