"La crise de 2008 est due à la cupidité, la cupidité des banques d'affaires." Ce n'est pas Bernie Sanders qui le dit, mais Steve Bannon, l'ancien patron de Breitbart News, le média populaire américain d'extrême droite. La semaine dernière, Bannon a été nommé chef Stratégie de Donald Trump, ce qui fait de lui l'un des idéologues les plus puissants du moment. Bannon prétend que le capitalisme est en crise, parce qu'il n'est plus alimenté par les valeurs judéo-chrétiennes, et parce qu'il avantage les amis et les amis d'amis: bref, parce que le jeu est faussé, essentiellement par les banques.
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"La crise de 2008 est due à la cupidité, la cupidité des banques d'affaires." Ce n'est pas Bernie Sanders qui le dit, mais Steve Bannon, l'ancien patron de Breitbart News, le média populaire américain d'extrême droite. La semaine dernière, Bannon a été nommé chef Stratégie de Donald Trump, ce qui fait de lui l'un des idéologues les plus puissants du moment. Bannon prétend que le capitalisme est en crise, parce qu'il n'est plus alimenté par les valeurs judéo-chrétiennes, et parce qu'il avantage les amis et les amis d'amis: bref, parce que le jeu est faussé, essentiellement par les banques. Contrairement aux articles de mauvais goût parus sur Breitbart ("La contraception rend les femmes indésirables et folles"), les rares interviews de Bannon peuvent difficilement être qualifiées de "discours haineux". Lors d'une interview accordée la semaine dernière à Hollywood Reporter, il ne s'est pas taxé de "white nationalist" - ce qui aux États-Unis est synonyme de raciste - mais de "nationaliste économique". Bannon défend un capitalisme pur et dur. Il y voit le moteur de notre croissance et il apprécie "l'abondance incroyable" qu'il a engendrée, mais dit souhaiter jouer le jeu honnêtement. Il utilise même le mot "partager" en un sens positif. Dans le capitalisme spartiate, mais juste, d'"autrefois", les richesses étaient réparties parmi la classe moyenne qui travaillait dur. C'était mieux avant, donc. Ou c'est du moins ce que nous devons croire. La nostalgie est très présente parmi les fidèles de Trump et leurs supporters féroces, même si ce passé dur, mais juste n'a jamais existé. Barack Obama, avait promis un avenir plein d'espoir. Trump et les siens regardent résolument dans le rétroviseur. Le miroir est déformé. Trump ment structurellement, et sans gêne. Pour Bannon, le passé glorieux a été détruit par les néoconservateurs. En tant qu'ancien collaborateur de Goldman Sachs, il s'en prend aux pratiques de rapine du monde financier que les néoconservateurs ont contribué à rendre possible. Selon ses dires, il a quitté ce monde quand il a constaté que Wall Street ressemblait de plus en plus à un casino, avec des opérations de sauvetage menées aux frais du contribuable. Sans sourciller, il lâche le nom de Marx et regrette comment le "crony capitalism" (capitalisme de connivence) réduit les gens à des marchandises. Il ne faut pas s'appeler Filip Dewinter pour être d'accord avec une grande partie de ce que prétend Bannon. C'est là aussi que se cache le danger. On ne sait si Bannon a divulgué là ses motivations les plus profondes, mais la leçon est claire : le message de Bannon, et donc celui de Trump, fait mouche auprès d'une grande partie des électeurs. L'establishment, et surtout l'aristocratie des banques, est haï par ces derniers avec passion et les Trumpiens réussissent à jouer sur ses sentiments pour avancer leurs pions. Celui qui réussit à capter la haine peut s'enrichir en toute impunité, quel que soit son degré d'hypocrisie. Assis sur les ailes de l'agression populaires, les tribuns du peuple occupent ce même establishment. Les électeurs savent-ils seulement que le président Trump va les rouler ? Au fond, ils s'en moquent. Après tout, le précédent non plus n'a pas fait ce qu'il a promis. La vengeance de l'électeur désillusionné est un plat qui se mange froid. Les CEO de casino de Goldman Sachs, Lehman Brothers ou Merrill Lynch portent une lourde responsabilité. Ils ont détruit bien plus que le système financier - et aucun d'eux n'a jamais été puni. Tant que cette injustice historique n'a pas été réparée, le populisme pourra prospérer. Parce que le populisme a raison. Ce n'est pas un secret: les six prochains mois seront cruciaux pour l'avenir de l'Europe, avec d'importantes élections et référendums en Italie, en France, aux Pays-Bas et en Allemagne. Ils sont déjà précédés par la liquidation du Brexit et la succession tumultueuse de l'accord sur les réfugiés entre la Turquie et l'Europe. Partout, les prédécesseurs et les clones de Trump s'apprêtent à cueillir les fruits d'une même rancune. Il s'agit d'avancer des politiques qui nettoient le gâchis au lieu d'en nier l'existence.L'idéal serait de commencer par le nettoyage du système financier. Avec beaucoup de chance, on évite une catastrophe politique après la première crise bancaire, celle de 2008. En cas de deuxième crise, ce ne sera plus possible. Lundi dernier, The New York Times évoquait encore une crise bancaire en slow motion en Italie. Après l'élection de Trump, on ne pourra en tout cas plus feindre la surprise en cas de nouvelles victoires spectaculaires de partis radicaux.