Durant sept semaines, focus sur un parti francophone en lice pour le scrutin du 26 mai prochain. Cette semaine: le PTB.
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Une Skoda sale se gare sur l'aire d'autoroute de Waremme. Il lui manque un enjoliveur à l'avant, il est 5 h 45 ce mercredi matin-là et à l'intérieur où ça sent un peu le singe, se trouve le communiste le plus célèbre de Belgique. Raoul Hedebouw s'est levé à 4 h 30, a fait sa revue de presse, d'abord une recherche dans Gopress sur le PTB, puis un feuilletage, mais c'est vraiment pas confortable ce site, dit-il puis il a enfilé son jeans, sa chemise easy iron blanche et son veston H&M gris, est entré dans sa Skoda sale qui sent un peu le singe, et il a filé vers Bruxelles, boulevard Reyers. Il était l'invité de Thomas Gadisseux sur Matin Première, et il avait rendez-vous là-bas, à 6 h 45. Il allait passer trois fois à l'antenne de la RTBF, d'abord tout seul pour répondre à une question, puis deux fois une douzaine de minutes pour répondre aux questions de six auditeurs qui avaient fort préparé leur coup, alors en arrivant il dit non c'est chouette, c'est chouette, deux fois, parce que ça laisse un peu plus de temps pour parler de fond, et il vient discuter avec les auditeurs dans la petite cuisine où on lui a servi un café. Une dame avec une belle blouse brune qui vient d'Uccle lui explique qu'elle a eu plein de problèmes avec les graines d'érables qui ont envahi son jardin et qu'elle organise des visites de musées, et Raoul Hedebouw lui dit que c'est bien, c'est bien, que lui aussi il aime bien les arbres et les musées que bien sûr, bien sûr pour déraciner ça c'est toute une affaire, et il n'a pas encore touché à son café. Un artisan du bois de Braine-le-Comte le prévient qu'il va lui demander sur antenne s'il est content des jobs que va créer Alibaba à l'aéroport de Liège et qu'il lira sa question sur son gsm, et Raoul Hedebouw lui dit que c'est clair c'est clair, qu'il y a plein de choses à dire sur le sujet parce que tout ça c'est parce qu'on n'a pas assez investi dans le transport ferroviaire, et son café est encore là sur le coin de la table qui imite très bien le gros bois. Un monsieur avec un beau jeans qui vient d'Ottignies et qui va se faire filmer dans le studio mais qui ne veut pas se faire photographier dans Le Vif/L'Express parce qu'il n'aime pas s'exposer dans les médias nous prévient qu'il va dire à Raoul Hedebouw que ce n'est pas en prenant quelques millions aux plus riches qu'on peut donner quelques milliards aux plus pauvres, et Raoul Hedebouw, qui n'entend pas, dit Han c'est bien, c'est bien on y va à Thomas Gadisseux qui dit qu'il faut entrer en studio, et son café restera encore là longtemps. Dans le studio bleu les gens sont gentils avec lui. Il rit plus fort que tout le monde quand Thomas Gunzig raconte des choses extrêmement rigolotes sur Charles Michel. Il répond gentiment que bien sûr, bien sûr tout ça est la faute de l'impérialisme et de la colonisation à une dame de Schaerbeek qui veut savoir ce qu'il va faire pour son association de soutien scolaire dans les villages ruraux du Maroc. Il explique poliment à une dame de Bruxelles dont le mari est Anglais que le PTB n'est pas eurosceptique mais qu'il ne veut pas de cette Europe-là c'est clair c'est clair. Puis l'émission se termine, il est presque 8 heures, un autre journaliste prend le micro et demande à Raoul Hedebouw quel est le chant du pouillot véloce, et Raoul Hedebouw fait tchif tchaf, tchif tchaf. Dans le studio bleu, c'est clair, c'est clair, les gens ont été gentils avec lui. Son café n'est plus là sur la table en faux bois de la petite cuisine, mais il répond quand même encore à la dame qui lui dit que l'Union européenne a évité une troisième guerre mondiale et au monsieur qui lui demande si le PTB existerait sans Raoul Hedebouw. C'est clair, c'est clair, il dit. Thomas Gadisseux, son collègue Bertrand Henne et leur chef Jean-Pierre Jacqmin lui disent que le PTB est quand même mieux traité que lors des scrutins précédents. C'est chouette, c'est chouette, il répond. Mais il doit retourner à Liège alors il remonte dans sa Skoda sale qui sent un peu le singe. A 14 heures il faut présenter les listes PTB à la presse locale, et avant ça il doit préparer une communication sur la récolte des 5 000 signatures pour pouvoir participer aux élections européennes, et surtout discuter avec sa direction d'une stratégie pour récupérer la partie de la dotation publique dont les partis de droite flamands et leurs experts ont privé le PTB la veille en commission, c'est un scandale, c'est un scandale, et puis manger chez lui, à Thier-à-Liège. Alors il donne rendez-vous à 13 heures à La Braise, dans le quartier Saint-Léonard. La Braise, ce sont quatre étages d'un bâtiment moderniste des années 1950, qui avait servi d'église évangélique avant, mais que le PTB a récupérés et rénovés de frais il y a six mois. A 13 heures il y a une demi-douzaine de militants et de permanents qui partagent des toasts au chèvre - il ne faut pas laisser ceux qui restent dans le four, sinon ça pourrit - dans la cuisine du bas, et en haut Raoul Hedebouw qui appelle les journalistes et relit son communiqué de presse. Quand il descend, il a peur qu'il n'y ait pas beaucoup de journalistes, et il demande à Damien Robert, qui est son suppléant à la Chambre - " on ne sait jamais qu'on aurait des ministres " - s'il a bien fait venir un photographe pour la présentation des candidats. Damien Robert lui dit que non qu'il n'y a pas pensé mais qu'il va le faire en vitesse et il part en vitesse. Puis les candidats arrivent petit à petit, à la Chambre, à la Région et à l'Europe, normalement ils sont 54, mais il y en a à peu près la moitié seulement. Quand les journalistes débarquent, Raoul Hedebouw les invite à s'installer dans la salle, mais dans la salle les chaises sont encore rangées sur les tables, et Damien Robert dit qu'il pensait qu'on allait présenter les candidats dehors, sur la place, et alors lui et quelques autres installent les tables et les chaises en vitesse pour les journalistes et les têtes de listes, et les autres candidats resteront debout derrière. Quand il prend la parole pour dire que les Liégeois sont chauds boulettes chauds boulettes pour aller envoyer trois députés wallons à Namur et trois députés fédéraux à Bruxelles, Raoul Hedebouw dit qu'il ne faut pas tourner autour du pot et que le PTB veut aussi un député européen, et qu'ils ont de bonnes chances. Il y en a combien, des députés européens francophones ? Dix ? il demande à Damien Robert, qui lui répond que non, il y en a neuf, et en fait c'est huit mais ce n'est pas grave ils sont chauds boulette, chauds boulette. Puis on fait la photo de groupe, et Raoul Hedebouw demande à un journaliste s'il récupère bien mais on ne sait pas de quoi, puis à un autre quel âge il a encore et si ce n'est pas trop dur, puis à un autre s'il est allé à la conférence de presse de DéFI, et puis à un autre de remettre une bise à Gino, et il est déjà 15 h 45 ce qui ne lui laisse pas beaucoup de temps, surtout qu'il doit encore téléphoner à l'agence Belga qui n'a pas pu se déplacer. Il lui reste quand même une bonne demi-heure avant de remonter dans sa Skoda sale qui sent un peu le singe pour filer à Namur, où il doit débattre devant la CSC wallonne, alors il s'assied dans le bureau du devant, à La Braise, sort quelques feuilles et commence à lire ses notes, mais pas longtemps parce que très vite il prend son téléphone et il appelle Benjamin Pestieau, le spécialiste des questions syndicales au PTB, pour lui demander pourquoi la CSC veut absolument lier la réduction du temps de travail à la Loi de 1996 sur la compétitivité, et l'appel dure longtemps mais on n'a rien entendu d'autre, et puis il est temps de partir à Namur. A Namur, la CSC wallonne avait invité pour parler des élections Elio Di Rupo qui avait dit oui puis qui s'était désisté, Paul Magnette qui avait dit oui puis qui s'était désisté, et Jean-Marc Delizée qui est venu ; Olivier Chastel qui s'était désisté, David Clarinval qui avait dit oui puis qui s'était désisté, et Georges-Louis Bouchez qui est venu ; Maxime Prévot qui avait dit oui puis qui s'était désisté, et Alda Greoli qui est venue ; Olivier Maingain qui avait dit oui puis qui s'était désisté et Pierre-Yves Dupuis que personne ne connaissait et qui n'avait rien préparé mais qui est venu ; Jean-Marc Nollet qui ne se désiste jamais ; et Raoul Hedebouw qui sortait de 45 minutes de La Braise à Liège à la Bourse de Namur à écouter Ska-P, c'est un groupe espagnol de ska, parce que ça donne de l'énergie dans sa Skoda sale qui sent un peu le singe. Il y avait bien trois cents syndicalistes chrétiens dans la salle, et Raoul Hedebouw a fait ses blagues de d'habitude avec tout le monde, il a fait des blagues que personne n'a entendues avec Jean-Marc Nollet qui était assis à côté de lui, et il a fait des blagues que tout le monde a entendues avec Georges-Louis Bouchez qui était assis à l'autre bout de la scène, et à la fin tout le monde disait que les deux meilleurs avaient été Raoul et Nollet, et surtout Raoul, et tout le monde se regardait le bout des pieds en se disant que le CDH c'était vraiment plus ça. Il y a même un secrétaire régional qui a dit devant Raoul qu'avant il détestait le PTB mais qu'avec Raoul c'était plus du tout la même chose, et Raoul Hedebouw lui a dit que c'est chouette c'est chouette, et qu'il était content du débat où personne n'a jamais pu parler plus de quatre minutes parce que le format lui avait permis d'aller au fond des sujets. Puis il a vite bu son vin blanc et il est reparti vite aussi dans sa Skoda sale qui sent un peu le singe parce qu'il devait aller dormir, et qu'il n'avait pas dormi depuis longtemps ce mercredi-là, c'est vrai, c'est vrai.