En temps normal, en Belgique, quelque 500 000 personnes en moyenne franchissent chaque jour les portes d'une pharmacie. Ces derniers jours, les officines du pays ont enregistré une hausse de près de 50 % de leur fréquentation, d'après les données collectées par l'Association pharmaceutique belge (APB). Les files s'allongent devant certaines d'entre-elles, vu le nombre restreint de personnes acceptées à l'intérieur et le temps plus long que beaucoup y passent. Les pharmaciens doivent à la fois servir et conseiller le client, répondre aux incessants appels téléphoniques, consacrer du temps aux préparations, à la gestion administrative...

En première ligne pour contribuer à endiguer la propagation du Covid-19, ils jouent un rôle essentiel pour éviter les réactions de panique dans la population et les comportements à risque. Mais comment limiter les visites en pharmacie aux cas urgents et nécessaires et persuader les patients de contacter les pharmaciens par téléphone avant de s'y rendre ? De même, comment empêcher des clients de faire des stocks de médicaments, attitude qui risque de provoquer des pénuries ? Les pharmaciens sont-ils suffisamment protégés et staffés ? Les pharmacies, en particulier les 20 % d'entre elles où ne travaille qu'une seule personne, parviendront-elles à faire face sur le long terme à la surcharge de travail ? Que faire si des officines sont contraintes de fermer leurs portes parce qu'un membre du personnel se retrouve contaminé ? Réponses d'Alain Chaspierre, président francophone de l'APB.

Quels échos vous parviennent du terrain, des pharmacies du pays, très sollicitées ces derniers jours?

Les centres d'appels que nous avons ouverts relaient l'inquiétude des pharmaciens. Par leurs contacts directs avec les patients, ils font partie des professionnels de la santé les plus exposés au virus. Ils sont au service de la population, malgré les risques. D'où leur tristesse ou leur déception de constater qu'ils sont si peu cités dans les messages des autorités publiques saluant le travail de ceux qui luttent contre l'épidémie. Les pharmaciens sont aussi confrontés à une surcharge de travail : ils répondent gratuitement aux questions des patients, exercent leur rôle essentiel d'orientation et de conseil... Aujourd'hui, près de 750 000 personnes entrent quotidiennement dans une pharmacie, contre 500 000 en temps normal. Certains pharmaciens sont sur les genoux. Il y a des signaux de fatigue et de découragement, mais aucun message d'abandon. Les pharmacies assument, on s'en rend compte plus que jamais, un rôle de service public, et cela va bien sûr continuer : elles resteront ouvertes malgré les mesures de confinement. Depuis le début de cette crise sanitaire, elles apparaissent aux yeux du plus grand nombre comme un maillon essentiel de la chaîne de soins. Sans vouloir ouvrir ici une polémique, je dirais tout de même qu'une bonne répartition des pharmacies à travers le pays s'avère être une garantie d'accessibilité pour le public.

Qu'est-ce qui tracasse surtout les pharmaciens?

Ils s'interrogent sur les moyens de mieux protéger leurs clients et de mieux se protéger eux-mêmes. Comme les médecins ne sont, dans bien des cas, plus accessibles que par téléphone, les patients se tournent vers les pharmaciens pour solliciter des conseils de vive voix. Dans un premier temps, ils ont dû faire face à un afflux de clients à l'intérieur même de leur officine, ce qui n'était vraiment pas optimal dans un contexte de pandémie. Cela se passe mieux à présent, puisqu'un nombre très restreint de patients y sont admis simultanément. De plus, la situation devrait se normaliser avec les mesures de confinement. Mais les pharmaciens déplorent le comportement de nombreuses personnes qui font des stocks de médicaments, au risque de provoquer des pénuries. Ils accumulent abusivement du paracétamol, des désinfectants, des pastilles pour la toux et la gorge. Les pharmaciens ont aussi des questions sur la disponibilité d'alcool pur pour la fabrication de gel hydro-alcoolique. Ils s'inquiètent aussi d'une éventuelle pénurie de Plaquenil, nom commercial de l'hydroxychoroquine, traitement destiné aux personnes qui souffrent de polyarthrite rhumatoïde ou de lupus érythémateux, mais qui serait aussi prometteur auprès de patients atteint du Covid-19.

Que demandez-vous surtout aux patients qui présentent des symptômes d'infection respiratoire, toux, maux de gorge, éternuements ou fièvre?

De ne surtout pas se rendre en pharmacie ! Ils doivent d'abord téléphoner à leur médecin généraliste pour qu'il pose un diagnostic. Ils peuvent ensuite prendre contact avec leur pharmacien pour définir avec lui les modalités de remise d'un médicament : un voisin ou un proche en bonne santé peut venir le chercher, ou alors il y aura une livraison à domicile. Il y a aussi, pour les personnes très légèrement affectées, l'accès au guichet de garde de la pharmacie, mais ce n'est plus forcément une bonne solution vu les mesures de confinement. Pour les clients qui n'ont aucun symptôme, les pharmacies restent accessibles, mais les boulons ont été resserrés : maximum un client à la fois par personne au comptoir, lignes au sol pour garantir une distance de sécurité, payement avec les moyens électroniques et non plus en argent liquide, interdiction de se servir soi-même dans les présentoirs. A cela s'ajoutent les mesures de protection prises par les pharmaciens : plexiglas de séparation posé sur le comptoir, désinfection régulière des locaux et des claviers de paiement électronique... Autres recommandations : ne donner des médicaments qu'aux personnes qui en ont un réel besoin et ne délivrer qu'une seule boîte par famille pour éviter le risque de pénurie. A cet égard, nous travaillons en bonne intelligence avec les médecins, notamment au sein de notre asbl commune, la Concertation médico-pharmaceutique.

Que va-t-il se passer si des membres des équipes officinales présentent des symptômes d'infection?

Le pharmacien ne peut en aucun cas devenir un vecteur de contamination. Notre groupe de travail analyse chaque jour la situation dans les officines. Si un pharmacien ou un membre de son équipe présente des symptômes d'infection, il doit être écarté et la pharmacie devra fermer ses portes. Ce n'est pas le cas aujourd'hui en Belgique, mais il y a déjà de telles situations à l'étranger. Pour soulager les pharmacies de garde, il est prévu dans certaines régions du pays où la pression est forte d'allonger la période d'ouverture des pharmacies jusqu'à 22 heures, au lieu de 18h30 ou 19h. Le secteur fait preuve de souplesse. Si les autorités politiques et sanitaires prennent des mesures de confinement encore plus drastiques face à la pandémie, il faudra peut-être délivrer les médicaments uniquement sur rendez-vous.

En temps normal, en Belgique, quelque 500 000 personnes en moyenne franchissent chaque jour les portes d'une pharmacie. Ces derniers jours, les officines du pays ont enregistré une hausse de près de 50 % de leur fréquentation, d'après les données collectées par l'Association pharmaceutique belge (APB). Les files s'allongent devant certaines d'entre-elles, vu le nombre restreint de personnes acceptées à l'intérieur et le temps plus long que beaucoup y passent. Les pharmaciens doivent à la fois servir et conseiller le client, répondre aux incessants appels téléphoniques, consacrer du temps aux préparations, à la gestion administrative...En première ligne pour contribuer à endiguer la propagation du Covid-19, ils jouent un rôle essentiel pour éviter les réactions de panique dans la population et les comportements à risque. Mais comment limiter les visites en pharmacie aux cas urgents et nécessaires et persuader les patients de contacter les pharmaciens par téléphone avant de s'y rendre ? De même, comment empêcher des clients de faire des stocks de médicaments, attitude qui risque de provoquer des pénuries ? Les pharmaciens sont-ils suffisamment protégés et staffés ? Les pharmacies, en particulier les 20 % d'entre elles où ne travaille qu'une seule personne, parviendront-elles à faire face sur le long terme à la surcharge de travail ? Que faire si des officines sont contraintes de fermer leurs portes parce qu'un membre du personnel se retrouve contaminé ? Réponses d'Alain Chaspierre, président francophone de l'APB.Quels échos vous parviennent du terrain, des pharmacies du pays, très sollicitées ces derniers jours?Les centres d'appels que nous avons ouverts relaient l'inquiétude des pharmaciens. Par leurs contacts directs avec les patients, ils font partie des professionnels de la santé les plus exposés au virus. Ils sont au service de la population, malgré les risques. D'où leur tristesse ou leur déception de constater qu'ils sont si peu cités dans les messages des autorités publiques saluant le travail de ceux qui luttent contre l'épidémie. Les pharmaciens sont aussi confrontés à une surcharge de travail : ils répondent gratuitement aux questions des patients, exercent leur rôle essentiel d'orientation et de conseil... Aujourd'hui, près de 750 000 personnes entrent quotidiennement dans une pharmacie, contre 500 000 en temps normal. Certains pharmaciens sont sur les genoux. Il y a des signaux de fatigue et de découragement, mais aucun message d'abandon. Les pharmacies assument, on s'en rend compte plus que jamais, un rôle de service public, et cela va bien sûr continuer : elles resteront ouvertes malgré les mesures de confinement. Depuis le début de cette crise sanitaire, elles apparaissent aux yeux du plus grand nombre comme un maillon essentiel de la chaîne de soins. Sans vouloir ouvrir ici une polémique, je dirais tout de même qu'une bonne répartition des pharmacies à travers le pays s'avère être une garantie d'accessibilité pour le public.Qu'est-ce qui tracasse surtout les pharmaciens? Ils s'interrogent sur les moyens de mieux protéger leurs clients et de mieux se protéger eux-mêmes. Comme les médecins ne sont, dans bien des cas, plus accessibles que par téléphone, les patients se tournent vers les pharmaciens pour solliciter des conseils de vive voix. Dans un premier temps, ils ont dû faire face à un afflux de clients à l'intérieur même de leur officine, ce qui n'était vraiment pas optimal dans un contexte de pandémie. Cela se passe mieux à présent, puisqu'un nombre très restreint de patients y sont admis simultanément. De plus, la situation devrait se normaliser avec les mesures de confinement. Mais les pharmaciens déplorent le comportement de nombreuses personnes qui font des stocks de médicaments, au risque de provoquer des pénuries. Ils accumulent abusivement du paracétamol, des désinfectants, des pastilles pour la toux et la gorge. Les pharmaciens ont aussi des questions sur la disponibilité d'alcool pur pour la fabrication de gel hydro-alcoolique. Ils s'inquiètent aussi d'une éventuelle pénurie de Plaquenil, nom commercial de l'hydroxychoroquine, traitement destiné aux personnes qui souffrent de polyarthrite rhumatoïde ou de lupus érythémateux, mais qui serait aussi prometteur auprès de patients atteint du Covid-19.Que demandez-vous surtout aux patients qui présentent des symptômes d'infection respiratoire, toux, maux de gorge, éternuements ou fièvre?De ne surtout pas se rendre en pharmacie ! Ils doivent d'abord téléphoner à leur médecin généraliste pour qu'il pose un diagnostic. Ils peuvent ensuite prendre contact avec leur pharmacien pour définir avec lui les modalités de remise d'un médicament : un voisin ou un proche en bonne santé peut venir le chercher, ou alors il y aura une livraison à domicile. Il y a aussi, pour les personnes très légèrement affectées, l'accès au guichet de garde de la pharmacie, mais ce n'est plus forcément une bonne solution vu les mesures de confinement. Pour les clients qui n'ont aucun symptôme, les pharmacies restent accessibles, mais les boulons ont été resserrés : maximum un client à la fois par personne au comptoir, lignes au sol pour garantir une distance de sécurité, payement avec les moyens électroniques et non plus en argent liquide, interdiction de se servir soi-même dans les présentoirs. A cela s'ajoutent les mesures de protection prises par les pharmaciens : plexiglas de séparation posé sur le comptoir, désinfection régulière des locaux et des claviers de paiement électronique... Autres recommandations : ne donner des médicaments qu'aux personnes qui en ont un réel besoin et ne délivrer qu'une seule boîte par famille pour éviter le risque de pénurie. A cet égard, nous travaillons en bonne intelligence avec les médecins, notamment au sein de notre asbl commune, la Concertation médico-pharmaceutique.Que va-t-il se passer si des membres des équipes officinales présentent des symptômes d'infection?Le pharmacien ne peut en aucun cas devenir un vecteur de contamination. Notre groupe de travail analyse chaque jour la situation dans les officines. Si un pharmacien ou un membre de son équipe présente des symptômes d'infection, il doit être écarté et la pharmacie devra fermer ses portes. Ce n'est pas le cas aujourd'hui en Belgique, mais il y a déjà de telles situations à l'étranger. Pour soulager les pharmacies de garde, il est prévu dans certaines régions du pays où la pression est forte d'allonger la période d'ouverture des pharmacies jusqu'à 22 heures, au lieu de 18h30 ou 19h. Le secteur fait preuve de souplesse. Si les autorités politiques et sanitaires prennent des mesures de confinement encore plus drastiques face à la pandémie, il faudra peut-être délivrer les médicaments uniquement sur rendez-vous.