"Quand je suis revenu dans la maison, j'espérais trouver des choses dans mes armoires, mais je n'avais plus d'armoire. J'ai fait tout le sol de ma cuisine au presse-purée pour retrouver des souvenirs." Ce mardi, bottes aux pieds, Stéphane est venu chercher de quoi dîner dans l'un des centres de ravitaillement. Il a une maison en bord de Vesdre, à Trooz. Ou plutôt, depuis les inondations, un tiers de maison : le garage et les deux annexes ont été balayés par les flots. Dans la partie restante, les châssis ont été arrachés, les colonnes tenant son porche ont presque toutes été emportées.
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"Quand je suis revenu dans la maison, j'espérais trouver des choses dans mes armoires, mais je n'avais plus d'armoire. J'ai fait tout le sol de ma cuisine au presse-purée pour retrouver des souvenirs." Ce mardi, bottes aux pieds, Stéphane est venu chercher de quoi dîner dans l'un des centres de ravitaillement. Il a une maison en bord de Vesdre, à Trooz. Ou plutôt, depuis les inondations, un tiers de maison : le garage et les deux annexes ont été balayés par les flots. Dans la partie restante, les châssis ont été arrachés, les colonnes tenant son porche ont presque toutes été emportées. Ses parents l'accompagnent. Ils ont vécu les inondations avec lui, 38 heures à l'intérieur de la maison. De l'eau partout, à toute vitesse, des vagues gigantesques, une jeep au-dessus de plusieurs mètres de machines, de voitures et de gravas emmenés par les eaux et retenus par le pont juste à côté de la maison: le traumatisme de Francine, la maman, est bien présent. "Si le pont cédait, on savait que ça viendrait directement sur la maison." Des images choquantes et des bruits qui restent gravés. Ceux de l'eau à l'intérieur de la maison, ceux des meubles qui s'entrechoquent, des pans de murs qui s'arrachent. Pour aider les habitants de Trooz à en parler, une aide médicale et psychologique est accessible tous les jours. "C'est seulement là qu'on voit les conséquences des événements, sur les enfants notamment", explique Etienne Vendy, le président du CPAS de Trooz, fatigué mais fier du travail déjà accompli. "Les adultes sont toujours dans une gestion de l'urgence, dans la réaction, dans l'adrénaline de la gestion post-inondation, le traumatisme est présent chez les enfants" complète Pascal Horrion, coordinateur jeunesse à la commune.Depuis le 14 juillet où il "aurait dû regarder les feux d'artifice à la télévision", Stéphane vit chez ses beaux-parents avec sa compagne et leur fils. Une solution temporaire, comme pour beaucoup. Il ne se voit pas retourner chez lui un jour, même après l'intervention des assurances et les réparations. A présent, il se voit "sur les hauteurs, loin de l'eau surtout". Chantal ne se voit plus vivre au bord de l'eau non plus. Pourtant, sa maison de la cité de la Fenderie, cela faisait 45 ans qu'elle y habitait. "Maintenant, alors que je sais que je suis en sécurité, j'ai même peur du bruit de la pluie. Le foyer fléronnais a retrouvé de quoi nous loger mais c'est temporaire. Visiblement on pourrait rénover ces logements, les contrats de bail n'ont pas été cassés." Quand elle revient, elle revoit son voisin d'en face presqu'emporté par la Vesdre, sauvé de justesse par un autre voisin. Son mari fouille les débris à la recherche de ses outils. Equipé d'un diable, il repartira avec ses affaires à pied, l'accès au quartier en voiture étant toujours impossible. Près de 20 jours après les inondations, un accès piéton sécurisé n'est possible que depuis ce lundi. Ce qui n'a pas empêché les pilleurs de passer faire un tour avant. "On a embarqué la guitare de mon voisin d'en face, une vraie guitare de Johnny. On a pris le service de cette voisine-là, elle venait de le nettoyer pour le passage des experts. Ce voisin-là ne veut plus revenir sur place, alors ses filles sont venues pour prendre quelques affaires. Elles avaient trois valises. Le temps qu'elles amènent la première à la voiture, les deux autres étaient parties."Comme celui de Chantal, des dizaines de foyers doivent être relogés. Directement après les inondations, le bourgmestre de Trooz et le président du CPAS ont dû parer au plus pressé. Ils ont réquisitionné le centre de l'Hospitalité à Banneux, un centre normalement réservé aux pèlerins. "Chaque commune doit obligatoirement prévoir des logements d'urgence. A Trooz, on en avait deux, précise Etienne Vendy. Et 250 personnes dans les centres de tri dont une grande majorité en grande précarité qu'il fallait immédiatement reloger." Certaines personnes devaient également être relogées avec leurs animaux. Aujourd'hui, 121 personnes sont encore logées à Banneux. Des logements d'urgence qui ne sont pas prévus pour un long séjour, il n'y a par exemple pas de serrure sur les portes.Des solutions plus temporaires doivent être trouvées. Pas facile dans une commune où l'électricité n'est pas encore rétablie partout et où il n'est pas certain que l'alimentation en gaz puisse être rétablie d'ici la fin de l'automne. "Il y a actuellement des personnes qui ne veulent pas quitter leurs maisons, qui campent. Mais sans chauffage, est-ce qu'elles vont tenir ? Est-ce que le réseau tiendra si elles passent au chauffage électrique toutes en même temps ? Ce sont des questions que l'on a tous les jours." La solution de l'habitat léger est envisagée pour le relogement, sur des terrains communaux ou réquisitionnés. Elle sera discutée avec les commissaires spéciales du gouvernement, avec qui une réunion est prévue jeudi. A Trooz, un cadastre précis des maisons sinistrées a été réalisé, plus de 50% des citoyens ont été directement touchés. Parmi les bâtiments directement touchés, ceux de l'administration communale, et du service des travaux, totalement hors service.Lors de cette réunion, l'augmentation des frais du CPAS sera sans aucun doute aussi sur la table. "Les demandes de revenu d'intégration sociale vont augmenter, on a de nombreuses personnes qui s'en sortaient tout pile qui vont basculer. Les aides sociales au relogement vont également faire exploser notre budget sans oublier tous les besoins humains pour fournir des aides administratives. Les aides des bénévoles sont merveilleuses, mais maintenant l'Etat doit prendre la relève et installer quelque chose de pérenne."Dans les préfabriqués servant de maison communale, installés depuis quelques jours à peine, Joëlle Deglin, échevine en charge de la communication, guide plusieurs jeunes filles. Elles ont été engagées via une agence pour fournir une aide administrative aux sinistrés qui en auraient besoin. Une aide bien nécessaire pour des démarches pas toujours simples à accomplir. Depuis ce mardi, la commune de Trooz est officiellement reconnue comme sinistrée. L'arrêté du gouvernement wallon a été publié au Moniteur belge. Un formulaire "de demande d'aide à la réparation" peut être rempli d'ici le 30 novembre. En attendant l'intervention des assurances, les sinistrés peuvent aussi bénéficier d'une avance de 2500 euros d'aide par ménage. La demande doit être introduite auprès de la commune.A côté de l'aide aux citoyens, des urgences quotidiennes, des routes, du pont qui n'est pas encore réparé, des commerçants directement impactés, l'échevine pense déjà à la rentrée prochaine. A Trooz, trois écoles communales ont été impactées par les inondations. Elles devraient toutes pouvoir ouvrir à la rentrée mais avec combien d'élèves ? Tout comme Stéphane, de nombreux parents envisagent de ne plus revenir après. "Si des habitants de la commune sont relogées dans d'autres communes, ils changeront sûrement leurs enfants d'école. Avec un impact psychologique sur les enfants et un risque de perdre des heures pour nos enseignants." Une conséquence indirecte des inondations comme il n'y en aura sûrement encore beaucoup d'autres.