La Tour Astro, dans la commune de Saint-Josse-ten-Noode, c'est "le plus grand bâtiment public passif d'Europe", s'enorgueillit Gregor Chapelle en menant la visite des lieux. L'attachée de presse d'Actiris nous avait prévenue, le patron de l'organisme en charge de la politique de l'emploi en Région de Bruxelles-Capitale adore "commenter la vue depuis le 30e étage" ; à droite l'Atomium, à gauche la maison de Victor Hugo et en face la tour Saint-Rombaut et son beffroi, à Malines, que l'on entraperçoit "par beau temps". Notre interlocuteur a du mal à détourner son regard de l'horizon, "tout ça" va lui manquer, confie-t-il en tombant le masque. Cet étage n'est pourtant pas celui de son bureau, situé une bonne dizaine de niveaux plus bas car, s'il y a bien une chose que Chapelle ne supporterait pas, ce serait d'incarner le big boss qui caracole en haut de l'organigramme. "Aucune institution n'est meilleure que les individus qui la composent, encore moins son CEO. Je ne suis pas celui "qui sait" ou qui "éclaire le chemin" mais celui qui se met au service de ses équipes." Du coup, il a toujours partagé son bureau et ne cache ni ses opinions personnelles ni ses convictions poli- tiques, à la fois socialistes et écologistes. Encarté PS, il concède s'y trouver à l'étroit sur le plan environnemental, tout en précisant que s'il avait choisi les verts, il ne s'y serait sans doute pas senti mieux. L'engagement? Il est tombé dedans quand il était petit et les causes qui le mobilisent aujourd'hui encore sont le fruit tant de son histoire familiale que de l'endroit où il a vu le jour, soit Lomé, au Togo. Son premier prénom, c'est, dit-il, l'anagramme de celui de son grand-père Georges, mort lors des bombardements alliés en août 1944. Le deuxième, c'est Komlan, qui signifie "celui qui est né un mardi". Dernier d'une fratrie de quatre, alors que son père est coopérant en Afrique, l'enfant comprend très vite que s'il était venu au monde dans la...

La Tour Astro, dans la commune de Saint-Josse-ten-Noode, c'est "le plus grand bâtiment public passif d'Europe", s'enorgueillit Gregor Chapelle en menant la visite des lieux. L'attachée de presse d'Actiris nous avait prévenue, le patron de l'organisme en charge de la politique de l'emploi en Région de Bruxelles-Capitale adore "commenter la vue depuis le 30e étage" ; à droite l'Atomium, à gauche la maison de Victor Hugo et en face la tour Saint-Rombaut et son beffroi, à Malines, que l'on entraperçoit "par beau temps". Notre interlocuteur a du mal à détourner son regard de l'horizon, "tout ça" va lui manquer, confie-t-il en tombant le masque. Cet étage n'est pourtant pas celui de son bureau, situé une bonne dizaine de niveaux plus bas car, s'il y a bien une chose que Chapelle ne supporterait pas, ce serait d'incarner le big boss qui caracole en haut de l'organigramme. "Aucune institution n'est meilleure que les individus qui la composent, encore moins son CEO. Je ne suis pas celui "qui sait" ou qui "éclaire le chemin" mais celui qui se met au service de ses équipes." Du coup, il a toujours partagé son bureau et ne cache ni ses opinions personnelles ni ses convictions poli- tiques, à la fois socialistes et écologistes. Encarté PS, il concède s'y trouver à l'étroit sur le plan environnemental, tout en précisant que s'il avait choisi les verts, il ne s'y serait sans doute pas senti mieux. L'engagement? Il est tombé dedans quand il était petit et les causes qui le mobilisent aujourd'hui encore sont le fruit tant de son histoire familiale que de l'endroit où il a vu le jour, soit Lomé, au Togo. Son premier prénom, c'est, dit-il, l'anagramme de celui de son grand-père Georges, mort lors des bombardements alliés en août 1944. Le deuxième, c'est Komlan, qui signifie "celui qui est né un mardi". Dernier d'une fratrie de quatre, alors que son père est coopérant en Afrique, l'enfant comprend très vite que s'il était venu au monde dans la case d'à côté, sa vie aurait été nettement moins facile: "Je serais Togolais et pauvre." "Pour moi, c'est là que tout commence. L'injustice sociale et les inégalités liées à l'origine m'ont énormément marqué, je ne parviens pas à être heureux si les autres souffrent, c'est une névrose que je soigne par les combats qui sont les miens", expose-t-il en poursuivant le récit de la smala Chapelle, et notamment son retour à Bruxelles. Gregor a alors 5 ans. A l'école, il essaie déjà d'expliquer à ses copains à quel point ils sont privilégiés, ne fût-ce que de recevoir des berlingots de lait ou de chocolat à la récré. Et puis, il y a les grands frères qui participent à des marches parrainées au profit de Solidarnosc et le petit dernier les suit. Il confie y avoir alors pris conscience que même un gamin peut avoir un impact sur le monde, en l'occurrence ici en invitant les adultes à payer ses kilomètres parcourus pour soutenir le syndicat de Lech Walesa. "Dans ma famille, nous sommes tous engagés. Le moins qu'on puisse dire, c'est que nos repas de famille sont très animés." Un milieu anticatholique, pro-environnement, où l'on retrouve aujourd'hui à la table dominicale un frère biologiste et collapsologue, un autre ingénieur en informatique et anti-Gafa, une soeur psychologue qui s'implique dans l'accès à l'enseignement pour tous - "moi je suis le plus modéré", sourit-il. Sans détours, Gregor Chapelle se déclare "agnostique radical, tendance athée et apprenti bouddhiste". Retour aux années 1980. Gregor a 10 ans et son père, juriste de formation et membre du cabinet de Philippe Maystadt, perd son job après la chute du gouvernement. Rien de dramatique a priori, sauf que les crises institutionnelles s'enchaînent et que le chef de famille n'est plus repris dans un cabinet. Plus de salaire à la maison, six personnes à vivre des allocations de chômage et ce qui ne devait durer que quelques mois se transforme en cinq longues années d'inactivité. Avec, en sus, une dépression paternelle carabinée. De cette période, Gregor Chapelle a gardé des souvenirs contrastés: d'un côté le quotidien difficile, de l'autre la solidarité de la société. La file devant le bureau de chômage où il faut pointer, le distributeurs de billets où, parfois, on ne peut plus retirer d'argent et, chaque année à la rentrée des classes, les formulaires où il est demandé à l'élève de mentionner la profession de ses parents. Il ne le sait pas encore mais, bien plus tard, Gregor Chapelle deviendra échevin de l'emploi à Forest et ses fenêtres surplomberont le fameux bureau de pointage où il lui était arrivé d'accompagner son papa. "La stratégie à mettre en oeuvre en matière de recherche d'emploi, c'est à la fois un contre-la-montre pour éviter la déprime et un défi: fournir une offre complète de solutions, qu'il s'agisse de postes, de stages ou de formations." Après une décennie chez Actiris, son CEO se dit très heureux des résultats engrangés, une diminution significative du chômage chez les jeunes à Bruxelles et la mise en place de partenariats impliquant les public, privé et non-marchand, seule stratégie, selon lui, susceptible de présenter une vraie efficacité. Même s'il estime que "tout est politique", la politique n'était pas son ambition première. Gregor Chapelle se rêvait plutôt ambassadeur pour "contribuer à la paix dans le monde", sauf que lors de ses études de droit, il réalise que pour embrasser ce type de carrière, il faut "être diplomate" là où il se qualifie lui-même de "trop cash".A l'université, il découvre le mouvement étudiant, une manière pour lui de prolonger des actions auxquelles il avait déjà participé en rétho, comme Do it for Africa, un biathlon de trois semaines pour rejoindre le Sahara ou planter des arbres au Burkina Faso. Par ailleurs, il crée Oxyjeunes, asbl qui sensibilise des jeunes en difficulté aux actions sociales et environnementales avant de les emmener, en voilier, observer les baleines. C'est donc tout naturellement qu'arrivé à l'UCLouvain, Gregor s'investit corps et âme dans la Fédération des étudiants francophones, qu'il présidera, en militant - avec sa future épouse qui avait présidé la FEF juste avant lui - contre l'inégalité dans l'accès aux études, notamment. En terminant les siennes, Gregor publie Changeurs de monde (éd. Couleur livres, 2002), un plaidoyer qui lui permettra de décrocher une bourse en administration publique à Harvard, financée par un généreux mécène désireux de renforcer les liens entre le Benelux et les Etats-Unis. Lorsqu'il revient à Bruxelles, Elio Di Rupo lui propose une place d'ouverture sur la liste PS aux élections européennes. Il ne sera pas élu mais qu'importe, la voie est désormais tracée. A l'inverse de ce qu'on aurait pu augurer, elle ne le mène pas à l'Institut Emile Vandervelde, le centre d'études du parti socialiste, mais au cabinet de consultance McKinsey. Un choix aux antipodes de sa quête de sens mais vivement encouragé par Di Rupo. Les deux années qu'y passera le futur patron d'Actiris sont plutôt rudes, tellement il ne se sent pas en phase avec ses valeurs "J'appelle ceux qui y travaillent des "idéalistes-capitalistes" ; ils sont très sincères quand ils clament que le capitalisme sauvera le monde et que si les choses vont mal, c'est parce qu'il n'y a pas assez de liberté sur les marchés. Moi j'ai toujours pensé l'inverse, c'est une trop grande liberté des marchés qui détruit le monde." Alors, Gregor Chapelle plie bagage, direction le barreau, pour rejoindre des avocats de gauche et créer ensemble le cabinet du Quartier des libertés. Mais la politique l'appelle et, en parallèle, Chapelle se présente aux communales de 2006 à Forest. Elu, il assume la fonction d'échevin de l'emploi avant de rejoindre Actiris, cinq ans plus tard. A son plus grand bonheur: "fournisseur de solutions pour le secteur public", il l'assure, c'était son truc. Aujourd'hui, ce n'est pas qu'il quitte Actiris, c'est juste qu'il n'a pas souhaité rempiler pour un mandat supplémentaire. Une envie de nouveaux défis, sans aucun doute, mais également une volonté de prendre un peu de distance avec "la politique partisane" et, au passage, de retrouver une certaine liberté. D'ailleurs, il se l'est promis, "pas d'engagement avant septembre". A priori, il aimerait se tourner davantage vers le "vivant", l autre pilier de sa personnalité, un concept qui dépasse l'humain pour englober l'ensemble de ce qui vit sur Terre. Un timing en adéquation avec la crise de la Covid qui "nous a beaucoup appris sur l'inégalité entre les êtres et la protection du vivant, justement". Personnellement, il regrette que les gens soient à ce point ignorants en la matière. "On dépense des sommes folles pour aller sur Mars et démontrer notre puissance, alors que le vivant est si fragile sur notre propre planète. C'est le comble de l'immaturité humaine." Les trois mois qui s'annoncent seront donc totalement dédiés à ses proches et à sa famille, mais aussi à Hippy, une coopérative qu'il a cocréée il y a peu et qui propose d'emmener les enfants à l'école en carriole tirée par des chevaux de trait tous les quinze jours à condition que, le reste du temps, les élèves et leurs parents s'engagent à ne pas s'y rendre en voiture. Pour celles et ceux que le concept enthousiasme: Gregor cherche toujours des contributeurs.