Des mesures ont été prises pour quasiment l'entièreté de la population. "Quasiment", les travailleuses et travailleurs du sexe subissent de plein fouet les effets d'une cessation de travail imposée. Et ne peuvent compter que sur leur propre solidarité.
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Des mesures ont été prises pour quasiment l'entièreté de la population. "Quasiment", les travailleuses et travailleurs du sexe subissent de plein fouet les effets d'une cessation de travail imposée. Et ne peuvent compter que sur leur propre solidarité. Mi-mars, il a été demandé aux travailleurs du sexe du quartier de Bruxelles-Nord de cesser toute activité, tout comme les bars et les restaurants, par la commune de Schaerbeek. À Anvers, les lieux de prostitution du Schipperskwartier ont dû fermer leurs portes jusqu'à nouvel ordre, car leur fonctionnement ne respecte pas le principe de 'social distancing'.L'association Utsopi, l'Union des Travailleu(r)es du Sexe Organisé.e.s pour l'Indépendance, comprend les mesures prises par les autorités et souhaite aussi limiter la propagation du Covid-19, mais craint que les conséquences sur le secteur soient importantes, car il compte énormément de personnes dans des situations précaires : "les personnes les plus précaires sont celles qui ne se sont pas déclarées comme indépendantes ou qui ont un contrat précaire de seulement 13 heures déclarées par semaine. Les mesures prises par le gouvernement ne donnent pas accès aux TDS au chômage technique ou au droit de passerelle. La plupart n'ont pas d'économie. Certaines, notamment dans le quartier nord, ne savent plus s'alimenter et, dès lors, risquent de se remettre à travailler", déplore Maxime Maes, coordinateur d'Utsopi.Face à ce constat, l'association livre depuis 3 semaines des colis alimentaires et d'hygiène : "Nous avons mis en place une cagnotte pour pouvoir fournir des colis alimentaires et d'hygiène." Cependant, l'organisation ne peut pas répondre à toutes les problématiques qui se posent par exemple pour la question des loyers : "on reçoit des appels car les TDS doivent payer leur loyer, mais aucune mesure n'a été prise par le gouvernement concernant le logement et c'est un enjeu majeur qui concerne les travailleurs du sexe comme toutes les personnes précaires. Une cagnotte ne suffira pas dans ce cas. On peut juste essayer de mettre des rustines."Afin de contrer l'isolement et de pouvoir répondre aux demandes des TDS, l'association a mis en place une ligne d'écoute en néerlandais-anglais et en français-anglais. "L'isolement n'est le meilleur ami de personne et peut avoir des effets nocifs sur la santé mentale. C'est pourquoi nous avons mis en place cette ligne d'écoute. Nous avons également créé des groupes et des forums de soutien réservés aux travailleurs de sexe. Nous avons fait de la promotion via nos contacts et nos réseaux sociaux concernant la ligne d'écoute. En ce qui concerne les forums de discussions, nous demandons aux travailleurs du sexe de nous contacter. Nous avons communiqué également avec nos partenaires associatifs. Le bouche-à-oreille fonctionne bien." affirme Maxime Maes."Nos soirées de soutien et permanences mensuelles ont dû être annulées à cause de l'épidémie. On essaye, dans tous les cas, pour les permanences mensuelles de les remettre en place en ligne via Skype, par exemple. Mais nous n'avons pas encore eu le temps.", admet le coordinateur qui déplore le manque d'accès à l'information et à Internet pour de nombreux travailleurs du sexe.Vu la période particulièrement difficile, il est important de garder le contact. Maxime Maes confie : "nous avons déjà perdu le contact avec plusieurs travailleuses du sexe du quartier nord. On espère que certaines personnes sont rentrées chez elles, mais nous avons plus peur pour celles qui ne sont pas ici et qui sont ailleurs. Et "ailleurs", on ne peut pas savoir où c'est." "Le métier pose la question de la traite d'êtres d'humains et les 'bons clients' restent chez eux, ceux qui appellent sont ceux qui volent les TDS, les mecs lourds et les agresseurs", s'inquiète Maxime Maes, en racontant l'histoire d'une travailleuse qui a repris le travail qui s'est fait agresser par un client.Depuis 2015, Utsopi milite pour des droits pour les travailleurs du sexe. La prostitution est tolérée en Belgique, cependant un flou juridique entoure cette question de société. "En raison du manque de clarté de la législation, de nombreuses questions douloureuses font maintenant surface, comme le manque de droits du travail, un statut peu clair ou l'absence de sécurité sociale", dénonce Daan Bauwens d'Utopsi. Selon lui, "au vu la législation actuelle, personne ne sait si les TDS auront droit à une aide. Cette crise du coronavirus met une fois de plus en évidence le fait que le manque de droits sociaux et de réglementation au niveau fédéral est source de chaos pour les TDS".Pour pallier le manque de ressources de certains travailleurs du sexe, "nous souhaitons que les CPAS assouplissent leur règlementation sur le revenu d'intégration auquel les travailleurs du sexe n'ont pas droit, au même titre que le droit de passerelle ou le chômage technique. Il s'agit ici d'une catastrophe sanitaire pour tout le monde", explique Maxime Maes. Pour Utsopi, les chances que la prostitution clandestine se développe sont faibles. "Le secteur du travail du sexe est fortement stigmatisé et la majorité de la population est méfiante. Je suis inquiet qu'on voie les travailleurs du sexe comme les mauvais élèves qui reprennent le travail et qui propagent le virus. Ce serait ne pas montrer la réalité. Si un travailleur du sexe reprend son activité, ce n'est pas par envie, mais, car il n'a plus le choix.", conclut Maxime Maes, le coordinateur de l'association.