Au fil des ans, il aurait plutôt puisé dans son imaginaire à partir de trois personnages de fiction inscrits dans un texte de Jacques Prévert dont Marcel Carné tira "Les enfants du paradis" en 1945. L'un d'eux, Pierre-François Lacenaire, poète anarchiste et dandy du crime guillotiné en 1839 lui sert ainsi de pré-texte à explorer la complexité explosive et vertigineuse de la psyché humaine de l'enfance d'abord, de l'adolescence ensuite. Soit, un univers incertain, cruel et tendre à la fois dans la relation à son propre monde et dans celle entretenue avec le présent des autres. On y verrait de la violence voire un certain cynisme dont le titre de la nouvelle exposition à Bruxelles, "Jusqu'ici, tout va bien", porterait la trace. Bref, le visage qui dans l'oeuvre choisie, en serait la clé, se dérobe, nous échappe, nous poursuit, fragmentant les informations et les sensations. Or, un regard plus attentif nous éloigne de la représentation pour nous conduire vers le seul dessin. Soit, l'usage de la pointe aiguisée du crayon, du fusain et la poudre de graphite.

Le travail est lent, attentif aux moindres pâleurs, aux richesses des gris, aux profondeurs des noirs. Quand le fusain tire un trait, il s'accroche à la surface par bribes ébarbées, parfois, il offre un voile de transparence, une noirceur abyssale alors que le crayon en une infinité de petits traits courts, tisse de mouvantes surfaces. Parfois, puise dans la poudre de graphite et opte pour le procédé de l'empreinte au doigt. Le geste s'apparente alors à celui qui, pastille de terre après pastille de terre, monte peu à peu sa sculpture. Est-ce aussi de cette manière que grandit du bas vers le haut le sens de l'oeuvre ici choisie ? Ce serait alors nous amener d'une certitude, le col de la chemise à carreaux, vers une suite d'enchevêtrements de nuages et d'enveloppes noueuses aux allures de peau de serpent. Pour la plupart, des doigts à différentes échelles, pliés, grossis, effrayants, alors qu'arrivé à la chevelure, il n'y a plus, aux côtés d'une foule enfermée dans un écran écorné, qu'une plage infinie d'épiderme et avec elle, un horizon qui pourrait bien être, davantage que le portrait d'un adolescent fictif, celui de l'essence même de ce qui se nomme le dessin et qui, toujours, comme la psyché d'un adolescent, nous échappe.

Bruxelles, Galerie Obadia. 8 rue Charles Decoster à 1050 Bruxelles. Jusqu'au 23 octobre. Du mardi au samedi de 10 à 18h. Site : nathalieobadia.com

Au fil des ans, il aurait plutôt puisé dans son imaginaire à partir de trois personnages de fiction inscrits dans un texte de Jacques Prévert dont Marcel Carné tira "Les enfants du paradis" en 1945. L'un d'eux, Pierre-François Lacenaire, poète anarchiste et dandy du crime guillotiné en 1839 lui sert ainsi de pré-texte à explorer la complexité explosive et vertigineuse de la psyché humaine de l'enfance d'abord, de l'adolescence ensuite. Soit, un univers incertain, cruel et tendre à la fois dans la relation à son propre monde et dans celle entretenue avec le présent des autres. On y verrait de la violence voire un certain cynisme dont le titre de la nouvelle exposition à Bruxelles, "Jusqu'ici, tout va bien", porterait la trace. Bref, le visage qui dans l'oeuvre choisie, en serait la clé, se dérobe, nous échappe, nous poursuit, fragmentant les informations et les sensations. Or, un regard plus attentif nous éloigne de la représentation pour nous conduire vers le seul dessin. Soit, l'usage de la pointe aiguisée du crayon, du fusain et la poudre de graphite. Le travail est lent, attentif aux moindres pâleurs, aux richesses des gris, aux profondeurs des noirs. Quand le fusain tire un trait, il s'accroche à la surface par bribes ébarbées, parfois, il offre un voile de transparence, une noirceur abyssale alors que le crayon en une infinité de petits traits courts, tisse de mouvantes surfaces. Parfois, puise dans la poudre de graphite et opte pour le procédé de l'empreinte au doigt. Le geste s'apparente alors à celui qui, pastille de terre après pastille de terre, monte peu à peu sa sculpture. Est-ce aussi de cette manière que grandit du bas vers le haut le sens de l'oeuvre ici choisie ? Ce serait alors nous amener d'une certitude, le col de la chemise à carreaux, vers une suite d'enchevêtrements de nuages et d'enveloppes noueuses aux allures de peau de serpent. Pour la plupart, des doigts à différentes échelles, pliés, grossis, effrayants, alors qu'arrivé à la chevelure, il n'y a plus, aux côtés d'une foule enfermée dans un écran écorné, qu'une plage infinie d'épiderme et avec elle, un horizon qui pourrait bien être, davantage que le portrait d'un adolescent fictif, celui de l'essence même de ce qui se nomme le dessin et qui, toujours, comme la psyché d'un adolescent, nous échappe.