"Quand il emménage au 16 en 2014, Charles Michel brille par son apparent sang-froid", dit De Standaard. "Tandis que les partis flamands se disputaient entre eux, lui, se profilait comme un leader. Les critiques, qu'elles soient internes ou externes, le laissaient de marbre. Le 'jeune premier ' tout à sa mission s'était posté au-dessus de la mêlée. Mais ça, c'était avant. Aujourd'hui, Charles Michel ne supporte plus les critiques. Il exprime ouvertement ses frustrations et se montre particulièrement mordant."
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"Quand il emménage au 16 en 2014, Charles Michel brille par son apparent sang-froid", dit De Standaard. "Tandis que les partis flamands se disputaient entre eux, lui, se profilait comme un leader. Les critiques, qu'elles soient internes ou externes, le laissaient de marbre. Le 'jeune premier ' tout à sa mission s'était posté au-dessus de la mêlée. Mais ça, c'était avant. Aujourd'hui, Charles Michel ne supporte plus les critiques. Il exprime ouvertement ses frustrations et se montre particulièrement mordant." Dans diverses interviews du week-end, Charles Michel pointe les "spécialistes et pseudo-spécialistes" qui ont dit que son accord était soit trop peu et /ou trop tard. Selon le Premier ministre, ces critiques injustes ne correspondent pas à la réalité. "Ils ont tous tort" dit-il. Dans Le Soir de samedi dernier, Charles Michel est aussi particulièrement piquant et "renvoie les balles" comme le précise encore le quotidien. Au président de la FGTB qui veut lui "pourrir la vie", il répond : "Je m'en tiens aux faits. J'ai reçu les propositions des partenaires sociaux la semaine passée. Et ce que nous avons décidé - je tiens les documents à votre disposition - correspond exactement à cet avis : la formation, le retour à l'emploi, la diversité, la mobilité. Voilà les faits." (...) Je ne veux pas polémiquer avec qui que ce soit, mais je crois que l'on comprend de mieux en mieux que la FGTB, la gauche, défend plus le chômage que les travailleurs et les demandeurs d'emploi." Un peu plus loin dans l'interview, il tape aussi sur son prédécesseur : "sous la précédente législature, il y a 27.000 emplois qui ont purement et simplement disparu dans le secteur privé. En même temps, 37.000 personnes ont été exclues du chômage pour faire des économies dans le budget de l'assurance chômage. Peut-être il y a-t-il eu une forme de sadisme à exclure des chômeurs quand l'emploi baissait. (...) Elio Di Rupo a été très concentré sur le renforcement de la régionalisation du pays. Il a régionalisé des pans entiers pour des milliards d'euros de Sécurité sociale, les allocations familiales, les soins de santé. En clair, il a fragilisé, déforcé la solidarité entre l'ensemble des Belges, car la priorité numéro un, c'était la réforme de l'Etat." Dans les journaux du groupe Sud Presse, il précise encore "Dans cette gauche et gauche extrême, il y a une forme de fatalité, de conservatisme et de pessimisme."Si ces interviews dans des journaux francophones restent encore compassées, les sorties plus acerbes envers la presse flamande sont nettement moins dans les habitudes de Michel précise De Standaard. Depuis mercredi dernier et la lecture des journaux du matin, rien ne semble en effet plus pareil. S'il s'attendait aux critiques francophones, la mise au pilori de son accord estival par la presse flamande l'a autrement touché et pour tout dire plutôt surpris, précise De Tijd. Ce même quotidien a qualifié l'accord politique de "maigre créature". Une critique encore douce par rapport au reste de la presse flamande qui va tirer à boulets rouges. "Qui est chaud pour cet accord ? Un autre accord d'été plein de deals ratés et de finances à finir", dit De Morgen. "On entame l'été avec beaucoup de petits bouts de chandelles" dans De Standaard. Mais c'est peut-être encore Het Laatste Nieuws qui va faire le plus de mal. Il titre: "Ceci n'est pas un accord, le gouvernement fait comme si. Ils en ont désormais l'habitude." De quoi assommer les membres du gouvernement. Le coup fut d'autant plus retors que personne ne l'avait vu venir depuis Val Duchesse. Ils étaient tous sortis de là plutôt souriants et confiants. La surprise s'est vite transformée en colère. Appels téléphoniques colériques, interview supprimée, tweet de recadrage. La rage bouillonnait.Le porte-parole du Premier ministre souligne qu'il ne s'agit pas d'une attaque en règle du Premier ministre, mais plutôt de marquer sa surprise face à la perception que l'on a eue sur cet accord aussi bien du côté du flamand que francophone. "Il n'a pas perdu son calme" martèle-t-il encore. Celui qui l'a rencontré au cours des derniers jours pourrait néanmoins avoir un avis sensiblement différent précise pourtant le quotidien.Il semble effectivement que c'est un sentiment d'injustice face au déni de leur politique qui domine au sein du Kern. "Un sentiment compréhensible lorsqu'on pense que l'on fait 'historiquement' bien son travail. Et d'ailleurs si personne ne le relève, ils le diront eux-mêmes. Et aucun des serviteurs serviles de la rue de Loi ne viendra les contredire, tous ayant perdu le contact avec la rue. Avec pour conséquence que nos excellences continuent à croire qu'elles portent un projet 'historiquement' bien. Comme si vous pouviez revendiquer votre place dans les livres d'histoire en déclamant que vous faites l'histoire. Michel aime se voir comme le nouveau Jean-Luc Dehaene. Mais l'ancien Premier ministre du CD&V a toujours été avec ses deux pieds sur terre. Il a conquis sa place dans les livres de notre histoire nationale en soignant le malade qu'était la Belgique en Europe. Par exemple, il n'a pas guidé notre pays dans la zone euro avec des mots, mais avec des actes." dit encore un De Tijd assassin. Que les médias francophones mettent en avant un autre point de l'accord - la dégressivité des allocations de chômage - conforte encore Michel dans sa conviction que dans le "microcosme" des médias flamands, c'est la négativité qui domine. "Ce constat a vraiment été très destructeur", se remémore une source bien placée. "Charles ne méritait pas ça. Finalement, il dirige un gouvernement impossible, une coalition kamikaze, et il en tire encore beaucoup de choses trouve-t-il. Et que personne ne le relève, cela rend Charles grincheux. Le ton des interviews du week-end est basé sur une sincère indignation: il ne supporte pas qu'on prétende qu'il ne fasse pas bien son travail." précise cette même source. "Toute personne qui réagit avec autant d'obstination à la critique n'a généralement pas de dossier solide", a twitté le politologue Carl Devos. "Lorsque les membres du gouvernement remettent en question l'intégrité ou la compétence de la critique, ils ne doivent plus défendre le fond. En fait, ils feraient mieux de garder leurs explications pour le parlement où houspiller l'opposition ne suffira pas. Les ministres ont l'habitude de se voir comme de valeureux et audacieux politiques qui n'ont pas peur de passer pour des dirigeants impopulaires et qui font ce qui est nécessaire", dit pour sa part le Standaard. "Rétrospectivement, il est remarquable qu'ils arrivent à s'en tirer si longtemps. L'an dernier, Michel et ses comparses avaient été fêter leur accord, lui aussi fait de bout de ficelles, à Tomorrowland." (...) "Voilà ce qui se passe avec une coalition qui est enfermée dans le bunker pour des conseils super ministériels ou des conclaves au château. Elle peut facilement se tromper en pensant qu'elle va bien et dire que toute contradiction est forcément biaisée ou mal informée. S'il s'avère, qu'après vérification des statistiques, les chiffres ne sont effectivement pas exacts, les élections sont déjà loin derrière." conclut le quotidien. Cette réaction outrée doit beaucoup à l'énorme sens de l'honneur du Premier ministre, disent ceux qui le connaissent bien. "Il n'y a rien de mal à cela, mais bien sûr vous prenez du coup beaucoup trop personnellement les critiques. C'est ce qui lui arrive de plus en plus régulièrement. "Sa susceptibilité est encore aiguisée par le fait qu'on laisse entendre depuis des années que le vrai Premier ministre est Bart De Wever. En cela la crise soudanaise a été un tournant selon De Standaard. Depuis lors, à chaque critique de De Wever envers son gouvernement, Michel prend la mouche. Et cela s'applique par extension aux critiques qui viennent de l'extérieur. Des critiques qui résonnent de plus en plus fort du côté du centre droit. "Il sait aussi qu'il n'a pas répondu à toutes les attentes", dit un membre de son parti toujours dans le Standaard. "Mais il continue à penser, et à juste titre, qu'il a un bon projet pour ce pays et qu'il a mené des réformes radicales." "Comme les chiffres prouvent qu'il y a plus d'emplois et que le pouvoir d'achat a augmenté ces dernières années, Michel en est d'autant plus frustré", dit encore une source bien placée au Standaard. "Le Premier ministre considère qu'on le blâme d'avoir fait du travail brouillon, alors que le résultat n'est pas toujours à l'image de la performance. C'est comme les Diables rouges lors de leur match contre la France: ils ont perdu, mais ce n'est pas pour autant qu'ils n'ont pas mal joué. "