L'année en cours ne ressemble pas à une fin de règne pour Patrick Lefevere. La preuve par la victoire de Kasper Asgreen au Tour des Flandres, le dimanche 4 avril, et l'enchaînement imminent de l'Amstel Gold Race (18 avril), la Flèche wallonne (21 avril) et Liège-Bastogne-Liège (25 avril), en attendant Paris-Roubaix (reporté à octobre), toutes courses où son armada devrait enrichir un tableau de chasse déjà somptueux. Et puis, Remco Evenepoel, le plus grand espoir belge, vient de signer pour cinq saisons supplémentaires sous la garde du vieux loup. Qui est bel et bien toujours le plus fort.
...

L'année en cours ne ressemble pas à une fin de règne pour Patrick Lefevere. La preuve par la victoire de Kasper Asgreen au Tour des Flandres, le dimanche 4 avril, et l'enchaînement imminent de l'Amstel Gold Race (18 avril), la Flèche wallonne (21 avril) et Liège-Bastogne-Liège (25 avril), en attendant Paris-Roubaix (reporté à octobre), toutes courses où son armada devrait enrichir un tableau de chasse déjà somptueux. Et puis, Remco Evenepoel, le plus grand espoir belge, vient de signer pour cinq saisons supplémentaires sous la garde du vieux loup. Qui est bel et bien toujours le plus fort. Il vient de loin, pourtant. Né à Moorslede, en Flandre-Occidentale, il suit l'enseignement dispensé au séminaire de Roulers, célèbre pour avoir accueilli les grand poètes flamands Guido Gezelle et Albrecht Rodenbach, notamment. A 16 ans, il envoie au diable l'encens, le crucifix et les soutanes pour ne plus jurer que par l'embrocation, le pédalier et les cuissards. Suivent quatre maigres saisons comme coureur professionnel. A 24 ans, il devient comptable de l'équipe Marc Zeep Savon - Superia, pour laquelle il courait, puis son directeur sportif adjoint. L'ascenseur pour la gloire lui a ouvert ses portes: au fil des années, Patrick Lefevere coache Herman Van Springel, Lucien Van Impe, Patrick Sercu, Mario Cipollini, Andrei Tchmil, Franco Ballerini, Johan Museeuw, Abraham Olano, Tony Rominger, Frank Vandenbroucke, Gianni Bugno, Paolo Bettini, Michele Bartoli, Richard Virenque, Tom Boonen, Julian Alaphilippe, Philippe Gilbert... Avec ses troupes, il gagne toutes les classiques, dont douze Tours des Flandres et dix Paris-Roubaix, les championnats nationaux et mondiaux, les JO, des étapes à tous les grands et moyens tours, et leur classement final. Sauf, jusqu'ici, celui du Tour de France. Bref, c'est l'autre Cannibale du cyclisme.Miraculé aussi. Qui survit à tout. Les accusations de dopage, l'éternelle présence des très controversés médecins Yvan Van Mol et Jose Ibarguren Taus, un cancer du pancréas, des soupçons de fraude fiscale, l'irruption dans le peloton de sponsors milliardaires instaurant des contrats mirobolants... Son équipe Deceuninck - Quick-Step (80 personnes, coureurs compris), surnommée la Wolfpack, la meute de loups, tant les succès y sont le fruit d'une chasse collective, a beau être la meilleure du monde, elle ne dispose que du septième budget du peloton. Lefevere doit tous les deux ans partir en tournée pour convaincre des sponsors, presque toujours dans un rayon d'une vingtaine de kilomètres autour de Roulers, où il réside. Ensuite, il négocie avec ses coureurs: petit salaire mais grosses primes de victoire. "Il est devenu la caricature du patron de PME flamingant et ultralibéral du fameux Texas flamand", résume un très bon connaisseur, wallon et bilingue, du cyclisme. Patrick Lefevere en pince en tout cas pour Nicolas Sarkozy, est ami avec le richissime Marc Coucke (qui l'a un temps sponsorisé puis fait entrer au CA du Sporting d'Anderlecht) et confiait à l'automne dernier au magazine Eddy sa vision de l'avenir idéal pour la Belgique: "Le mieux serait qu'on divorce. La Wallonie, c'est un autre pays. Tu trouves des gens qui ne travaillent plus depuis trois générations." Avec le chef de meute, c'est comme ça, dans la vie comme dans son sport: tu veux gagner, tu bosses, sinon tu dégages. Son palmarès lui a toujours donné raison.