Marquée par une crise sanitaire sans précédent, l'année 2020 aura donné lieu à des images inédites qui resteront dans les mémoires et qui ne manquent pas de poser des questions sur le monde dans lequel nous vivons. Qui aurait pu imaginer que les politiques détermineraient à ce point notre vie quotidienne, jusqu'à nos contacts sociaux et familiaux? Qui aurait pu imaginer des épidémiologistes fixer le cap avec une police soudain chargée du sale boulot de veiller au respect des mesures?
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Marquée par une crise sanitaire sans précédent, l'année 2020 aura donné lieu à des images inédites qui resteront dans les mémoires et qui ne manquent pas de poser des questions sur le monde dans lequel nous vivons. Qui aurait pu imaginer que les politiques détermineraient à ce point notre vie quotidienne, jusqu'à nos contacts sociaux et familiaux? Qui aurait pu imaginer des épidémiologistes fixer le cap avec une police soudain chargée du sale boulot de veiller au respect des mesures?Forcément, la période des fêtes ne déroge pas à la règle. Traditionnellement plus calme, elle donne à voir des instantanés qui déferlent et suscitent parfois le malaise, entre délation sur les réseaux sociaux, comportements déplacés et récupérations idéologiques ou politiques. La preuve par trois faits qui, ces derniers jours et ces dernières heures, ont suscité de nombreux commentaires sur les réseaux sociaux. Et cela a de quoi surprendre.Ce week-end, dans les Fagnes, le confinement et les premières neiges amènent un grand nombre de promeneurs. Aux alentours de la Baraque Michel, un cycliste est filmé alors qu'il se fraie un passage par le biais d'un geste pour le moins déplacé: il écarte un enfant qui se promène avec sa maman d'un coup de genou. La jeune fille tombe par terre. La vidéo devient virale sur les réseaux sociaux, avec des dizaines de milliers de vue, et la police lance un avis de recherche.L'homme, âgé de 59 ans et originaire de la région de Verviers, se présente spontanément suite à cet avis: il n'aurait pas été conscient de son geste. Précision importante: la jeune fille s'en sort sans mal. Mais le fautif sera tout de même cité à comparaître en février devant le tribunal correctionnel pour coups et blessures volontaires sur un mineur d'âge, a indiqué lundi Vanessa Clérin, la procureur de division ff. Il risque de la prison. Mais quelle mouche a donc piqué cet homme? A-t-il été emporté par cet élan compétitif qui amène de nombreux randonneurs à oublier l'environnement et les passants pour atteindre leur objectif? Son geste est-il révélateur d'une cohabitation de plus en plus difficile entre usagers? Ou de la nervosité provoquée par la crise de la Covid?Le cycliste a passé la nuit en prison et on craint même... un lynchage. Le papa de la fillette a appelé au calme: On veut vraiment apaiser les tensions. On ne cherche pas une chasse aux sorcières, on ne veut pas de représailles. On fait confiance à la justice. Si je n'ai pas frappé la personne le jour des faits, ce n'est pas pour que d'autres le fassent." "On devient fou dans ce pays", a réagi l'ancienne ministre CDH Joëlle Milquet. "Des événements qui n'existent que par l'image et des réseaux sociaux qui deviennent des tribunaux populaires, ajoute François De Smet, philosophe et président de DéFi. Nos sociétés parviendront elles à gérer ce mouvement qui erige le Web en grammaire majeure du réel?"La diffusion virale de la vidéo et le relais médiatique posent également question. "Très perplexe devant la passion que déchaîne cette affaire, commente par exemple le chercheur François Gemenne. Soit ce pays n'a pas d'autres problèmes plus importants à gérer, soit il s'ennuie profondément, soit il a un énorme problème." Certains s'étonnent du grand cas fait de ce geste, certes répréhensible, au regard d'autres infractions, voire de la rapidité de la justice à intervenir... contrairement à l'affaire Chovanec, du nom de ce citoyen roumain mort à l'aéroport de Charleroi suite à une inervention de policiers. L'incident pose des questions sur l'époque, sur nos comportements, sur nos réflexes médiatiques ou sur nos considérations idéologiques.Dans un même registre, la révélation de cette raclette dégustée par des policiers de la zone de Bruxelles-Ouest a aussi affolé les réseaux sociaux ce week-end. Alors que le nombre de personnes à table pour les réveillons était extrêmement limité (pour rappel, une personne en plus du foyer), comment en effet ne pas recevoir comme un camouflet cette tablée ne respectant pas les règles sanitaires?Dimanche, le chef de la zone de police Bruxelles-Ouest a diligenté une enquête interne de laquelle il ressort qu'il s'agit de membres du personnel, souligne la zone dans un communiqué. Autrement dit: l'information est confirmée. "Notre service 'Enquêtes Individuelles' fera une enquête approfondie concernant les faits. Au regard des règles sanitaires en application, des procès-verbaux Covid seront dressés à charge des participants", précise le communiqué. Le chef de brigade, lui, a déjà été écarté.Si ce fait est relayé à l'envi, c'est aussi parce qu'il s'en prend à des cibles "faciles": Molenbeek-la-décriée et cette police accusée de tant de maux parce qu'elle contrôle nos faits et gestes, mais n'appliquerait pas les règles elle-même.La bonne nouvelle de ce lundi 28 décembre, c'est le début de la campagne de vaccination dans notre pays. Il est certes symbolique, avec trois maisons de repos prises en charge et quelques dizaines de résidents/soignants, mais c'est le début d'une "lumière au bout du tunnel". Et l'annonce de la campagne à large échelle qui débutera le 5 janvier. Les réseaux sociaux, là encore, adoptent un autre regard et expriment leur désarroi quant à la façon dont nos responsables politiques profitent de l'opération pour se mettre en valeur. Pas de délation, ici, mais de la récupération tant de le part des politiques, dont ils sont nombreux à affirmer la prétention déplacée, que de ceux qui font d'une forme d'antipolitique ou d'antisocialisme leur fonds de commerce ou d'humour.Tout cela est foncièrement anecdotique? Peut-être, ou peut-être pas: cela déferle de partout et cela dit beaucoup de choses, finalement, au sujet de cette société où nous épions de plus en plus les gestes d'autrui, pour les commenter et les fustiger, ou pour s'en servir comme des missiles avec des agendas plus ou moins bien inentionnés.