Le monde d'après le coronavirus risque d'être plus polarisé et âpre que celui d'avant. Marqué par un climat sourd qui prévalait avant le confinement forcé, accentué par des incidents qui ont eu lieu durant la crise sanitaire. C'est ce qu'il transparaît en cette ère de déconfinement progressif et qui se cristallise notamment à travers un débat hyper-sensible : les violences de la police ou contre la police.
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Le monde d'après le coronavirus risque d'être plus polarisé et âpre que celui d'avant. Marqué par un climat sourd qui prévalait avant le confinement forcé, accentué par des incidents qui ont eu lieu durant la crise sanitaire. C'est ce qu'il transparaît en cette ère de déconfinement progressif et qui se cristallise notamment à travers un débat hyper-sensible : les violences de la police ou contre la police.Chez nous, le sujet est devenu ultra-polarisé la semaine dernière après une vidéo montrant des policiers à terre, à Anderlecht, faisant visiblement l'objet d'intimidations de la part d'un groupe d'hommes. Les images, diffusées par un syndicat policier (SLFP), ont été relayées dans la presse et reprises par le président du MR, Georges-Louis Bouchez, appelant à la poursuite de ces agresseurs indentifiables et à des sanctions. Un appel largement salué sur les réseaux sociaux.L'information du média ayant relayé le cri syndical, elle, a été mise en doute par une journaliste de la RTBF, Sofia Cotsoglou, sur le mode du scepticisme déontologique : "depuis quand écrit-on un article au départ d'une seule source syndicale" et "les images peuvent dire exactement le contraire". La réplique cinglante du président du MR ne s'est pas faite attendre. Résultats? Un président de parti défendant ave fermeté son "droit à la critique" sur le plateau de la chaîne concurrente, une journaliste (par ailleurs ancienne porte-parole Ecolo) vilipendée sur les réseaux et supprimant son compte, tandis qu'un débat vif avait lieu au sujet des interventions à répétition des politiques contre les médias.Le débat, âpre, est similaire en France. Ce week-end, sur le plateau d'On n'est pas couché, l'artiste Camélia Jordana se lançait dans une longue diatribe contre les violences policières, affirmant que des hommes et des femmes se faisaient "massacrer pour la couleur de leur peau". "Il y a des milliers de personnes qui ne se sentent pas en sécurité face à un flic et j'en fais partie", ponctuait-elle. Réplique du ministre français de l'Intérieur, Christophe Castaner : "Ces propos mensongers et honteux alimentent la haine et la violence. Ils appellent une condamnation sans réserve." Depuis, l'artiste a refusé de s'exprimer dans les médias, mais elle a proposé un débat en direct avec le ministre de l'Intérieur. Un syndicat de policiers a annoncé qu'il porterait plainte contre elle.Là aussi, en France, les réseaux sociaux s'enflamment entre ceux qui soutiennent le hastag #Moiaussijaipeurdevantla police et ceux qui s'affirment #JenesuispasCameliaJordana. Politiquement, le sujet est éminemment sensible alors que La République en marche d'Emmanuel Macron a perdu sa majorité à l'Assemblée nationale et que le Rassemblement national espère tirer profit de la crise. Le tour sur fond de tensions dans les banlieues.Tant en France qu'en Belgique, ces polémiques témoignent d'une polarisation croissante du débat sociétal - et par conséquent de la parole politique qui le porte. Elles s'enracinent dans un climat social déjà préoccupant auparavant, potentiellement amplifié par la crise économique découlant du coronavirus, ainsi que par la perception d'un confinement/déconfinement forcément moins lourd plus les plus natis. C'est aussi l'illustration d'une réalité : une fois la crise sanitaire passée, le vernis d'une certaine forme d'union nationale sautera rapidement. Pour céder la place à des invectives amplifiées... et potentiellement dangereuses.