Les personnes transgenres semblent vivre plus ouvertement qu'il y a dix ans. C'est le constat de l'étude "Être une personne transgenre en Belgique : dix ans plus tard", publiée par l'Institut pour l'égalité des femmes et des hommes et le Point d'Information Transgenre (UZ-Gent) en 2018. Mais si l'étude souligne plusieurs avancées, notamment législatives, la situation juridique et sociale des personnes transgenres en Belgique est loin d'être idéale.

"En 2017, elles étaient plus nombreuses à vivre selon l'identité de genre ressentie, 70% des répondant·e·s contre 50% en 2007", explique l'Institut pour l'égalité des femmes et des hommes dans un communiqué publié à l'occasion de la Journée mondiale contre l'homophobie et la transphobie. Mais la méconnaissance mène encore aujourd'hui à des discriminations, ressenties au quotidien.

Méconnaissance et discrimination

Leur bien-être et les situations auxquelles les personnes transgenres sont confrontées dans leur quotidien sont encore préoccupantes aujourd'hui : "l'égalité théorique des droits constitue une première étape, mais elle ne garantit pas une société libre de toute discrimination. Les personnes transgenres sont bien plus visibles qu'il y a dix ans, mais elles restent vulnérables face à l'incompréhension et à la haine. Elles sont régulièrement discriminées sur la base de leur identité ou expression de genre", déclarait Michel Pasteel, directeur de l'Institut pour l'égalité des femmes et des hommes, lors de la sortie de ce bilan.

La discrimination touche tous les domaines de la vie quotidienne, comme le travail, l'école, le sport, mais aussi sur Internet. "Elles sont régulièrement appelées par un mauvais prénom, parfois de façon délibérée, confrontées à des questions déplacées, jugées et critiquées pour leur apparence, leurs idées ou leurs comportements." Le taux de chômage en 2017, comme en 2007, restait très élevé chez les personnes transgenres (11%) par rapport aux chiffres de la moyenne belge. Les personnes transgenres rapportent également des expériences où elles ont été orientées vers un mauvais département à l'hôpital ou ont eu des expériences négatives dans les soins de santé.

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Les cas d'harcèlement et de violence se font plus rares, mais ne sont pas pour autant inexistants. Près de la moitié personnes sondées n'osent pas se rendre dans certains endroits, de peur d'être agressé, ou évitent d'exprimer leur identité de genre par l'habillement ou l'apparence. "Notre société doit évoluer vers une société où les stéréotypes et les préjugés n'ont plus de poids sur ce que chacun·e doit ou devrait être. Cette ouverture est essentielle à une société du vivre-ensemble où le respect et l'inclusion primeraient sur la discrimination et la violence" indique Michel Pasteel.

Que prévoit la loi belge ?

Le cadre législatif ne suffit pas à prévenir les discriminations, regrette l'Institut, qui demande davantage de moyens pour instaurer une véritable politique de prévention. Cela doit se faire dans les différents cercles de vie des personnes transgenres, du travail à la famille en passant par les soins de santé. La famille représente souvent un obstacle mais est également un facteur de soutien important pour affronter les expériences négatives au quotidien. Cependant, le soutien de la famille est souvent précaire, et tout le monde ne peut pas compter dessus.

Grâce à la nouvelle loi, entrée en vigueur le 1er janvier 2018, les personnes transgenres ne doivent plus subir des interventions médicales pour faire modifier leur enregistrement du sexe (le M ou le F) sur leur acte de naissance. "Avant la loi, les conditions étaient très strictes et constituaient une violation des droits humains, les personnes transgenres étaient forcées de subir des interventions médicales, entre autres de la chirurgie et une stérilisation obligatoire. Elles devaient également disposer d'un avis d'un psychiatre attestant le besoin de modifier l'enregistrement du sexe. Etre transgenre n'est pas une maladie, tout le monde ne nait pas avec le sexe qui correspond à son identité de genre, et plus largement tout le monde ne se reconnait pas dans le fait d'être soit un homme soit une femme", nous précise l'Institut pour l'égalité des femmes et des hommes. En 2018, 727 personnes ont modifié leur enregistrement officiel de sexe suite à la nouvelle loi.

L'adoption de la nouvelle loi a replacé la Belgique dans les bons élèves de l'Union européenne. Les critères "identité de genre" et "expression de genre" ont notamment été ajoutés à la liste des critères protégés contre la discrimination. Une modification nécessaire puisque la transidentité peut prendre diverses formes.