Ces dernières attendent depuis bientôt neuf ans que l'homme d'Eglise soit confronté juridiquement à ses actes. Depuis ses effarants aveux en 2011 face aux caméras de VT4, Roger Vangheluwe était resté discret, à la demande du Vatican. Son témoignage télé, lors duquel il avait admis et minimisé les abus sexuels infligés durant des années à deux de ses neveux, avaient provoqué une onde de choc et mené à des perquisitions dans les sièges des principaux diocèses du nord du pays. Aujourd'hui, alors que la dénommée opération Calice semble patauger, Roger Vangheluwe nie toujours les autres faits qui lui sont incriminés et contre-attaque en s'en prenant frontalement à ceux qui l'accusent.

Admettre des attouchements sexuels sur ses neveux tout en contestant d'autres faits de moeurs peut surprendre. C'est peut-être pour tenter d'y voir plus clair que Kwinten Van Heden a écrit la pièce intitulée CruX. Dans ce monologue, l'acteur flamand se met tour à tour dans la peau de l'ancien évêque de Bruges, dans celle de l'un de ses neveux, ainsi que dans celle du cardinal Danneels, qui avait à l'époque cherché à calmer les esprits après avoir tenté d'étouffer l'affaire. L'oeuvre théâtrale n'aurait pas pour but de pointer un doigt moralisateur, mais bien de " chercher l'humanité dans le débat " pour essayer de " comprendre l'incompréhensible ". L'exercice est pour le moins périlleux. Il semble toutefois parvenir à briser l'omerta et à convaincre les spectateurs, jusqu'ici invités à assister aux représentations dans des chapelles, des écoles ou des cafés. L'an prochain, CruX entamera une tournée dans les théâtres, mais l'un d'eux a déjà refusé d'accueillir le spectacle. Alors que la pièce était programmée sur les planches du Tinnenpot durant les Fêtes de Gand, l'établissement a décidé de faire marche arrière. Une annulation qui, aux yeux de Kwinten Van Heden, " prouve justement qu'il est plus que jamais nécessaire d'aborder davantage le sujet ".

L'an prochain, CruX entamera une tournée, mais un théâtre a déjà refusé d'accueillir le spectacle.

Si son impact restera sans doute limité, la pièce de l'acteur flamand a le mérite de ne pas laisser cette sombre affaire tomber dans l'oubli. Alors qu'en France, le cardinal Philippe Barbarin vient d'être condamné à six mois de prison avec sursis pour non-dénonciation d'abus sexuels sur mineur, l'ancien évêque de Bruges pourrait bien, à terme, bénéficier d'une extinction de l'action publique, alors même qu'il a avoué certains faits. Malgré le signal fort du Vatican qui, mi-février dernier, a décidé de défroquer l'ex-cardinal américain Theodore McCarrick, rien ne semble indiquer que le pape François fera de même avec Roger Vangheluwe, en dépit des demandes de sanction émises par certains évêques belges. Jusqu'à nouvel ordre, le principal intéressé garde donc son statut de prêtre et mène une vie retirée à l'étranger, en attendant, sans doute, de pouvoir à son tour se dire que " grâce à Dieu ", les faits sont prescrits.