Entre le 21 juillet, sa fête nationale et ses vacances parlementaires, et la fin août et ses interviews de rentrée, la Belgique, ses dirigeants, sa presse, ses électeurs et ses lecteurs prennent leurs quartiers d'été. Ces chaudes semaines ouvrent un espace pour ceux qui veulent l'occuper, et qui tentent d'en profiter pour mettre leurs préoccupations, et leur visage, à l'agenda médiatico-politique. Parce que " vacances, j'oublie tout ", ça marche peut-être pour vous, mais pas pour nous, Le Vif/L'Express a retrouvé, ces dix dernières années, ceux qui étaient parvenus à se distinguer, le temps d'un été... ou au-delà.
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Entre le 21 juillet, sa fête nationale et ses vacances parlementaires, et la fin août et ses interviews de rentrée, la Belgique, ses dirigeants, sa presse, ses électeurs et ses lecteurs prennent leurs quartiers d'été. Ces chaudes semaines ouvrent un espace pour ceux qui veulent l'occuper, et qui tentent d'en profiter pour mettre leurs préoccupations, et leur visage, à l'agenda médiatico-politique. Parce que " vacances, j'oublie tout ", ça marche peut-être pour vous, mais pas pour nous, Le Vif/L'Express a retrouvé, ces dix dernières années, ceux qui étaient parvenus à se distinguer, le temps d'un été... ou au-delà. Sa prestation du serment constitutionnel, à l'été 1993, alors que toute la Belgique était pourtant en vacances, avait déjà manqué de la plus élémentaire discrétion. Encadrée par des funérailles nationales, suivie par le monde entier, elle n'avait rien, mais rien, de l'habituel ronron estival. Vingt ans plus tard, son abdication et l'intronisation de son fils Philippe aura, elle aussi, été accompagnée de numéros spéciaux de journaux, de défilés patriotiques, de fêtes populaires, de feux d'artifices et même de gros kiss devant une place bondée, le soir d'un bal national qui avait des airs de Saint-Sylvestre en juillet. Il n'était alors que De slimste mens ter wereld. Il lui aura suffi d'un été pour devenir le politique le plus redouté de Wallonie. C'était en 2008 et Bart De Wever survolait le quintal mais pas encore la vie politique belge. Après l'échec de l' orange bleue et la rupture du cartel CD&V/N-VA, l'Anversois, dont l'humour faisait des ravages dans les émissions du Nord du pays, mit à profit un été pour donner le ton en Belgique francophone. Bart De Wever le commença avec les provocations de l' underdog, et le conclut dans la victimisation de la diva. " Les francophones présentent les Flamands comme les Serbes de l'Europe de l'Ouest ", dit-il à Knack, fin juillet, dans une interview largement traduite par la presse francophone. Quelques jours plus tard, à la RTBF, il déclare que " les francophones de Flandre sont des immigrants comme les autres. Ils doivent s'adapter ", et la Belgique politique francophone ne parle déjà plus que de lui. En septembre, la nouvelle star peut alors faire la Une du Vif/L'Express et se plaindre. Une consécration. " Je suis menacé par les belgicains ! " lance-t-il, sans doute fort sincèrement inquiet par cette explosion de violence annoncée. La consécration (si, si). Il dira que ce n'est pas fait exprès, qu'il ne calcule rien. Comme quand, déjà à Anvers mais pas encore au gouvernement fédéral avec la main sur ces problématiques, il multiplie, pendant les étés suivants, le boucan sur des thématiques liées, au début au communautaire, et ensuite, systématiquement, à l'intégration. En été 2012, il proclame encore l'air de rien que " l'Allemand est le Flamand de l'Europe ". Mais en été 2013, bourgmestre d'Anvers qui n'a pas un iota de pensée stratégique, il lance un " speedy pass " très cher pour les étrangers désirant s'inscrire dans sa commune, tandis que sa présidente du CPAS, Liesbeth Homans, estime le racisme " relatif ". En été 2014, sans que cela ne soit rien d'autre qu'une coïncidence, il demande à l'Exécutif des musulmans de Belgique de " se désolidariser " de l'Etat islamique en Irak et au Levant. En été 2016, toujours aussi peu soucieux de son image, il fait de l'interdiction de l'abattage sans étourdissement une question de gouvernement, et se querelle avec le jeune CD&V Youssef Kobo. En été 2017, sans aucune considération d'opportunité, il réclame le licenciement d'un journaliste du Standaard. A l'été 2018, après avoir créé par hasard toutes ces polémiques avec Allah, Dieu Wever se reposa. Il y a eu les sorties de Bart De Wever. Il y a eu le burkini dont, il y a quelques semaines encore, Theo Francken disait que c'était ce dont les Flamands se préoccupaient massivement. Il y a eu Alain Destexhe qui reprochait à la RTBF de n'avoir interviewé qu'une dame voilée un 21 juillet. Il y a eu une échevine bruxelloise qui voulait fermer une librairie islamique. Il y a même eu une polémique interplanétaire sur le sirop de Liège halal. Il y en a peut-être eu un petit peu trop, non ? A l'été 2016, la députée N-VA perce pour la première fois dans la presse francophone : elle propose de mettre fin au régime de double nationalité. Entre-temps entrée au gouvernement fédéral, elle annonce avec fracas l'été suivant avoir entamé une procédure pour se défaire de sa nationalité turque. Devenir ministre, c'est avoir toujours plus de prise sur le réel, donc. Et sans doute aussi sur soi-même. Certains disent que ce ne serait qu'un narratif fabriqué par des observateurs trumpistes affidés au PS, mais il semble que Charles Michel ne soit pas perçu comme le plus autoritaire des Premiers ministres. Son leadership doit en effet souffrir une double contestation, depuis Anvers d'une part, où réside le président du plus grand parti de sa majorité, et en Wallonie, d'autre part, où sa coalition est minoritaire et où, conséquemment, sa popularité stagne. Alors, lorsqu'il s'autorise de vigilantes vacances (souvent écourtées ou interrompues), le Premier ministre veille aussi à cultiver une incertaine stature d'égal des plus grands, fussent-ils en short, ou à moto, ou en costume de bal. C'est ainsi que les lecteurs de la presse francophone, à la suite d'indiscrétions perlant gentiment dans le même journal sur papier saumon, ont pu être avertis des moments partagés par le Premier avec l'actuel président français, ou au mariage d'un ministre de son prédécesseur François Hollande. Ainsi sont les vacances de Charles, égal de Tsipras, ami de Macron, buddy de Trudeau, pas encore patron de De Wever. Catherine Fonck n'exclut pas de briguer la succession de Joëlle Milquet à la présidence du CDH dès juillet 2009. Ce sera Benoît Lutgen. Catherine Fonck n'exclut pas de succéder à Marie-Dominique Simonet au ministère de l'Enseignement en juillet 2013. Ce sera Marie-Martine Schyns. Catherine Fonck exclut presque de succéder à Melchior Wathelet pour quelques semaines comme secrétaire d'Etat dans un gouvernement en affaires courantes en juillet 2014. Ce sera Catherine Fonck. Comme quoi parfois quand on veut pas, on peut. Il tente le coup pour voir de rappeler qu'au programme de son parti figure l'extension du droit de vote aux étrangers pour les élections régionales. Adversaires et observateurs lui tombent dessus implacablement : c'est de l'électoralisme à relents communautaires. Or, à Bruxelles, les étrangers les plus nombreux et les plus actifs politiquement sont français, et ils votent plutôt plus à droite que la moyenne bruxelloise. Close combat le vote PS. Sa famille, la gauche, va mal. Son parti, le PS, se meurt. La double lame des affaires Publifin, puis Samusocial, le couperet de Benoît Lutgen, le 19 juin, les coups de couteau sur le décumul ont haché menu le vieux parti et lacéré la chair présidentielle. Alors, pour reprendre la main et pour reparler de fond, Elio Di Rupo anticipe sa rentrée 2017, et court-circuite le processus du " chantier des idées " censé rénover celles du PS, en sortant un livre " issu de ses réflexions personnelles ", Nouvelles conquêtes. On retrouve dans cette initiative individuelle, en gros, les conclusions réputées collectives auxquelles aboutira, deux mois plus tard, le " chantier des idées " : réduction du temps de travail, impôt sur la fortune, globalisation des revenus, individualisation des droits sociaux, etc. Le tout, bien de gauche mais pas anormalement, lui vaut, à droite, le qualificatif de " communiste ", ce qui lui va comme un honneur inédit, deux ans après le piteux " coeur qui saigne " d'avoir accepté de priver des milliers de jeunes de leurs allocations d'insertion. Mais cette rentrée avancée froisse ceux parmi ses camarades qui voulaient encore infléchir le cours des discussions doctrinales. Et elle est lancée par le fashion faux-pas de l'année politique : un clip vidéo tout droit sorti de l'imaginaire d'un imprésario de boys band des années 1990 qui aurait perdu ses droits à la retraite. Chemise blanche sur fond blanc, Elio Di Rupo y livre les ferments de sa révolte : " son enfance et son adolescence impécunieuses ", écrit-il, au ralenti, à la fois sur un bloc-notes et sur un clavier. Les derniers plans, qui zooment en souriantes oeillades, toujours au ralenti, sous un son de piano poignant, vaudront deux jours de cauchemar aux communicants présidentiels. Elio qui traumatise des chatons, Elio qui minaude avec Shaquille O'Neal, Elio qui essaie de soutenir le regard de fer de Vladimir Poutine : ils les occuperont à ravaler ces larmes nerveuses jetées par la vision des hilarants détournements qui pullulent, ainsi qu'à effacer les innombrables commentaires moqueurs des internautes. Ils passeront aussi la suite de leur carrière à faire oublier ce tube crevé de l'été. Qu'ils se rassurent : même de gauche, la Macarena n'est pas éternelle. En 2008, il rince avec plein d'idées comme ministre communautaire des Sports aux JO de Pékin. Un an plus tard, il régale comme ministre fédéral des Pensions. " Une plaisanterie déplacée ", titre la presse flamande. Il s'épanouit pendant les deux étés 2010 et 2011 d'affaires courantes (elles avaient commencé avec le culte " Alain a joué, Alain a perdu " lancé à Alain Mathot). Mais il ne terminera pas ses seules vacances passées sans ministère, et donc sans sortie médiatico-bachique daerdenmaniaque : il meurt le 5 août 2012, après un double malaise en villégiature. Et toujours en été. En bon disciple de Brassens, qui disait que " sans entraînement, un don n'est rien qu'une sale manie ", le jeune Montois accomplit ses devoirs de vacances avec le besogneux brio des malins assez malins pour savoir qu'être malin ne suffit pas. Depuis son élection comme député wallon à l'automne 2014, en suppléance de Jacqueline Galant, suivie par sa désignation comme délégué général à l'animation du Mouvement réformateur lorsque celle-ci dut revenir au parlement de Wallonie, Georges-Louis Bouchez fait fructifier son capital médiatique. Porte-parole teigneux de son parti et du gouvernement Michel pendant l'année scolaire, il se permet quelques audaces, toujours anodines et pourtant toujours bruyantes, pour cultiver sa réputation d'électron libéral. L'allocation universelle (2015), la fin du vote obligatoire (2016) et la globalisation des revenus (2017) auront ainsi servi à élargir les horizons de Bouchez. La plus récente, dont le conseil du parti de rentrée du 6 septembre ne saura, on le sait déjà, que faire, vise à réprimer davantage la banalisation du régime national-socialiste allemand. L'homme dont le colistier Richard Miller estime que le national-socialisme est une variante du socialisme, dont le Premier ministre compare la Wallonie à la Corée du Nord ou au Venezuela, et qui lui-même compare le bourgmestre de Mons à Recep Tayyip Erdogan, voudrait empêcher que ses opposants traitent de nazi un secrétaire d'Etat qui célèbre la carrière et les anniversaires d'un ancien membre des Jeunesses nationales-socialistes de Flandre, ou un ministre de l'Intérieur qui trouve que les collaborateurs avaient leurs raisons. Audacieux, non ? Qu'importe. Chaque fois, dans les premières semaines d'août, Georges-Louis Bouchez fait parler de lui. Chaque fois, ça énerve les vrais patrons de son parti. Chaque fois, ils sont obligés de se positionner par rapport à ses déclarations, plutôt que d'imposer leur agenda. Chaque fois, ils recalent ses propositions. Chaque fois, elles sont au fond si peu subversives qu'ils ne peuvent y trouver un motif à définitivement le faire taire. Mais ça, comme dirait une autre des inspirations musicales de cet éternel estivant qui passe pour fort en vacances, " serait-ce possible alors ? ". De toute façon, Carla Bruni, c'est surtout son mari qui inspire GLB. " Le Sénat doit mener le débat sur le burkini ", lance courageusement sa présidente en août 2016. On ne l'a pas mené, et on n'en parle plus, ni au Sénat ni autre part ailleurs que sur le compte twitter de Theo Francken. Mais pourquoi la chambre de réflexion de notre royaume fédéral ne s'est-elle pas emparée du débat sur la licéité du sirop de Liège dans le droit musulman ? Peur de briser un tabou de la gauche bien-pensante, ou de mettre à mal l'industrie liégeoise ?