Pour sauver la démocratie, vous misez sur un travail commun entre élus et citoyens...
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Pour sauver la démocratie, vous misez sur un travail commun entre élus et citoyens... John Pitseys : Nous voulons améliorer le fonctionnement des institutions démocratiques en imaginant d'autres formes de délibération. Nous avons créé des commissions mixtes élus-citoyens au sein des assemblées bruxelloises parce qu'elles offrent l'avantage de renouveler la représentation et d'introduire une autre logique que celle de l'élection. Cette première, à l'échelon international, ne résoudra pas le mal à elle seule ; elle fait partie d'une palette de mesures visant à régénérer le système. Magali Plovie : A l'heure où le fossé se creuse entre politiques et citoyens, il nous semblait important de mettre en place ces outils pour entamer un travail en commun. En Irlande, des décisions très ambitieuses ont pu être prises en matière de dépénalisation de l'avortement ou de mariage pour tous, après l'instauration de telles commissions. Les députés irlandais ont avoué qu'ils n'auraient pas osé avancer dans ce sens, de peur d'être sanctionnés lors des élections suivantes. C'est une manière de rendre la démocratie plus audacieuse ? M. P. : Exactement. Cela permet de sortir de l'entre soi et de porter des réflexions nouvelles. Dans le cas de l'Irlande, la presse a d'ailleurs soutenu le mouvement en faisant écho aux débats et en nourrissant la réflexion. J. P. : Ces commissions mixtes présentent l'avantage de désenclaver la décision politique. Premièrement, elles permettent une délibération qui dépasse les enjeux partisans - les partis ont tous leur ligne rouge à ne pas franchir. Deuxièmement, nous espérons qu'elles rendront certains débats plus visibles auprès des citoyens non tirés au sort. Enfin, elles peuvent accroître la diversité des points de vue par leur profil sociologique plus varié que celui des assemblées. Le malaise démocratique est accentué par la difficulté à former des majorités. Ces commissions mixtes sont-elles un remède ? M. P. : Aujourd'hui, chacun vient à la tribune du parlement sans écouter l'autre, parce qu'il faut se positionner. Mais ces commissions devraient ouvrir un vrai dialogue, permettre l'expression d'opinions moins connues et, in fine, la construction de solution communes. J. P. : Attention. On ne peut pas à la fois reprocher aux élus de changer d'avis comme de chemise et de ne pas tenir compte des idées de la partie adverse. Dans un parlement, le principal personnage que l'on ne voit pas, c'est le public : les élus essaient de convaincre que leur point de vue est le bon. C'est normal et légitime. Mais ces commissions mixtes vont induire une autre manière de délibérer. M. P. : Dans un nombre croissant de pays surgissent des régimes autoritaires. Nous choisissons une autre voie : plus de démocratie, et mieux ! Reprendre des idées ou des terminologies d'extrême droite avec l'espoir de contenir sa progression, c'est jouer avec le feu. Parce que, au contraire, ce faisant, on la renforce. J. P. : Le processus décisionnel n'est pas du tout lisible pour les citoyens : ils n'y comprennent rien, ils ne savent pas qui prend les décisions et ce n'est pas parce qu'ils ne veulent pas, mais parce que l'information n'est pas facile à obtenir. Et même s'ils comprennent, ils ont l'impression d'être impuissants. Ces deux sentiments se nourrissent l'un l'autre. Il y a deux possibilités pour sortir de ce cercle vicieux. Soit une personne prend la parole à la place du citoyen et propose des solutions lisibles, simplistes. Nous prenons un autre chemin en faisant le pari de donner du pouvoir aux gens pour clarifier les enjeux politiques. Même si ce n'est pas un pari facile. D'autres outils existent-ils ? M. P. : Je suis très attachée aux budgets participatifs qui commencent à émerger dans les communes. C'est un processus pédagogique que j'aimerais introduire au niveau du parlement. J. P. : Il y a aussi la mise en place des processus de consultation participative sur des enjeux importants, comme les objectifs du plan national climat, par exemple. Ou l'idée de donner directement la parole aux citoyens et de partager le processus de décision via la démocratie directe, que ce soit le référendum ou le droit d'initiative citoyenne. Mais soyons clairs, la démocratie est un modèle social : si les différentes parties de la société ne se parlent pas, si les médias ne sont pas en situation de faire leur travail, si n'importe qui peut se présenter aux élections et dire n'importe quoi, elle restera dysfonctionnelle. Avec ou sans ces instruments.