L'annonce est tombée hier. Alors qu'il voulait dans un premier temps l'éviter, Frank Vandenbroucke s'est dit, cette fois, en faveur de l'obligation vaccinale pour le personnel soignant en Belgique. Le ministre de la Santé souhaite d'ailleurs agir sans attendre. Les démarches juridiques sont entamées.
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L'annonce est tombée hier. Alors qu'il voulait dans un premier temps l'éviter, Frank Vandenbroucke s'est dit, cette fois, en faveur de l'obligation vaccinale pour le personnel soignant en Belgique. Le ministre de la Santé souhaite d'ailleurs agir sans attendre. Les démarches juridiques sont entamées. "Pour les personnes qui travaillent dans le domaine de la santé, pour les médecins dans un cabinet privé, pour les kinésithérapeutes... Cela devrait être la norme et donc avec l'obligation de se faire vacciner", a déclaré le socialiste sur Canvas. L'Absym a pris position, il y a plus d'un mois, en faveur de la vaccination obligatoire des soignants. Elle a été rejointe peu de temps après par l'Académie Royale de médecine.Pour le Dr Philippe Devos, président syndicat des médecins belges (Absym), la raison principale en faveur de la vaccination obligatoire pour le personnel médical est simple. "Il s'agit de respecter notre serment d'Hippocrate, dont la première ligne dit : 'D'abord, éviter de nuire à nos patients.' C'est notre rôle de les protéger, face à un virus potentiellement dangereux", explique-t-il au Vif. Philippe Devos ne pointe d'ailleurs pas une, mais deux raisons en faveur de la vaccination du personnel. "Un, éviter de nuire au patient. Et deux, éviter que le personnel soignant tombe malade en plein pic. L'an passé, on a constaté un absentéisme infirmier qui pouvait atteindre les 20% dans certains hôpitaux. Principalement en raison du covid. Quand vous vous retrouvez avec 20% de votre personnel absent pour soigner 200% de malades, c'est la galère. Donc, il y a un double objectif. Protéger les patients, et éviter l'absentéisme au pire moment. C'est également la même logique avec la vaccination contre la grippe, qui est proposée chaque année au personnel soignant", nous confie-t-il. Et d'ajouter : "Par principe, je suis toujours opposé à des obligations, mais lorsque le bon sens et la démarche scientifique ne permettent pas d'atteindre l'objectif, on est obligé d'en arriver là."L'adhésion à la vaccination est-elle bonne dans le milieu ? Pour Philippe Devos, il convient de discerner les professions. "Plus de 90% des médecins sont vaccinés. Ils ont donc compris que dans la balance 'bénéfices pour le patients - risques qu'ils prennent eux-mêmes' est favorable. Toute personne qui a une formation médicale et scientifique ne peut qu'avoir les mêmes conclusions. Au niveau médical, l'adhésion est déjà grande. Mais moins il y a de formation scientifique dans la profession, moins il y a d'adhésion au vaccin. C'est dans les strates de soignants peu formés et peu qualifiés qu'on aura la plus grande résistance, pas au niveau médical", analyse-t-il.En plus de l'absence de formation scientifique, le président du conseil médical CHC Liège évoque également le rôle prépondérant de l'aspect émotionnel dans la prise de décision, au détriment du rationnel. "Il reste une petite minorité qui est plus dans l'émotionnel que dans le rationnel. C'est un peu comme si un motard vous disait qu'il a peur de prendre l'avion. Il n'y aucune logique scientifique, mais il y a une telle émotion autour de cette maladie... Et à partir du moment où il y a une tranche du personnel qui est dans l'émotionnel et ne prend pas la bonne décision, il est compréhensible que le politique tape du poing sur la table. C'est dans l'intérêt général de la santé."Le futur débat qui risque d'animer nos décideurs politiques sera de savoir s'il convient de vacciner l'entièreté du personnel soignant, ou s'il est préférable d'opérer à un discernement entre les professions.Pour Marc Van Ranst, qui s'est exprimé chez nos confrères de Knack, "les personnes dans le secteur de la santé qui entrent en contact avec des patients devraient être vaccinées. Je ne suis pas favorable pour la rendre obligatoire dans les autres secteurs, mais il faut essayer de convaincre les gens de l'utilité de la vaccination. Vous pouvez diviser le secteur de la santé en différents segments, mais toute personne en contact avec des personnes vulnérables doit certainement être vaccinée. On en a assez entendu sur les risques dans les maisons de repos, mais pensons aussi aux services de pédiatrie et de néonatalogie, etc. On devrait étendre l'obligation à toute personne qui est en contact avec des personnes vulnérables ", plaide-t-il. Le virologue flamand résume sa philosophie sur la question comme suit : "Lorsque vous accordez un tel privilège (la vaccination, ndlr.), vous devez essayer de le donner aussi largement que possible. Quand il s'agit d'une obligation, essayez de la garder aussi limitée que possible."Pour Philippe Devos, cibler le personnel soignant en contact avec les plus vulnérables est logique dans la théorie, mais impossible à mettre en place sur le terrain. "Il y a peu de sens à ce que des infirmières pédiatriques doivent se soumettre une obligation vaccinale. Mais au sein des adultes, cibler le patient à risque est parfois difficile. En fonction du service médical, on ne sait pas toujours qui se trouve derrière la porte. Donc, à part pour des secteurs bien spécifiques comme la pédiatrie, la néonatologie, où les choses sont claires, il est plus délicat de cibler un patient à risque. C'est théoriquement faisable, ça me paraît logique, mais impossible en pratique."Si on ne connaît donc pas encore la cible exacte de l'obligation vaccinale pour le personnel médical, la question des possibles sanctions en cas de non-respect est déjà évoquée çà et là. Pourrait-on en arriver au licenciement du travailleur en cas refus de vaccination, comme c'est le cas en France ? "C'est une question politique, pas une question médicale", dit le Dr. Devos. "Mais le licenciement, ça ne me paraît vraiment pas être une bonne idée, au vu de la pénurie de personnel infirmier en Belgique. On a besoin de toutes les forces vives. Une amende financière pourrait être plus efficace, sans mettre en péril la présence du personnel sur le terrain."