Que se passe-t-il au PTB ? Ce parti est-il en train de renouer avec ses vieux démons staliniens et maoïstes ? Ces derniers mois, plusieurs motions de soutien aux musulmans ouïghours, persécutés par les autorités chinoises, ont été adoptées : notamment au parlement européen, au parlement fédéral belge, au parlement wallon, au conseil communal de Molenbeek, de Charleroi... A chaque fois, le PTB a refusé d'approuver ces motions.

Le PTB se tait

L'affaire est tout sauf anodine. Sous prétexte de lutte contre le terrorisme, le régime chinois enferme dans des camps de rééducation des centaines de milliers d'Ouïghours, une minorité du Nord-Ouest de la Chine. Ils sont soumis à des traitements dégradants, des lavages de cerveau et sont contraints au travail forcé, dans les champs de coton. La Chine est également accusée de stériliser sous la contrainte des femmes ouïghours. Contrairement à ce que prétend le PTB, les informations sur les exactions du pouvoir chinois ne sont pas que de sources américaines.

La persécution des musulmans ouïghours est l'une des pires tragédies de ce début de 21eme siècle. Le monde assiste avec effroi à de véritables crimes contre l'humanité sur une large échelle. Mais le PTB se tait. Dans son abondante littérature militante (site Internet, journal 'Solidaire', communiqués de presse...), aucune trace des Ouïghours. Ce peuple n'est jamais nommé. Pratiquement comme s'il n'existait pas. Dans un passé pas si éloigné, le PTB niait le goulag et les crimes de Staline. Aujourd'hui, il nie les exactions du Parti communiste chinois, dirigé d'une main de fer par l'omnipotent président Xi Jinping.

Alliés de la "vraie dictature"

L'Union européenne vient, ce 22 mars, d'imposer des sanctions ciblées - interdiction de visas, gel d'avoirs... - contre quatre dirigeants de la région chinoise du Xinjiang, pour les violations des droits humains concernant la minorité ouïghour. C'est un premier pas important. Mais dans le même temps, les pays européens multiplient les accords commerciaux juteux avec la Chine. Dans l'avenir, il faudra exercer les pressions suffisantes pour que le régime chinois cesse ses pratiques inacceptables.

On ne peut se contenter d'une condamnation morale ou symbolique, il faut pousser les décideurs politiques à envisager des sanctions économiques, seul moyen d'espérer faire plier Pékin. Une mobilisation citoyenne est en cours, notamment en France, avec des groupes de soutien qui sont mis en place dans 250 municipalités. On peut espérer que d'autres pays, et notamment la Belgique, suivent le mouvement. Toutefois, dans notre pays, il semble évident que le PTB sera non seulement réfractaire à appuyer des sanctions économiques à l'égard de la Chine mais se montre même réticent à condamner moralement les exactions commises par le régime chinois. Ils s'autoproclament la "vraie gauche", mais en l'espèce, ils s'érigent surtout en alliés de la "vraie dictature".

Le régime chinois anti-syndical

La complaisance du PTB envers le régime chinois est aussi paradoxale parce que celui-ci piétine une liberté fondamentale, la liberté de la presse. Celle-ci n'existe pas, en Chine communiste. Au classement mondial de la liberté de la presse, établi chaque année par ''Reporters sans Frontières', la Chine se situe en 177eme position sur 180 (la Belgique est 9eme). Le 22 janvier, au Sénat belge, et le 8 février, au parlement wallon, des résolutions ont été approuvées à la quasi unanimité pour demander la libération de la journaliste chinoise Zhang Zhan, condamnée à quatre ans de prison pour avoir diffusé des informations sur les débuts de la pandémie. A chaque fois, le PTB a refusé de défendre la journaliste et s'est abstenu lors du vote. La liberté de la presse est un concept inconnu en Chine et cela ne semble pas gêner le PTB.

Les libertés syndicales n'existent pas davantage en Chine. Seuls sont autorisés "les syndicats des patrons", inféodés au pouvoir communiste. Les militants chinois qui tentent d'organiser un mouvement syndical indépendant sont systématiquement arrêtés pour "atteinte à la sécurité de l'Etat". Le président Xi Jinping a également accentué la répression à Hong Kong, où les syndicalistes peuvent être considérés comme "terroristes" s'ils organisent des manifestations. Le régime chinois est violemment anti-syndical, et cela ne semble pas gêner le PTB.

Supporters du capitalisme "rouge"

Lors de son discours du 1er mai dernier, Raoul Hedebouw, le chef de groupe du PTB à la Chambre, a appelé à en finir avec le capitalisme. Aujourd'hui, on a l'impression que son parti, par action ou omission, ne voit pas de problème à passer pour un club de supporters du capitalisme "rouge" de Pékin, anti-musulman, anti-syndical et muselant la presse. 'Camarades', sur la question ouïghour, il n'est pas trop tard mais il est temps de rectifier votre positionnement ou d'assumer votre compromission.

Signataires :

Malik Ben Achour, Député fédéral PS.

Hassan Bousetta, enseignant et chercheur universitaire à Liège.

Carlos Crespo, essayiste et militant progressiste.

Claude Demelenne, essayiste, auteur de plusieurs cartes blanches sur la "face cachée du PTB".

Véronique Jamoulle, Députée régionale PS.

Simone Susskind, ancienne Députée bruxelloise et Sénatrice fédérale, fondatrice de Actions in the Mediterranean.

Que se passe-t-il au PTB ? Ce parti est-il en train de renouer avec ses vieux démons staliniens et maoïstes ? Ces derniers mois, plusieurs motions de soutien aux musulmans ouïghours, persécutés par les autorités chinoises, ont été adoptées : notamment au parlement européen, au parlement fédéral belge, au parlement wallon, au conseil communal de Molenbeek, de Charleroi... A chaque fois, le PTB a refusé d'approuver ces motions.Le PTB se taitL'affaire est tout sauf anodine. Sous prétexte de lutte contre le terrorisme, le régime chinois enferme dans des camps de rééducation des centaines de milliers d'Ouïghours, une minorité du Nord-Ouest de la Chine. Ils sont soumis à des traitements dégradants, des lavages de cerveau et sont contraints au travail forcé, dans les champs de coton. La Chine est également accusée de stériliser sous la contrainte des femmes ouïghours. Contrairement à ce que prétend le PTB, les informations sur les exactions du pouvoir chinois ne sont pas que de sources américaines.La persécution des musulmans ouïghours est l'une des pires tragédies de ce début de 21eme siècle. Le monde assiste avec effroi à de véritables crimes contre l'humanité sur une large échelle. Mais le PTB se tait. Dans son abondante littérature militante (site Internet, journal 'Solidaire', communiqués de presse...), aucune trace des Ouïghours. Ce peuple n'est jamais nommé. Pratiquement comme s'il n'existait pas. Dans un passé pas si éloigné, le PTB niait le goulag et les crimes de Staline. Aujourd'hui, il nie les exactions du Parti communiste chinois, dirigé d'une main de fer par l'omnipotent président Xi Jinping.Alliés de la "vraie dictature"L'Union européenne vient, ce 22 mars, d'imposer des sanctions ciblées - interdiction de visas, gel d'avoirs... - contre quatre dirigeants de la région chinoise du Xinjiang, pour les violations des droits humains concernant la minorité ouïghour. C'est un premier pas important. Mais dans le même temps, les pays européens multiplient les accords commerciaux juteux avec la Chine. Dans l'avenir, il faudra exercer les pressions suffisantes pour que le régime chinois cesse ses pratiques inacceptables.On ne peut se contenter d'une condamnation morale ou symbolique, il faut pousser les décideurs politiques à envisager des sanctions économiques, seul moyen d'espérer faire plier Pékin. Une mobilisation citoyenne est en cours, notamment en France, avec des groupes de soutien qui sont mis en place dans 250 municipalités. On peut espérer que d'autres pays, et notamment la Belgique, suivent le mouvement. Toutefois, dans notre pays, il semble évident que le PTB sera non seulement réfractaire à appuyer des sanctions économiques à l'égard de la Chine mais se montre même réticent à condamner moralement les exactions commises par le régime chinois. Ils s'autoproclament la "vraie gauche", mais en l'espèce, ils s'érigent surtout en alliés de la "vraie dictature".Le régime chinois anti-syndicalLa complaisance du PTB envers le régime chinois est aussi paradoxale parce que celui-ci piétine une liberté fondamentale, la liberté de la presse. Celle-ci n'existe pas, en Chine communiste. Au classement mondial de la liberté de la presse, établi chaque année par ''Reporters sans Frontières', la Chine se situe en 177eme position sur 180 (la Belgique est 9eme). Le 22 janvier, au Sénat belge, et le 8 février, au parlement wallon, des résolutions ont été approuvées à la quasi unanimité pour demander la libération de la journaliste chinoise Zhang Zhan, condamnée à quatre ans de prison pour avoir diffusé des informations sur les débuts de la pandémie. A chaque fois, le PTB a refusé de défendre la journaliste et s'est abstenu lors du vote. La liberté de la presse est un concept inconnu en Chine et cela ne semble pas gêner le PTB.Les libertés syndicales n'existent pas davantage en Chine. Seuls sont autorisés "les syndicats des patrons", inféodés au pouvoir communiste. Les militants chinois qui tentent d'organiser un mouvement syndical indépendant sont systématiquement arrêtés pour "atteinte à la sécurité de l'Etat". Le président Xi Jinping a également accentué la répression à Hong Kong, où les syndicalistes peuvent être considérés comme "terroristes" s'ils organisent des manifestations. Le régime chinois est violemment anti-syndical, et cela ne semble pas gêner le PTB.Supporters du capitalisme "rouge"Lors de son discours du 1er mai dernier, Raoul Hedebouw, le chef de groupe du PTB à la Chambre, a appelé à en finir avec le capitalisme. Aujourd'hui, on a l'impression que son parti, par action ou omission, ne voit pas de problème à passer pour un club de supporters du capitalisme "rouge" de Pékin, anti-musulman, anti-syndical et muselant la presse. 'Camarades', sur la question ouïghour, il n'est pas trop tard mais il est temps de rectifier votre positionnement ou d'assumer votre compromission.Signataires :Malik Ben Achour, Député fédéral PS.Hassan Bousetta, enseignant et chercheur universitaire à Liège.Carlos Crespo, essayiste et militant progressiste.Claude Demelenne, essayiste, auteur de plusieurs cartes blanches sur la "face cachée du PTB".Véronique Jamoulle, Députée régionale PS.Simone Susskind, ancienne Députée bruxelloise et Sénatrice fédérale, fondatrice de Actions in the Mediterranean.