Le "professeur" Frank Vandenbroucke ne laisse déjà personne indifférent dans la gestion de la crise sanitaire qui reprend de plus belle. Le ministre socialiste flamand de la Santé a pris une place centrale depuis sa nomination : il incarne la réponse à la deuxième vague aux côtés du Premier ministre, Alexander De Croo. Une rupture avec Maggie De Block, qui l'avait précédé à ce poste, devenue de plus en plus transparente et décrédibilisée au fil du temps.
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Le "professeur" Frank Vandenbroucke ne laisse déjà personne indifférent dans la gestion de la crise sanitaire qui reprend de plus belle. Le ministre socialiste flamand de la Santé a pris une place centrale depuis sa nomination : il incarne la réponse à la deuxième vague aux côtés du Premier ministre, Alexander De Croo. Une rupture avec Maggie De Block, qui l'avait précédé à ce poste, devenue de plus en plus transparente et décrédibilisée au fil du temps. Le ton du nouveau ministre est professoral, semblable par moments à un prêche à la Chaire de vérité. Il est à la fois perçu comme sérieux et ennuyeux. Mais ses mots sont musclés, cassants, comme lorsqu'il évoque un "tsunami" qui risque de déferler sur Bruxelles et la Wallonie. Sa fermeté est certes nécessaire, mais elle n'est pas forcément perçue comme "juste".L'homme ravive aussi d'anciens souvenirs, ceux de l'époque où il incarnait un parti socialiste arrogant et "dogmatique", caractérisé par une gestion assez carrée et, aussi, marquée par les scandales. Les moins jeunes se souviennent certainement de l'affaire Agusta et d'un Frank Vandenbroucke, alors président de parti, confiant qu'il avait brûlé les billets d'un pot-de-vin reçu dans le cadre de ce marché militaire. Depuis, il a traversé le désert, s'est forgé une sérieuse compétence en matière de sécurité sociale à Oxford, est revenu en tant que ministre, puis à la tête d'un groupe d'experts chargé de préparer la réforme des pensions.Frank Vandenbroucke est un moine dans sa vie et sûr de son fait en politique. Dans le récit des coulisses des derniers jours, Le Soir raconte deux moment mémorables qui l'ont opposé au ministre libéral David Clarinval, en charge des PME et des Classes moyennes. Alors que le socialiste flamand plaidait pour une fermeture de l'Horeca et que son collègue MR s'y opposait, la réplique de Vandenbroucke a fusé: "Je suis un professeur d'université!". Un argument typique d'un homme convaincu de sa supériorité intellectuelle. Lors d'une réunion précédente, Frank Vandenbroucke affirme tout de go que "80% des Flamands sont pour la fermeture de l'Horeca", ce à quoi David Clarinval n'a pas manque de rétorquer: "Et si 80% sont pour la peine de mort, vous allez la réintroduire?".Ambiance au sein de la Vivaldi. D'autant que les socialistes francophones Pierre-Yves Dermagne et Elio Di Rupo, ainsi que le vice-Premier Ecolo Georges Gilkinet avaient eux aussi quelques réticences à ce sujet. Le Premier ministre, Alexander De Croo, a tranché pour la fermeture des bars et restaurants: il est vrai que le duo joue gros en matière de crédibilité pour leurs premiers pas au pouvoir fédéral. Tous les ministres se disent désormais "loyaux" suite à cette confrontation, mais elle laissera des traces.Le ministre de la Santé est désormais conspué par le secteur de l'Horeca car ses arguments pour justifier la fermeture seraient assez ténus. Il est question d'un rapport des experts invoquant les précédents... au Japon et en Chine, ainsi qu'une étude du magazine scientifique britannique The Lancet démontrant que les restaurants sont l'un des foyers de contagion. Mais chez nous, rien de convaincant n'est invoqué pour le démontrer et les listes de traçage réalisées par les restaurateurs n'ont même pas été sollicitées. Cette page-là n'est pas encore complètement tournée car la fédération de l'Horeca annonce qu'elle s'opposera à cette décision par "toutes les actions possibles et imaginables" sur le plan légal.A peine revenu au sommet, propulsé immédiatement dans le trio de tête des personnalités les plus populaires, Frank Vandenbroucke risque de retrouver rapidement l'adversité à laquelle il a dû faire face et qu'il a généré avec son dogmatisme hautain par moments. Pas sûr que les libéraux francophones soient désormais de ceux qui auront envie de voler à son secours.