Ce mardi 10 avril. Palais de justice de Liège, aile Nord, bâtiment D. Il est 9h05. Une bonne trentaine de personnes s'engouffrent dans la salle du tribunal de 1ère instance. Parmi elles, des représentants de la Ligue des droit humains, des journalistes, Cédric Halin, le conseiller communal d'Olne par qui le scandale Publifin a été révélé. La plupart sont venus soutenir les journalistes David Leloup, du Vif/L'Express, et Tom Cochez, d'Apache.be.

Le fonds de pension liégeois Ogeo Fund les a cités en justice, de même que le rédacteur en chef du Vif/L'Express, Thierry Fiorilli, en leur réclamant 500 000 euros de dommages pour le préjudice d'image causé par leurs articles concernant la société anversoise Land Invest Group (LIG), dont Ogeo était actionnaire à 50 % jusqu'en mai 2018. Ces articles mettent en lumière la manière dont Land Invest Project Management (Lipm), filiale à 100 % de LIG, a été utilisée comme porte-monnaie pour régler de nombreuses dépenses privées. Ogeo reproche au Vif et Apache d'avoir écrit que tout cela s'était fait au détriment des liégeois affiliés au fond de pension qui finançait tout l'édifice anversois.

Même si elle n'était destinée qu'à fixer le calendrier de la procédure, la première audience du procès Ogeo-Le Vif-Apache était fort attendue, d'autant que la somme réclamée est énorme. Mais, surprise, après avoir examiné quelques dossiers de non paiement de pensions alimentaire ou de rente viagère, le président du tribunal de Liège se penche sur le dossier "Ogeo-Roularta" (sic) et déclare tout de suite une suspension d'audience. Il revient dix minutes plus tard pour expliquer, non sans montrer quel qu'étonnement, que le dossier n'a pas été inscrit au rôle du tribunal. L'audience n'aura donc pas lieu. Tout ça pour ça ?

Renseignements pris auprès du bureau de huissiers de justice Moreels et Pauwels qui devait normalement inscrire le dossier au rôle, il apparaît que l'avocat d'Ogeo, Olivier Louppe (du bureau CEW & Partners), a envoyé un mail le 5 avril dernier, à 18h37, pour demander à l'huissier de ne pas mettre le dossier au rôle. Les avocats des différentes parties n'ont été informés, eux, que la veille de l'audience, vers 19h00, de ce revirement. Me Louppe leur a signifié, par mail, qu'Ogeo demandait de re-citer l'affaire devant le tribunal de 1ère instance francophone de Bruxelles. De nouvelles citations sont donc attendues. En attendant, plusieurs parties n'étaient pas informées. Le tribunal de Liège surtout n'en savait rien.

Pourquoi changer d'arrondissement judiciaire une semaine après avoir envoyé les citations aux parties ? Pour des raisons pratiques ? Parce que la jurisprudence semble plus favorable à Bruxelles qu'à Liège pour Ogeo ? On sait aussi que l'arriéré est plus important à Bruxelles et que donc le dossier risque de traîner davantage, ce qui maintiendra la pression encore plus longtemps sur les journalistes. Les avocats des autres parties comptaient demander des explications à Me Louppe que nous avons tenté de joindre pour lui poser des questions. En vain. Il n'a pas décroché. Le cabinet CEW & Partners étant en congé, aucune secrétaire n'a pu nous aider. C'est donc un drôle de faux départ pour ce procès inhabituel contre des médias. En sortant du tribunal de Liège, les uns et les autres se demandaient à quel jeu jouait Ogeo...