L'enjeu : les malabars sur leur base

Bourgmestres de communes de la périphérie montoise depuis si longtemps, et avec un tel succès qu'ils l'incarnent jusqu'à l'outrance, ils ont traversé des moments difficiles à Bruxelles ou Namur, et comptent se refaire une belle santé chez eux. Quitte même à s'y replier. Dans leur municipalité, Carlo Di Antonio (Dour, CDH), Jacqueline Galant (Jurbise, MR) et Eric Thiébaut (Hensies, PS) font campagne tous les jours ou presque. Le premier (53 % en 2012), ministre wallon, y organise un festival de rock and roll et y possède plein de maisons et de magasins. La seconde (68 % en 2012), fille de son prédécesseur et ministre fédérale contrainte à la démission en avril 2016, a fait immatriculer sa voiture " Jurbise ". Le troisième (67 % en 2012) a consacré tous ses vendredis à frapper à toutes les portes de son patelin (près de sept mille habitants, tout de même), à les passer et, autant que possible, à y partager une jatte de café.
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Bourgmestres de communes de la périphérie montoise depuis si longtemps, et avec un tel succès qu'ils l'incarnent jusqu'à l'outrance, ils ont traversé des moments difficiles à Bruxelles ou Namur, et comptent se refaire une belle santé chez eux. Quitte même à s'y replier. Dans leur municipalité, Carlo Di Antonio (Dour, CDH), Jacqueline Galant (Jurbise, MR) et Eric Thiébaut (Hensies, PS) font campagne tous les jours ou presque. Le premier (53 % en 2012), ministre wallon, y organise un festival de rock and roll et y possède plein de maisons et de magasins. La seconde (68 % en 2012), fille de son prédécesseur et ministre fédérale contrainte à la démission en avril 2016, a fait immatriculer sa voiture " Jurbise ". Le troisième (67 % en 2012) a consacré tous ses vendredis à frapper à toutes les portes de son patelin (près de sept mille habitants, tout de même), à les passer et, autant que possible, à y partager une jatte de café. Jacqueline Galant, qui a dû renoncer à sa carrière ministérielle, est parvenue à conserver la présidence de la fédération d'arrondissement MR, malgré la concurrence d'une candidature, celle de Georges-Louis Bouchez, ressentie pas tout à fait à tort comme hostile. Ses bons rapports avec les socialistes montois, miroir d'une hostilité partagée envers le leader de Mons en mieux, et même si à Jurbise socialistes et écologistes sont en cartel contre sa Liste du bourgmestre, lui font espérer rester avec le PS là où le MR y est déjà (Frameries, Colfontaine), voire l'y accompagner là où il n'est pas, comme à Quaregnon où Saint-Ghislain, où le MR fera cavalier seul, contrairement à 2012 où il avait participé à un cartel antisocialiste. Carlo Di Antonio, lui, a tenté de faire émerger des listes de rassemblement citoyen, plutôt hostiles au parti dominant son Borinage, mais avec moyennement de succès : à Saint-Ghislain, la liste Osons ! a perdu le MR officiel, à Quaregnon, il n'est pas parvenu à greffer au CDH local la promotrice de la liste Quaregnon demain, active dans le troc. Et, à Hensies, son CDH fait liste commune avec le PS du Macron des Hauts-Pays : député fédéral, Eric Thiébaut est complètement tranquille. Il a quitté la présidence de la fédération socialiste de Mons-Borinage en 2015 et, très investi sur cette question du décumul qui a déchiré son parti, il a gagné le droit de pouvoir siéger au Parlement et dans son hôtel de ville. Aux prochaines élections générales, en mai 2019, il apportera à son parti ses voix de préférence, avec, pourquoi pas ? , dans l'idée que sa popularité soit enfin récompensée. Jacqueline Galant et Carlo Di Antonio, eux, s'y présenteront avec des ambitions plus limitées. La première aura le choix entre mener la liste régionale et se trouver en bonne place sur la liste fédérale, mais pas plus. Le second, qui devrait mener la liste régionale du CDH, a d'ores et déjà annoncé que s'il n'était plus ministre, il ne siègerait pas à Namur. Un résultat spectaculaire dans sa commune ferait remonter une cote ministérielle que l'on annonce à la baisse... Le socialisme wallon s'y est trouvé une terre d'élection que la longue crise que traverse la social-démocratie européenne a à peine gâtée. Berceau mythique de la Charte du POB, terreau documentaire de Joris Ivens, le Borinage maintient le cap. Dour, certes, est tombée en 2006, conquise par un Carlo Di Antonio que le festival avait rendu populaire. Mais les autres, gérées par des municipalistes dont le poing solide serre ferme à la fois l'appareil militant et l'administration communale, ne sont pas près de laisser de l'espace à l'adversité. Tout au plus tolèrent-ils un allié bien gentil. A Colfontaine, dont le bourgmestre est socialiste depuis... cent vingt-cinq ans, Lucien D'Antonio (51 % en 2012) s'était associé au MR et désire le refaire, face à un rassemblement d'humanistes - dont la tête de liste de 2012 se trouve désormais sur la liste PS... - d'écologistes et de défistes. A Boussu, Jean-Claude Debiève (52 % en 2012), 72 ans, a ouvert, à mi- législature, sa majorité à Ecolo, qui se présente lui-même flanqué de quelques humanistes. A Quaregnon, Jean-Pierre Lepine (65 % en 2012), sera encore en position de choisir. Pour son parti, bien sûr, mais aussi pour lui : il mène la liste provinciale dans le district de Boussu, et la rumeur lui prête des envies de députation. A Saint-Ghislain, Daniel Olivier (54 % en 2012) devrait profiter de la division de l'opposition (voir plus haut). A Frameries, enfin, le député wallon Jean-Marc Dupont (49 % en 2012) ne cumulera plus s'il rempile. Il se verrait bien prolonger une majorité ouverte au MR, mais il sera probablement le socialiste borain soumis à la plus dangereuse concurrence. D'abord, Frameries est l'unique commune de l'arrondissement, avec Mons, où le PTB a déposé une liste. Et ensuite un cartel inédit unit le CDH de Catherine Fonck (7 sièges sur 27 en 2012) aux écologistes de Manu Di Sabato (un seul siège) et à DéFI. C'est Manu Di Sabato, ancien député wallon, qui tire cette liste BE Frameries, que les trois formations ont intronisé en candidat bourgmestre. Le MR, quoique concurrencé par plusieurs petites formations de droite, pourrait être en position d'y décider d'un basculement historique. Les listes citoyennes ont la cote dans ce scrutin communal. Le spleen des partis, moins enclins qu'antan à afficher leur sigle n'y est probablement pas pour rien. Elles ont fleuri partout où la domination d'une seule formation ne leur laissait que cette chance d'exister, très rarement avec l'intention de monter au pouvoir, souvent pour permettre à des militants locaux d'espérer se former en campagne et au conseil communal, toujours pour se doter d'un ancrage local, et donc, presque partout, avec les plus petits partis à la manoeuvre, le déclinant CDH, l'ambitieux DéFI, et le trop citadin Ecolo. Puisqu'elles ne coalisent généralement que les moins grandes formations du territoire communal, leurs chances de réunir une majorité de sièges, dans un arrondissement qui alterne entre bastions borains et fiefs jurbisiens, et entre citadelles des Hauts-Pays et beffroi montois, sont pratiquement nulles. Sous leur vernis citoyen, ces listes seront pour leurs candidats non élus une école de campagne, pour leurs élus un accès à la haute école de mandataire local, et pour les formations qui les parrainent, surtout, la possibilité de mobiliser des personnalités, membres ou pas, qui leur seront utiles plus tard. Notamment en mai, lorsqu'il faudra se trouver des candidats aux élections régionales et fédérales... et des relais, dans les communes concernées, pour battre le pavé d'une campagne cruciale. Au vrai, les seules listes pas spécifiquement partisanes susceptibles d'accéder au pouvoir, hormis le contre-exemple framerisois, sont en fait celles qui sont menées par un bourgmestre sortant, de Dour à Jurbise en passant par Hensies. Le renouveau est en marche, d'accord, mais seulement à pas de député-bourgmestre sortant. Elle est mayeure depuis six ans, et compte bien s'appuyer sur deux ressorts pour prolonger : la traditionnelle prime au sortant, et la classique liste du bourgmestre, repeinte pour l'occasion en rassemblement citoyen. Pourtant, aux sièges des fédérations respectives, les stratèges ont pointé la petite commune frontalière de Quiévrain (6 700 habitants) parmi les rares susceptibles de basculer d'un parti à l'autre. Véronique Damée (MR) avait renversé le socialiste Daniel Dorsimont en 2012 avec sa liste, Changer, ce qu'elle ne voudra pas, cette fois. Les socialistes, à l'époque, avaient fait front commun avec Ecolo, ce qui ne sera pas le cas cette fois. Mais ils comptent récupérer leur dû. Pour ce faire, l'appoint d'un nouveau partenaire pourrait lui être décisif. Unis pour Quiévrain était auparavant baptisé d'un sigle stupéfiant : Liberté, solidarité démocratie. Cette liste inédite est menée par Vincent Coulon, le fils d'un ancien bourgmestre libéral qui était, déjà, en rupture avec le parti que querelle son héritier, par ailleurs conseiller de l'action sociale sortant. Toute la Belgique avait tremblé, ou ri, de cette tragédie locale. En 2012, la bourgmestre Isabelle Galant accédait au mayorat de cette petite commune rurale de 4 500 habitants, aux dépens du sortant, l'ancien socialiste Ghislain Moyart qui se présentait contre une liste PS, mais avec qui Isabelle Galant formait une coalition. Mais en avril 2015, Ghislain Moyart se réconciliait avec son ancien parti, déposait une motion contre celui d'Isabelle Galant, et la renvoyait dans l'opposition municipale. Le putsch eut un retentissement national parce que Lens est voisine de Jurbise, et qu'Isabelle est soeur de Jacqueline. Celle-ci, alors encore ministre, prit la chose à coeur, tentant de sauver le siège sororal, au point que certains socialistes l'accusèrent de menaces. Elle a démenti, mais, dans la famille, on a la rancune tenace, et on compte bien relancer la franchise lensoise. D'autant que dans l'ancienne opposition devenue majorité, anciens socialistes et nouveaux anciens socialistes se chamaillent. L'échevin Bruno Beltrame, élu sur la liste de Ghislain Moyart, a fait sécession et a composé une liste concurrente. Bref, il y aura au total cinq listes à Lens, et il faudra donc négocier. Sauf si Isabelle imite sa soeur, mais pas, cette fois-ci, quand on la force à démissionner : en raflant la majorité absolue ratée d'un siège en 2012.