Le PTB fait donc la politique de la chaise vide en Wallonie. A vrai dire, c'est tout sauf une surprise. Le parti d'extrême gauche refuse de se rendre à la nouvelle invitation du Parti socialiste faute d'avoir un vin suffisamment rouge à table. Forcément. Les troupes de Raoul Hedebouw exigent une rupture totale de modèle socio-économique, à grands coups de déficit public et de gabegie publique, pour promettre gratuité et autres façons de raser gratis. Le tout à grands coups de déclarations chocs pour se profiler davantage. Ce parti porte non seulement une idéologie radicale, il témoigne une nouvelle fois de son irresponsabilité après le premier épisode consécutif aux élections communales. En d'autres termes, ce sera le grand soir ou ce ne sera rien. Ce parti est non seulement radical, il est aussi digne du grand guignol : le Liégeois Hedebouw est peut-être "ultra-sympa", il n'en est pas moins exaspérant à jouer le clown provocateur, cachant le caractère imbuvable de son projet.

Ses sympathisants rétorqueront que le PS l'a piégé, que le PS reste figé aux normes imposées par l'Union européenne, que le PS rêve tout bas de s'allier au MR pour continuer comme avant et ils tomberont en réalité dans le panneau populiste tendu par le PTB. Autant le dire une fois pour toute : à part libérer les énergies négatives ou délivrer un espoir trompeur, voter pour ce parti ne sert à rien. Et à vrai dire, son retrait - s'il se confirme - n'est guère regrettable car il aurait forcé la Wallonie à un virage peu propice pour rencontrer les urgences socio-économiques auxquelles elle doit faire face. Sans compter que ce serait la porte ouverte au confédéralisme prôné par la N-VA. Les opinions exprimées ces derniers jours par le peuple de la gauche et le monde associatif l'oublient.

Le CDH, lui, s'est replié sous sa tente. Trop faible, trop fragile, en chute structurelle depuis des années, le parti humaniste a finalement opté pour l'opposition à la fin de la semaine passée. Cela rompt avec une longue tradition en vertu de laquelle cette formation centriste jouait les pivots, bien utiles pour composer des majorités. Le CDH, et avant lui le PSC, servait généralement de liant et ce choix témoigne d'une évolution inquiétante de la politique : les extrêmes se renforcent, la polarisation devient la norme et la recherche de consensus s'avère de plus en plus périlleuse. Le CDH retrouvera-t-il une raison d'être dans l'opposition ou va-t-il y être anéanti ? Participera-t-il à cette recomposition politique avec le MR, rêvée de longue date par la famille Michel-Deprez ? Finira-t-il par revenir par la petite porte pour servir d'appoint à de grandes majorités responsables pour sauver le pays ? Son nouveau président Maxime Prévot se laisse sans doute le temps de la réflexion. De voir ce qui sortira du grand pow-wow actuel, menacé d'enlisement.

Le retrait conjugué du PTB et du CDH ne laisserait que deux options ouvertes en Wallonie. La première serait une bipartite classique PS-MR, mais les deux grands partis ont perdu les élections et cet attelage serait contre-nature après les invectives de la dernière législature. Il serait facile, dans ce cas, aux radicaux d'affirmer que l'on n'a pas tenu compte du signal des urnes. Comme le dit l'adage, quand les dégoûtés s'en vont, il ne reste plus que ceux considérés comme les dégoûtants. On peut les critiquer autant que l'on veut, mais il faut reconnaître qu'eux, au moins, ne rejettent pas leurs responsabilités. Reste la possibilité d'une tripartite PS-MR-Ecolo dans laquelle les verts pourraient servir de pivot, mais sans être mathématiquement indispensables, ce qui n'est guère confortable. Ne serait-ce toutefois pas là la formule la plus indiquée, à défaut d'être la plus cohérente, pour affronter l'enjeu fédéral ?

Car on ne parle même pas de la situation plus que délicate à l'échelon belge où les exclusives de toutes sortes se sont multipliées. La N-VA ne veut pas du PS et d'Ecolo, pour ne pas parler du PTB, sauf à mettre le confédéralisme sur la table. En retour, le PS et Ecolo ne veulent pas de la N-VA. Plusieurs voix se sont déjà élevées pour pronostiquer un retour aux urnes. Le tout alors que tant les informateurs royaux que les partenaires sociaux appellent à une formation rapide, au vu des urgences socio-économiques et du Brexit version "no deal" qui pourrait faire bien des dégâts. Et l'on ne parle même pas de ce fameux New Deal climatique qui semble pour l'instant si loin...

Pauvre pays, pauvres citoyens : écrira-t-on la nouvelle ambition qu'ils méritent. Pour l'heure, on n'entend que ces mots : courage fuyons...