Le député Hendrik Bogaert, tête de liste CD&V pour la Chambre dans la circonscription de Flandre occidentale, a voulu instaurer le lundi comme 'jour du néerlandais' à Bruxelles. Pour ce faire, il a demandé, la semaine dernière, aux Flamands de ne parler, un jour par semaine, que le néerlandais. Pour lui "c'est la manière idéale de montrer aux francophones à quel point les néerlandophones doivent réaliser des efforts et faire des concessions pour s'adapter au contexte bruxellois, francophone".
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Le député Hendrik Bogaert, tête de liste CD&V pour la Chambre dans la circonscription de Flandre occidentale, a voulu instaurer le lundi comme 'jour du néerlandais' à Bruxelles. Pour ce faire, il a demandé, la semaine dernière, aux Flamands de ne parler, un jour par semaine, que le néerlandais. Pour lui "c'est la manière idéale de montrer aux francophones à quel point les néerlandophones doivent réaliser des efforts et faire des concessions pour s'adapter au contexte bruxellois, francophone". Une initiative qui ne va pas connaître un engouement sans précédent. Bogaert va même sembler bien seul quand Bianca Debaets, qui fait pourtant partie du même parti, précise que le choix de la langue à Bruxelles relève d'une question "totalement privée" ou "le politique n'a pas à s'immiscer". Peu soutenue politiquement, l'idée va paraître encore plus saugrenue sur le terrain. Non, Bruxelles n'est pas une ville bilingue Peu soutenue politiquement, l'idée va paraître encore plus saugrenue sur le terrain, bien que personne ne conteste qu'un flamand ne parlant que le néerlandais aura du mal à se débrouiller à Bruxelles. Un journaliste du Standaard, l'a encore testé. Il n'a pu que constater que la plupart des gens rencontrés lors de son périple à travers la ville ne le comprenaient tout simplement pas. Au mieux, on lui rétorquait que "Sorry. We only speak English and French, sir. No Dutch' ou encore un truculent: "Zuidstation? A la feu rouge you go left". Légèrement ironique lorsqu'on songe au fait que notre capitale était encore presque totalement néerlandophone à la fin du 18e siècle. Ce n'est qu'à partir de 1830 que le français est devenu la langue officielle de la justice, de l'administration, de l'armée, de la culture etc. Dans les décennies qui ont suivi, le français s'impose et le néerlandais s'efface. Le dernier recensement linguistique de la capitale date de 1947 et la question est longtemps restée un sujet politiquement tabou. Depuis 2001, le baromètre linguistique (BL) tente néanmoins de dresser une image représentative de la situation linguistique à Bruxelles. Cette enquête se base sur des interviews en face à face d'un échantillon représentatif de 2500 Bruxellois et elle détermine les connaissances linguistiques, l'emploi des langues et l'attitude des habitants de la Région de Bruxelles-Capitale. Le baromètre indique clairement, qu'aujourd'hui, peu de Bruxellois maîtrisent la langue de Vondel et la tendance est même à la baisse. Fin 2018, le dernier baromètre linguistique révèle qu'en 20 ans, la proportion de Bruxellois capables d'avoir une conversation en néerlandais a baissé d'un quart et que seuls 10% des jeunes bruxellois qui ont suivi l'enseignement francophone à Bruxelles parlent un bon ou excellent néerlandais. Si le niveau de néerlandais n'est pas terrible, la langue française n'a pas non plus de quoi pavoiser. Le dernier baromètre révélait que plus de 90% des interviewés parlaient un "bon"français, sauf que cette catégorie avait perdu près de 9% depuis 2001. La vérité, c'est que beaucoup de Bruxellois ne maîtrisent pas non plus parfaitement le français. Pour 50% de la population, ce n'est pas sa langue maternelle et plus de 20% des Bruxellois parlent une autre langue que le français ou le néerlandais à la maison. Enfin, si en 2007, neuf Bruxellois sur dix utilisaient le français pour leurs achats, aujourd'hui ils sont à peine plus qu'un sur deux (55%). A contrario le baromètre précise que l'anglais n'a lui jamais connu de baisse au point de s'imposer comme deuxième langue la plus parlée dans la capitale européenne. On notera que si l'arabe connaît une évolution plus capricieuse, il est lui aussi en baisse. Suite à la mondialisation et l'afflux de nouveaux arrivants venus du monde, "la vraie langue dominante, c'est le multiculturalisme" dit Rudi Janssens, sociologue à la Vrije Universiteit Brussel (VUB). Pour Janssens c'est plutôt une bonne chose. "Cela veut dire que chacun développe son propre répertoire. Une excellente connaissance d'une langue devient moins importante. N'importe qui peut se servir dans n'importe quelle langue. Telle est la nouvelle réalité." De quoi moucher au passage la fameuse arrogance francophone. Désormais, il n'est pas rare qu'on s'excuse lorsqu'on n'est pas capable de s'exprimer en néerlandais. 70% des Bruxellois sont en effet convaincu que le bilinguisme est la base leur identité bruxelloise et 85% d'entre eux trouvent important de connaître le néerlandais. Le directeur de Huis van het Nederlands, Gunther Van Neste, nuance tout de même dans le Standaard et précise que le néerlandais gagnerait même en lettre de noblesse puisqu'en dix ans il a vu augmenter le nombre de ses étudiants qui sont passés ce 12 000 à plus de 18 000. De même que le nombre d'élèves dans l'enseignement néerlandophone à Bruxelles sont passés entre 2000 et 2016 de 33.344 à 44.161. Une des raisons est que le fait de connaître le néerlandais ouvre de nombreuses portes sur le marché du travail. 90% des gens au chômage ne parlent pas le néerlandais, contre un peu moins de 20% pour ceux qui ne parlent pas le français. Plus parlant encore: seul 5% des chômeurs parlent le néerlandais et français et si on est trilingue cela baisse même à 2%. Parmi les gens particulièrement intéressés par le néerlandais, il y a ce qu'on appelle les primoarrivants. Beaucoup ont compris que le néerlandais est atout si l'on veut gravir les échelons. Du coup, les personnes issues de l'immigration parlent plus souvent le néerlandais que les Bruxellois francophones dits de souche. Malgré l'atout indéniable que représente le fait de parler néerlandais à Bruxelles, on ne trouvera cependant plus grand monde pour faire de la langue un combat. Pour la majorité des Bruxellois, habitués qu'ils sont à entendre de nombreuses langues, elle n'est qu'un outil pour se faire comprendre. "Celui qui, pour des raisons idéologiques, voudrait s'affirmer en ne parlant que le néerlandais à Bruxelles risque simplement d'être frustré et de se compliquer bien inutilement la vie". Autant de raisons qui font que la sortie de Bogaert est donc tombée à plat.