Les admissions à l'hôpital dans le cadre du coronavirus progressent. Le personnel médical est-il mieux préparé aujourd'hui pour accueillir ces patients ?

Oui. On vient avec une expertise, liée aux connaissances et à l'expérience. Elles se sont fortement améliorées. On a un effet synergique, un double gain, qui fait qu'aujourd'hui, on traite beaucoup mieux ces patients qu'au mois de mars.
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Oui. On vient avec une expertise, liée aux connaissances et à l'expérience. Elles se sont fortement améliorées. On a un effet synergique, un double gain, qui fait qu'aujourd'hui, on traite beaucoup mieux ces patients qu'au mois de mars. Du point de vue de l'admission, au niveau organisation et logistique, on a des circuits beaucoup mieux délimités que lors de la première vague. Mais le traitement de base n'a pas changé, si ce n'est qu'on ne donne plus de chloroquine puisqu'elle n'a pas montré les bénéfices qu'on attendait. Le traitement est surtout symptomatique. Mais il y a des différences dans la prise en charge. Par exemple davantage d'humanité autour du patient et de possibilités de visites. Le seul traitement qui peut être prometteur aujourd'hui, c'est la transfusion de plasma. Il y a d'ailleurs une étude en cours en Belgique pour confirmer ses effets. Le principe est de donner du plasma de convalescent, guéri, qui est rempli d'anticorps contre le virus pour l'empêcher d'entrer dans d'autres cellules. Il n'y a qu'une douzaine d'hôpitaux dans le pays qui l'utilisent car cela reste expérimental. Au-delà de ça, on a fait de très grands progrès. On sait qu'il ne faut pas mettre les patients sous respirateurs trop vite, il vaut mieux essayer de leur permettre de respirer seul le plus longtemps possible. Ils peuvent aussi améliorer l'activité de leurs poumons en restant sur le ventre, et non sur le dos. Lors de leur arrivée aux soins intensifs, on leur administre de la dexaméthasone, qui est un corticoïde (voir encadré). Ce corticoïde, ainsi que l'administration de fluidifiants anti-coagulant qui évite les caillots, sont les armes qu'on utilise actuellement. Combinés, cela nous amène à avoir beaucoup plus de patients qui évoluent favorablement et évite davantage de décès. On espère ne pas revivre la situation de la première vague. On espère encore que les mesures et l'adhésion à celles-ci par la population va permettre d'avoir des vaguelettes plutôt qu'une vague à la hauteur de ce qu'on a connu en mars. Si cela devait être le cas, l'immense majorité des médecins sont prêts à retourner auprès des malades, avec la même détermination. Mais avec un peu plus d'appréhension que la première fois, parce qu'ils connaissant le côté épuisant de ce travail de masse. Ils connaissent les difficultés émotionnelles d'avoir à vivre des décès beaucoup plus rapprochés que d'habitude. On a encore de la marge. Mais par rapport à la première vague, on a tous les autres malades à soigner. Si j'ai 20% de patients Covid et 70% de non-Covid dans mon service je n'ai que 10% de marge. Il ne faut pas de nouveau arrêté toutes les salles d'opération du pays. Il y a un équilibre à avoir. Il faut bien se rendre compte qu'on est partis pour plusieurs mois. Soit on est maximaliste dans la gestion du risque et on est dans la privation de liberté en permanence jusqu'à l'arrivée du vaccin. C'est la manière la plus sûre d'avoir une courbe plate, mais la plus invivable. Soit on fait des petits sprints où il faut faire des efforts supplémentaires, aux moments où ça monte vraiment. La deuxième solution est plus réaliste. On en a tous marre de porter le masque, de la bulle, de ne pas pouvoir aller aux concerts... On est à peine à la moitié du chemin. On ne peut pas en mettre davantage sur le dos des gens et s'attendre à ce qu'ils l'acceptent. La petit marche arrière qui a été faite alors que les chiffres montent un peu est saine en termes de répit pour la population. Il faut que les mesures soient respectées par les gens, pas parce qu'ils ont peur de la répression, mais parce qu'ils sont convaincus que c'est la bonne chose à faire. Cette tâche d'éducation et d'adhésion, elle est encore insuffisante.