Selon la légende, votre entreprise, fleuron de la réussite belge, a été portée sur les fonts baptismaux un an avant la Belgique elle-même, en 1829. Son succès, elle l'a d'abord dû à votre côté visionnaire. Lorsque le développement des déplacements est devenu une évidence - notamment grâce au chemin de fer dans les années 1870 -, vous avez compris qu'il fallait innover pour que la maroquinerie se mette au service des nouveaux nomades. Votre petite entreprise a bien grossi, il faut dire que vous aviez plus d'un tour dans votre sac, Charles ! Elle est passée entre diverses mains, don...

Selon la légende, votre entreprise, fleuron de la réussite belge, a été portée sur les fonts baptismaux un an avant la Belgique elle-même, en 1829. Son succès, elle l'a d'abord dû à votre côté visionnaire. Lorsque le développement des déplacements est devenu une évidence - notamment grâce au chemin de fer dans les années 1870 -, vous avez compris qu'il fallait innover pour que la maroquinerie se mette au service des nouveaux nomades. Votre petite entreprise a bien grossi, il faut dire que vous aviez plus d'un tour dans votre sac, Charles ! Elle est passée entre diverses mains, dont certaines furent au moins aussi inspirées que les vôtres - ah, l'invention du Brillant, le sac à main de l'Expo 58, quelle idée lumineuse ! Et puis, en 2011, patatras ! Plus de 3 000 modèles de sacs à main, cabas et autres pochettes en cuir pour en arriver là : être mangé tout cru à l'international. Votre marque est rachetée par Fung Brands Limited, une branche de Li & Fung, l'un des grands groupes de prêt-à-porter mondiaux, installé à Hong Kong et pesant plus de quinze milliards de dollars. Le D majuscule est encore en boutique. Mais sa belgitude a pris un coup de blues. Vous avez dû en voir, des réussites belges, perdre de leur superbe au fil du temps, mon cher Charles. Qui se souvient encore des raquettes de tennis Donnay en frêne blanc, produites à Couvin et choisies par le plus grand champion des années 1970, Björn Borg ? Plus grand monde, en effet. S'adapter ou décliner, c'est toujours la règle. Mais souvent, en Belgique, même s'adapter ne suffit pas : il faut changer de mains - et de nationalité. Prenez Brussels Airlines. On se souvient tous du cocorico d'Etienne Davignon, quand il avait annoncé en 2002 avoir trouvé quarante investisseurs pour redémarrer une compagnie d'aviation belge après la disparition de la Sabena, confisquée par les Suisses. Cette fois, on allait rester entre nous. On ferait attention à ne pas rêver trop haut, on gérerait ça en bons pères de famille. Deux ans plus tard, Virgin Express entrait au capital. En 2008, Lufthansa y entrait à son tour. Et aujourd'hui, les Allemands en sont les seuls propriétaires, dictant des axes stratégiques qui font grincer des dents aux pilotes. A croire que ça doit toujours finir comme ça. A se demander si les Diables Rouges vont rester belges jusqu'au Mondial ! Des artisans, il y en a aussi dans la cuisine, mon cher Charles. Prenons Bruneau, qui fut l'un des rares restaurants tri- étoilés de Bruxelles. Depuis janvier, l'enseigne était à vendre. Chine ? Bahrein ? Russie ? Où est parti ce bijou, d'après vous ? Eh bien, mon bon Charles, c'est un chef belge déjà étoilé qui a relevé le pari. Et Aux Armes de Bruxelles, vénérable maison de la rue des Bouchers, qui était en faillite ? Elle est reprise par une autre vieille enseigne du quartier touristique qui a su faire son trou à l'international : Chez Léon. Pas de doute, le moules-frites nous sauvera !